littérature, livres

Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 18:46

giovedì 02 settembre 2010 18:00 90 Visualizzazioni

YANN VENNER

L'Alliance Française di Trieste

organizza un incontro con lo scrittore bretone

 

YANN VENNER: le nuove vie del poliziesco

 

Venerdì 3 settembre 2010  ore 18.30

Bagno Ausonia - Riva Traiana, 1

Yann Venner è scrittore di polars intriganti e raffinato poeta. Nato a Saint-Brieuc nel 1953, vive tra Bretagna e Borgogna. Ha pubblicato cinque romanzi polizieschi: dopo una tetralogia ambientata in Bretagna, in cui mescola humour e noir, ha pubblicato Cocktail cruel, un “eco-polar” in cui la suspense e l’humour abituali si accompagnano al motivo ecologico. Tutta l’opera di Venner è caratterizzata da un utilizzo sapiente della lingua francese, con ricorso a modi di dire, calembours ed ogni tipo di gioco linguistico.

L’intervento triestino sarà dedicato al rapporto tra ironia e polar e alla nuova funzione che il genere poliziesco ha acquisito negli ultimi anni: quella di descrivere il territorio locale mettendolo in rapporto con le grandi questioni socio-economiche del mondo globalizzato, costituendo così un momento di analisi e critica più che una semplice fuga nell’immaginario.

Lo scrittore converserà con Anna Zoppellari, docente di Letteratura francese presso l'Università di Trieste e vice-presidente dell'Alliance française di Trieste.

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littératures de Bretagne
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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 18:15

Interview Yann Venner, août 2010.

  1. 1.      Comment définirez-vous vos polars ?
  2. 2.      Dans vos romans, le crime n’est jamais le résultat de laborieuses manœuvres, mais il est vengeance ou folie, et il est le plus souvent répété. Quel rôle donnez-vous aux sentiments noirs dans la vie ?
  3. 3.      Vos premiers quatre romans se passent en Bretagne, le dernier entre Bretagne et Bourgogne, mais parlent de problèmes qui ont touché l’esprit des français ou des européens au cours du XX siècle (la guerre d’Algérie, le terrorisme, les sans papiers et la politique d’immigration, l’écologie). Quel rapport établissez-vous entre le local et le global ? Vous vous considérez un écrivain régional ? Sur quelle tradition vous vous appuyez pour prendre en compte l’environnement dans lequel les histoires se déroulent avec ses problèmes sociaux, politiques et économiques ?
  4. 4.      Vous avez créez des personnages qui se répètent dans les différents romans. A quoi répond ce gout de la répétition et de la création de personnages d’un roman à l’autre ?
  5. 5.      Pourquoi, par contre, dans Cocktail cruel, le dernier éco-polar, vous les avez presque abandonnés ?
  6. 6.      Quelle place donnez-vous au comique et à l’ironie dans vos romans ?
  7. 7.      L’une des caractéristiques fondamentales de vos romans est le travail linguistique qui permet de rendre la richesse du français. Pour quelle raison vous donnez une si grande place à la « pluralité de la langue » française ?
  8. 8.      Vous êtes  un écrivain de polars et un poète. En quoi ces deux types d’écritures se contrastent, si elles se contrastent, et se complètent ? Différemment dit : vous avez pratiqué et publié de la poésie pour longtemps et, depuis 2006, vous vous adonnez au roman policier. Qu’est-ce que vous a porté à ce changement ?
  9. 9.      Vous connaissez quelques écrivains de polar italiens ?

 

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littérature policière
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 15:43

« CLIMAT » FUNEBRE, EN ROUGE MAJEUR

I

Un océan vert, composé  de  milliards de feuilles de vignes, entourait la jolie ville de Beaune. L’on pouvait entendre frémir, sous le vent tiède, toutes ces vagues végétales, qui semblaient venir s’échouer, en vertes volutes, aux portes de la cité. Et sous les feuilles de cette mer de vignes, les ceps, chargés de lourdes grappes de raisins de chardonnay ou de pinot noir, annonçaient une vendange précoce, voire prometteuse – si le beau temps se maintenait jusqu’aux vendanges.

Dès le début du mois d’août, on vit aussi fleurir sur plusieurs vitrines de la ville de blanches affichettes sur lesquelles on pouvait lire : « Recherche personnel pour les vendanges. Nourri, logé. S’adresser à…. Téléphone…. »

C’est ainsi que débarquèrent dès le jeudi vingt-cinq août, en gare de Beaune, nombre de travailleurs saisonniers, venus de toute la France, et de l’Union Européenne. Depuis quelques jours, devant la gare de Beaune, attendaient les véhicules des vignerons, venus chercher leur petit contingent de travailleurs saisonniers. Puis, en voiture ou camionnette, l’on quittait alors la ville, pour rejoindre les petits villages alentours. Dès le lendemain, certaines des personnes recrutées  seraient chargés de couper le raisin, d’autres de travailler à la table de tri, d’autres encore de porter hottes, caisses et caissettes remplies de grappes.

Dès le vendredi, parmi les coteaux qui déclinaient toutes leurs nuances de vert, certains habitants de la ville pouvaient apercevoir dans le lointain de minuscules taches colorées. Elles avançaient en rangs serrés, telle une armée de combattants joyeux, pour récolter les fruits de la nature.

Dans les rues des villages, l’on entendait rouler les tonneaux, grincer les portes des caves et des cuveries, circuler les tracteurs. Sans cesse, la région semblait bruire telle une ruche, après une trop longue saison de silence. Bientôt, coulerait un nouveau miel, une manne sacrée : le jus de la vigne, rouge ou blanc, odorant et sucré, qui emplirait de son flot généreux les cuves en inox, en bois ou en ciment.

II

Vers dix-huit heures, la première journée de vendanges s’acheva. Sur la parcelle de vignes classée en premier cru et dénommée les Renardières, plus une seule grappe de pinot noir ne subsistait. L’armée de vendangeurs n’avait laissé derrière elle aucun survivant. Tout le personnel était rentré. Certains pour se reposer ou prendre une douche réparatrice, quand d’autres s’activaient encore à la cuverie, la journée de travail étant loin d’être achevée.

Au Domaine Ravignot, à vingt heures, quand la troupe des vendangeurs se mit à table, une chaise resta vide. Une jeune fille manquait à l’appel. Elle s’appelait Clara. Au début du repas, ses voisins de table, qui étaient les mêmes qu’au déjeuner, constatèrent son absence, sans s’inquiéter outre mesure. Mais une demi-heure plus tard, Corinne, une étudiante de Besançon, décida d’en avoir le cœur net.

-          Je vais aller voir au dortoir si elle ne s’est pas endormie, lança-t-elle à la cantonade.

-         Oh ! Attends, je vais y aller moi ! Clara est peut-être sous la douche ! ajouta Frédéric, un jeune homme blond à l’œil égrillard, déjà excité par deux verres d’aligoté.

Mais Corinne, plus rapide, s’élança à grands pas, après avoir foudroyé du regard le rustaud. Dans la chambrée des filles, personne. Dans les toilettes, elle appela à plusieurs reprises ; personne. Clara avait disparu. Pourtant, Corinne l’avait vue une heure plus tôt, riant de grand cœur avec d’autres amies.

Mais quand la jeune étudiante pénétra dans les douches, elle entendit de l’eau couler. Approchant à pas prudents, car le sol glissant et détrempé présentait un danger, elle crut soudain voir parmi la vapeur d’eau, un filet d’eau rouge clair se détachant sur le carrelage couleur crème. Elle fit deux pas de plus, frappa à la porte de la cabine. Puis essaya de l’ouvrir. Impossible !

-          Tu es là, Clara ? Dis, tu es là ?

Dans cette atmosphère étouffante, dévorée par la crainte, Corinne sentit alors à ses pieds, se glisser un serpent visqueux. Les yeux baissés, elle n’eut que le temps de crier.

-         Horreur !

Tout en voyant une rigole de sang rouge couler entre deux baskets blanches.

 

III

Elle courut à toutes jambes, après avoir failli tomber sur le carrelage glissant, prévenir le patron. Aussitôt alerté, Lucien Ravignot, le vigneron du domaine, courut vers les douches. Lui aussi constata le sang qui sortait de la cabine. Ne pouvant ouvrir la porte, il se suspendit des deux mains, après avoir sauté, sur le haut de celle-ci. Ce qu’il aperçut alors lui glaça les os. Clara gisait nue sur le sol, la gorge tranchée. Sa chevelure rousse, poissée de sang et d’eau recouvrait une partie du visage. Le vigneron se précipita sur le téléphone. Pendant ce temps, Corinne et l’ensemble des deux tablées de vendangeurs parlait à voix basse. Et dans cette lourde atmosphère, tendue à l’extrême, le patron du domaine retourna à sa place. Il refusa de prononcer le moindre mot, alors que tous les regards se tournaient vers lui.

Quand le Commissaire Létourneau arriva, un silence de plomb se fit dans la salle. Une partie de la sombre cuverie, transformée le temps des vendanges en salle à manger, accueillait une vingtaine de personnes, la plupart tête baissée, le nez dans leur assiette. Quelqu’un alluma les néons, qui dévoilèrent des visages hagards, aux yeux surpris par la forte lumière

Lucien Ravignot accueillit le policier de Beaune. Ce dernier s’était déplacé avec l’adjudant de service, suivi du médecin légiste de Dijon, après que le commissariat les eut appelés tour à tour à leur domicile. Létourneau habitait  non loin du lieu du drame. Il venait de recevoir un appel transmis par ses services. Un villageois se plaignait de s’être fait voler par un singe une paire de lunettes, qu’il venait de déposer sur sa terrasse. Ce même villageois se plaignant d’un petit cirque forain de passage, établi non loin de chez lui, et qui avait fait étape dans l’après-midi.

On attendait, d’un instant à l’autre, le procureur.

-         Bonsoir, Lucien. Bonsoir Mesdames et Messieurs. Désolé d’arriver en de si tragiques circonstances.

Le regard du Commissaire fit alors le tour de la salle, inspectant avec précision chaque visage. Certains n’osaient affronter l’œil exercé du Commissaire ; d’autres, un peu ivres, le fixaient d’un regard trouble. Corinne, retournée à sa place près de la chaise vide, sanglotait, tandis qu’une amie la tenait dans ses bras.

-         D’après les premières constatations, il s’agit bien d’un meurtre, soyez en certain ! Mais pour le bon déroulement de l’enquête, je ne vous en dirai pas plus !  Personne dans cette pièce ne doit quitter les lieux. Vous m’entendez bien ?

Toute l’assistance était pendue aux lèvres du Commissaire. La dernière phrase avait été lancée comme une menace.

-         Monsieur Ravignot ? Pouvez-vous affirmer que personne, à part Corinne, n’a quitté la salle à manger ?

Le ton péremptoire annonçait de bien noirs augures.

-          Certain, Monsieur Létourneau, certain…

Mais, troublé par la violence de la situation, et harassé par une dure journée, les idées du vigneron n’étaient plus très claires. Pourtant il n’avait pas bu. Un patron responsable se devait de montrer l’exemple autour de lui.

-         … A part ma femme Louise, qui va et vient à la cuisine, et ma fille Christelle qui l’assiste, personne, non, personne !

Et d’un geste de la main, le vigneron enjoignit au commissaire de le suivre vers ladite cuisine un peu plus loin en contrebas, quand soudain…

-         Pardon, Lucien ! Si je peux me permettre… Monsieur le Commissaire.

Une voix s’était élevée. Sourde et lente. Celle d’un homme plus très jeune, qui s’exprimait avec difficulté. C’était Armand, le beau-frère du vigneron, venant chaque année, en fidèle compagnon, offrir son aide pour les vendanges. En échange de quelques bonnes bouteilles.

-         Oui, je vous écoute… !

Létourneau se tourna vers l’homme sur qui tous les regards étaient fixés.

-          Tu te trompes, Lucien ! Pardon de te le dire comme ça, mais j’ai vu au cours du dîner ce jeune homme, là-bas, avec sa casquette rouge, qui avait quitté l’assemblée…

Et de son index décharné, encore souillé par les tanins du raisin, l’homme désigna Benoît Malingeon, un jeune étudiant venu de Dijon. Surpris par la violence de l’accusation, il fallait voir comme Benoît avait sursauté quand le doigt accusateur s’était pointé sur lui ! Il se défendit avec conviction et finit par conclure.

-          … De toute façon, il ne peut pas me sacquer, le garde-chiourme ! L’a pas arrêté de me houspiller dans les vignes, prétexte que je plaisantais trop avec Clara et que je retardais l’équipe… C’est pas une compétition, tout de même !

-          Et vous affirmez, jeune homme, prononça le Commissaire, que vous vous êtes rendu aux toilettes puis fumer dehors, avant le plat principal ?

-          Oui, c’est bien cela.

Létourneau  se déplaça,  jusqu’à saisir la main gauche de Benoît. Puis la renifla. Les doigts sentaient encore la nicotine.

-         Laissez-moi tranquille, cria alors Benoît, tout en se dégageant de l’emprise du Commissaire.

-         Tout doux, jeune homme, tout doux ! Et ôtez votre casquette, je vous prie !

Benoît obtempéra.

-         Et cette trace, là ? En haut de votre front ! Vous vous êtes fait griffer ?

-         Non, non ! Je me suis cogné à un piquet, dans la vigne… On plaisantait, avec Clara…

Apparut alors le légiste, tel un fantôme, dans sa tenue blanche, les mains recouvertes de gants translucides. Un bonnet de coton posé de travers lui donnait l’air d’un clown triste. L’homme avançait, tout menu dans sa blouse trop grande. On n’entendait pas une mouche voler. Le vent avait tourné plein sud et le ciel noir, chargé d’humidité, n’allait pas tarder à déverser sa colère.

-          Qui possède un rasoir style coupe chou ? Vous savez, le rasoir de nos grands-pères ?

Le médecin légiste avait parlé. Silence dans la salle. Puis, gêné, Benoît Malingeon déclara.

-         Moi j’en ai un. Pourquoi donc posez-vous cette question ?

-         Jeune homme, êtes-vous gaucher ?

-         Oui, pourquoi ?

-         Votre compte est bon ! Commissaire Létourneau, emparez-vous de ce criminel, je vous prie !

IV

Létourneau n’avait guère l’habitude de se faire ainsi commander. Mais, par feinte ou dissimulation, il obtempéra après un court moment d’hésitation. Le Commissaire prononça donc avec solennité les formules d’usage, tandis que l’adjudant passait les menottes à Benoît Malingeon.

Une ambulance arriva quelques instants après. Le prévenu fut amené par l’adjudant devant la voiture du juge d’instruction, qui était enfin là. Ce dernier venait d’obtenir un résumé des faits, relaté par le Commissaire

-         Benoît Malingeon, reconnaissez-vous ce rasoir ?

La voix du juge était menaçante. L’adjudant tenait devant lui, protégée dans un sac plastique transparent et numéroté au feutre noir, la pièce à conviction.

-         Mais c’est pas moi, j’vous jure ! Oui, c’est bien mon rasoir, mais c’est pas moi, j’vous…

-         Suffit, espèce d’égorgeur ! Vous vouliez abuser d’elle, avouez !

-         Mais bien sûr que non ! On a juste fumé un pétard ensemble, c’est pas un crime. Et puis, Clara est partie prendre sa douche ! Moi, j’suis resté tout seul à fumer tranquille…

-         Et vous avez regagné la table, sans croiser personne ?

-         Bien sûr ! J’ai regagné ma place, avec les autres !

Létourneau suivait les débats sans rien dire. Si je jeune vendangeur mentait, c’était un formidable comédien. Le Commissaire eut pitié de le voir ainsi s’enfoncer. Et de tomber à pieds joints dans les pièges tendus par le procureur.

-         Moi, je voudrais bien vous croire, Benoît ! Mais pourquoi avoir laissé traîner ce rasoir ? Cette pièce à conviction vous condamne d’office. Vos empreintes sont même dessus, d’après les relevés de l’adjudant. Vos empreintes, vous saisissez ?

-         Je…Je… C’est pas moi ! Laisser traîner l’arme du crime, il faut être vraiment bête !

-         Vous avez paniqué, avouez ! Et après lui avoir tranché la gorge, vous avez oublié le rasoir, c’est simple ! conclut le procureur.

Le jeune homme continuait de nier, sous un flot de paroles.

-         Ne vous enfoncez pas davantage, Monsieur Malingeon ! Commissaire, conduisez-moi ce jeune criminel en prison ! Ma conviction est faite.

Il était plus de vingt-trois heures. Le procureur semblait pressé de regagner son lit.

-          Et prenez par écrit toute sa déposition, Monsieur Létourneau. Je la veux signée demain matin, en deux exemplaires, sur mon bureau. Bonne nuit, Commissaire…

 

V

Malgré ses dénégations, tandis que les vendanges continuaient sous le soleil, Benoît Malingeon resta croupir à l’ombre. Jusqu’au moment où l’homme qui s’était fait voler ses lunettes rappela.

-         Alors mes lunettes ? Et ce singe, vous l’avez retrouvé ?

S’engagea alors une longue discussion. Et cela fit « tilt » dans la tête du Commissaire, qui appela le légiste à propos d’éventuels poils de chimpanzé. Dans la chevelure de Clara, on finit, après de patientes recherches, par en trouver deux.

***

Le jeune singe s’était échappé de sa cage. La bête, grisée par les grands espaces, qu’elle n’avait jamais connus, était arrivée le premier soir des vendanges sur le domaine Ravignot, après avoir erré autour de quelques maisons ainsi que dans les bois. Elle avait même goûté quelques raisins, sur « le climat » des Renardières.

Se cachant près des douches, après avoir bu au lavabo de la salle des garçons, le chimpanzé n’avait pu résister à la vue d’un coupe-chou brillant qui dépassait d’une trousse de toilette. Le manche en argent brillait dans le soleil du soir. Puis, le jeune primate sentit de la fumée. L’odeur et la vue d’une cigarette encore fumante l’attirèrent. Curieux comme sont tous les singes, tout en gardant son rasoir à la main, il aspira quelques bouffées. Puis toussa, cracha, rejetant le mégot à terre. Il se mit à divaguer, complétement « stone. »

Soudainement excitée par la drogue, la bête entra alors dans la partie douches réservée aux filles, où Clara se rinçait rapidement. La jeune femme était en retard. Mais quand elle vit bondir l’animal au-dessus de sa tête, Clara hurla si fort que le chimpanzé, pris de panique, heurta violemment  le plafond avec son crâne. Le singe tomba, puis s’agrippa  sur une chevelure rousse. Le rasoir s’ouvrit, on ne sut comment. Complétement affolée devant les hurlements de la jeune fille, la bête alors frappa. Sa main gauche armée trancha avec violence la gorge de sa victime. La vue du sang effraya le chimpanzé. Le rasoir tomba dans la douche.

Le hurlement avait cessé.

Un peu plus tard, de nouveau dans les bois, le jeune animal, inexpérimenté à la vie sauvage, s’endormit  sur le sol, au pied d’un vieux châtaignier. En pleine nuit, dans son sommeil, le chimpanzé se fit attaquer par deux renards affamés et sans pitié... Ils le dévorèrent.

Le singe n’avait pas vu la mort venir. Clara, la jeune vendangeuse, si !

 

***

Le Commissaire ne connut pas tous ces détails. Il réussit cependant à prouver qu’un chimpanzé évadé de sa cage avait commis l’irréparable.

Le principal surtout, c’est que Benoît fût innocenté.

 

FIN 

 

Le 26 août 2011

YV

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littérature policière
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 18:33

début

CHAPITRE I

 

 

Un lièvre déboula dans la clairière. Bientôt suivi de deux autres qui semblaient fuir un invisible ennemi. Au plus haut des arbres, parmi l’enchevêtrement des branches, le chant des premiers oiseaux s’éteignit.

Au milieu du pont métallique  qui surplombait la rivière, une vingtaine de crapauds s’étaient rassemblés en cercle, comme tassés sur eux-mêmes. L’eau de la rivière s’assombrit d’un seul coup. Des yeux des batraciens aux paupières mi-closes, filtrait une étrange lumière. Et de leurs corps rassemblés en bataillon, semblait pulser un unique cœur. Dans la clairière environnante, plus un bruit.

Ce calme inhabituel réveilla d’un seul coup Bouloche et Fripoune, un couple de marginaux qui habitait l’unique cabane de rondins. Dans le ciel matinal d’octobre, un maigre filet de fumée grise s’échappait du conduit de la cheminée.

-          Oh, Fripoune, tu dors ? T’entends … ? On n’entend plus rien…

-         Comment veux-tu que j’entende, si on n’entend rien ! ronchonna la femme en farfouillant dans sa tignasse.

-         Chut ! … Ecoute ! C’est bizarre… On dirait du silence…

-         C’est toi qu’es bizarre… Va donc donner à manger au poêle ! J’ai froid aux pieds !

Bouloche se leva, épiant la moindre trace de vie à l’extérieur. Seules ses jointures craquèrent. Avec application, il rechargea l’appareil de chauffage dont le fond ne contenait plus que quelques braises. Un journal froissé en boule, une poignée de brindilles sèches, suivi du souffle de l’homme suffirent à ranimer le foyer. Après qu’il eût glissé deux petites bûches de chêne et par-dessus une plus grosse, on entendit le crépitement du feu qui lançait à présent sa joyeuse lumière.

Fripoune se leva, enfila sa vieille robe de chambre en pilou et mit l’eau à chauffer. Bouloche était sorti, intrigué. Quand il rentra, il avait son visage des mauvais jours. Fripoune le regarda de biais.

-          Tu vas pas à la vigne ce matin ?

-         Non ! Le patron nous a donné not’ matinée. J’vais en profiter pour réparer le toit avant que les gelées arrivent. Bizarre, ce silence dehors…

-         Ben moi, j’vais aller aux champignons après mon café. A Beaune, j’ai trouvé un nouveau client. Un restaurant qui veut bien  m’acheter les derniers cèpes de la saison.

Le couple prenait son petit déjeuner quand la première explosion les surprit. Fripoune bondit sur son tabouret, renversa son bol. Bouloche sauta en l’air comme frappé par la foudre… Un épouvantable fracas, suivi d’une lumière aveuglante, leur transperça les tympans. Une deuxième explosion suivit, encore plus violente. Sous leurs pieds, la terre trembla. La cabane vibra ainsi que la table sur laquelle s’entrechoquèrent les couverts. Puis ce fut de nouveau le silence. L’homme regarda sa femme, atterré. Fripoune voulut parler, mais aucun son ne sortit. Sa bouche ouverte, à demi édentée, semblait celle d’un poisson à l’agonie. Et à travers les carreaux crasseux de la fenêtre, un soleil pâle filtra.

-          J’te disais bien qu’un silence pareil, c’était pas  du normal… !

-         Si c’est ça que t’appelles du silence, moi j’veux bien être changé en chèvre… !

-         Tais-toi Fripoune ! Tu vas nous attirer la poisse !

 

 

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littérature policière
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 23:40

Corentin Baliveau, juché sur son tracteur-enjambeur, était au travail depuis huit heures du matin. Il avait pour tâche de traiter une dizaine de rangs de vignes contre le mildiou, un champignon microscopique qui empêchait le développement du raisin. La pluie tant attendue était enfin tombée, pendant une semaine entière, drue et tiède. En l'absence de vent,  une humidité poisseuse recouvrait désormais les ceps de pinot noir, collait à la terre marneuse et s'était fixée sur les jeunes grappes.

 

Dès les premiers signes de la maladie, le feuillage avait rapidement jauni et flétri, des taches brunes étaient apparues. La pluie s'était arrêtée hier au soir. On annonçait un temps doux et couvert pour toute la semaine, mais sans ondées. L'opération de sulfatage à la bouillie bordelaise avait donc été décidée et une jolie couleur bleue commençait à recouvrir  le feuillage.

 

La pente s'accentua. Un brouillard chaud recouvrait la campagne. Des gouttes de sueur inondaient le front de l'ouvrier et  commençaient à lui tomber dans les yeux. Il souleva sa casquette pour s'éponger le front. Ses mains lâchèrent un instant le volant du tracteur quand un éternuement violent le surprit. La casquette s’envola.

Au même moment, le pied de Corentin glissa brutalement sur la pédale d'accélérateur. L'engin bondit dans la pente glissante de glaise. L'homme poussa un cri, mains agrippées au volant, corps arc-bouté et pied enfoncé sur le frein. Déséquilibré, le conducteur fut projeté à terre. Sa  tête heurta une murette de pierres en contrebas. Le crâne éclata dans un  affreux craquement tandis que le tracteur continuait sa course folle.

 

On retrouva Corentin Baliveau trois heures plus tard. La murette de pierres blanches était souillée de sang. Autour des lèvres du mort, s'étaient agglutinées plusieurs coccinelles, qui semblaient lui rendre un hommage funèbre.

 

Une partie du meurger avait été défoncée par le tracteur enjambeur, désormais couché sur le flanc. De l’huile visqueuse, mêlée de fuel, gouttait d’une flaque en contrebas. Celle-ci brillait sous un soleil timide et refléta soudain le visage du premier témoin. Un promeneur qui passait par là, attiré par la position incongrue du tracteur. Le touriste avait d’abord distingué une tache rouge fluo, couleur minium, qui se détachait au ras du sol parmi un paysage de vignes. La lumière fortement orangée lui avait sauté aux yeux.

Et, s’étant approché à grands pas, le touriste allemand dut constater  les faits. Un homme, presque en chien de fusil, comme recroquevillé, baignait dans son sang, la tête en bouillie. Parmi le peu de cheveux gris, un morceau de cervelle apparaissait. Les mouches bourdonnaient, des coccinelles voletaient, l’air sentait le fuel. Le fort contraste des couleurs donnait une touche très réaliste à ce cruel tableau. Et cette œuvre, de nature et de culture mêlées, causa un tel choc au voyageur de passage, qu’il prit ses jambes à son cou pour rejoindre l’habitation la plus proche.

 

Midi sonna au clocher du village. Les douze coups s’égrenèrent parmi le vent doux de juin au moment où l’homme frappa à une porte.

 

 Egzcusez-moi, Mat’ame ! Je… trouver un Leiche, … Part’on, un homme mort dans la cam pa gnieux… Moi, courir très vite !

 

La personne qui venait d’ouvrir et de recevoir ces informations en pleine face, eut pour premier réflexe de se rencogner contre le battant de la porte. Dans sa blouse grise à fleurs mauves, elle fixait le visiteur, comme hallucinée, incapable de refermer la bouche qu’elle avait grand ouvert. L’homme continuait de fixer du regard cette petite vieille aux cheveux assortis à la blouse. L’Allemand aussitôt jugea cette femme bien coquette ; « Une vraie petite Vranzaise », pensa-t-il… en allemand.

Célestine Pignol eut alors un haut le cœur, croyant voir à travers l’étranger un ancien soldat Boche. En une seconde, elle se retrouva en mille neuf cent quarante-deux, tandis que l’armée allemande occupait le pays ; non loin de la ligne de démarcation. Célestine, choquée, atteinte de confusion mentale, agrippa la porte de ses deux mains usées et, d’une poussée violente, referma le battant au nez de l’importun.

 

Lui, en short et en sueur, ses maigres cheveux blonds plaqués sur un crâne dégarni, continuait de trembler sur ses grosses jambes poilues. Un lourd sac à dos kaki lui faisait une grosse bosse dans le dos. Des poils dorés sortaient de ses oreilles, lui donnant une bonne tête de nounours abruti.

Hans, puisqu’il se prénommait ainsi, crut bon de s’éloigner à reculons.

Une voiture, lancée à vive allure, le heurta au niveau des genoux. Projeté comme un ballon de baudruche, le touriste refoulé s’envola dans les airs. Crissement de pneus, hurlement de freins !

Un corps lourd retomba sur la chaussée. Quatre-vingt-dix kilos de chair broyée.

Le capot de la voiture était défoncé, le pare-brise en miettes tandis que le conducteur, à peine sorti du véhicule, braillait.

 

 Mais, c’est pas Dieu possib’ ! J’y suis pour rien moi !

 

La vieille Célestine venait de rouvrir sa porte. C’en était trop ! Son cœur lâcha. Trois morts en moins de cinq minutes de lecture.

Décidément, ce roman commençait bien mal….

 

FIN, provisoire…Corentin Baliveau, juché sur son tracteur-enjambeur, était au travail depuis huit heures du matin. Il avait pour tâche de traiter une dizaine de rangs de vignes contre le mildiou, un champignon microscopique qui empêchait le développement du raisin. La pluie tant attendue était enfin tombée, pendant une semaine entière, drue et tiède. En l'absence de vent,  une humidité poisseuse recouvrait désormais les ceps de pinot noir, collait à la terre marneuse et s'était fixée sur les jeunes grappes.

 

Dès les premiers signes de la maladie, le feuillage avait rapidement jauni et flétri, des taches brunes étaient apparues. La pluie s'était arrêtée hier au soir. On annonçait un temps doux et couvert pour toute la semaine, mais sans ondées. L'opération de sulfatage à la bouillie bordelaise avait donc été décidée et une jolie couleur bleue commençait à recouvrir  le feuillage.

 

La pente s'accentua. Un brouillard chaud recouvrait la campagne. Des gouttes de sueur inondaient le front de l'ouvrier et  commençaient à lui tomber dans les yeux. Il souleva sa casquette pour s'éponger le front. Ses mains lâchèrent un instant le volant du tracteur quand un éternuement violent le surprit. La casquette s’envola.

Au même moment, le pied de Corentin glissa brutalement sur la pédale d'accélérateur. L'engin bondit dans la pente glissante de glaise. L'homme poussa un cri, mains agrippées au volant, corps arc-bouté et pied enfoncé sur le frein. Déséquilibré, le conducteur fut projeté à terre. Sa  tête heurta une murette de pierres en contrebas. Le crâne éclata dans un  affreux craquement tandis que le tracteur continuait sa course folle.

 

On retrouva Corentin Baliveau trois heures plus tard. La murette de pierres blanches était souillée de sang. Autour des lèvres du mort, s'étaient agglutinées plusieurs coccinelles, qui semblaient lui rendre un hommage funèbre.

 

Une partie du meurger avait été défoncée par le tracteur enjambeur, désormais couché sur le flanc. De l’huile visqueuse, mêlée de fuel, gouttait d’une flaque en contrebas. Celle-ci brillait sous un soleil timide et refléta soudain le visage du premier témoin. Un promeneur qui passait par là, attiré par la position incongrue du tracteur. Le touriste avait d’abord distingué une tache rouge fluo, couleur minium, qui se détachait au ras du sol parmi un paysage de vignes. La lumière fortement orangée lui avait sauté aux yeux.

Et, s’étant approché à grands pas, le touriste allemand dut constater  les faits. Un homme, presque en chien de fusil, comme recroquevillé, baignait dans son sang, la tête en bouillie. Parmi le peu de cheveux gris, un morceau de cervelle apparaissait. Les mouches bourdonnaient, des coccinelles voletaient, l’air sentait le fuel. Le fort contraste des couleurs donnait une touche très réaliste à ce cruel tableau. Et cette œuvre, de nature et de culture mêlées, causa un tel choc au voyageur de passage, qu’il prit ses jambes à son cou pour rejoindre l’habitation la plus proche.

 

Midi sonna au clocher du village. Les douze coups s’égrenèrent parmi le vent doux de juin au moment où l’homme frappa à une porte.

 

 Egzcusez-moi, Mat’ame ! Je… trouver un Leiche, … Part’on, un homme mort dans la cam pa gnieux… Moi, courir très vite !

 

La personne qui venait d’ouvrir et de recevoir ces informations en pleine face, eut pour premier réflexe de se rencogner contre le battant de la porte. Dans sa blouse grise à fleurs mauves, elle fixait le visiteur, comme hallucinée, incapable de refermer la bouche qu’elle avait grand ouvert. L’homme continuait de fixer du regard cette petite vieille aux cheveux assortis à la blouse. L’Allemand aussitôt jugea cette femme bien coquette ; « Une vraie petite Vranzaise », pensa-t-il… en allemand.

Célestine Pignol eut alors un haut le cœur, croyant voir à travers l’étranger un ancien soldat Boche. En une seconde, elle se retrouva en mille neuf cent quarante-deux, tandis que l’armée allemande occupait le pays ; non loin de la ligne de démarcation. Célestine, choquée, atteinte de confusion mentale, agrippa la porte de ses deux mains usées et, d’une poussée violente, referma le battant au nez de l’importun.

 

Lui, en short et en sueur, ses maigres cheveux blonds plaqués sur un crâne dégarni, continuait de trembler sur ses grosses jambes poilues. Un lourd sac à dos kaki lui faisait une grosse bosse dans le dos. Des poils dorés sortaient de ses oreilles, lui donnant une bonne tête de nounours abruti.

Hans, puisqu’il se prénommait ainsi, crut bon de s’éloigner à reculons.

Une voiture, lancée à vive allure, le heurta au niveau des genoux. Projeté comme un ballon de baudruche, le touriste refoulé s’envola dans les airs. Crissement de pneus, hurlement de freins !

Un corps lourd retomba sur la chaussée. Quatre-vingt-dix kilos de chair broyée.

Le capot de la voiture était défoncé, le pare-brise en miettes tandis que le conducteur, à peine sorti du véhicule, braillait.

 

 Mais, c’est pas Dieu possib’ ! J’y suis pour rien moi !

 

La vieille Célestine venait de rouvrir sa porte. C’en était trop ! Son cœur lâcha. Trois morts en moins de cinq minutes de lecture.

Décidément, ce roman commençait bien mal….

 

FIN, provisoire…

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littérature policière
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 23:36
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 16:56
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 16:50
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 12:48

Il fuyait les téléphones, cherchait la nuit, était incapable de mentir, et ne pleurait que d'un oeil. Dashiell Hammett fut l'un des plus grands auteurs américains : il écrivit 5 romans et 65 nouvelles en une quinzaine d'années, puis fit silence. De 1934 jusqu'à sa mort en 1961, il ne publia plus rien. L'alcool, la tuberculose et la Commission des Activités antiaméricaines eurent raison de lui. Le sénateur McCarthy, qui questionna durement Hammett, se suicida peu après par l'alcool.

Pendant un demi-siècle, les nouvelles de Dashiell Hammett furent éditées par bribes, retirées des bibliothèques, traduites à la hache, mixées dans des recueils fourre-tout - certaines étaient tout simplement introuvables. Voici qu'on rassemble «l'Intégrale des nouvelles», sous le titre «Coups de feu dans la nuit». C'est justice : on y découvre un écrivain qui se cherche, puis se met debout, à une époque où le genre policier est considéré comme un torche-cul. Dashiell Hammett a créé le polar, sans jamais se départir d'une qualité essentielle: la dignité.

Fils d'un escroc vaguement politicien devenu juge, Dashiell Hammett part de chez lui à 14 ans, en 1908, pour mener la vie habituelle de bohème, surchauffée de causticité au bourbon, d'initiation à l'existence par la rue. Après avoir été coursier, employé des chemins de fer, clerc à la Bourse, il est engagé par l'agence Pinkerton, dont les détectives ont traqué Jesse James, Butch Cassidy et le premier serial killer des Etats-Unis, ironiquement nommé Holmes. En 1921, Hammett participe à l'enquête sur le meurtre et le viol d'une mineure par Fatty Arbuckle, le comique le plus célèbre du moment. Il enchaîne avec la découverte d'un trafic d'or sur un paquebot et, pour finir, appréhende un homme qui a volé la Grande Roue de la foire de San Francisco (un exploit !). Il voit du sang, côtoie les crapules, est écoeuré par la corruption, cette rouille des âmes et des institutions. Il découvre que le bonheur est une illusion, et que le capitalisme américain est infâme. Quand Pinkerton est engagé pour briser des grèves, Hammett s'en va. Il se met à écrire.

Il publie des nouvelles dans «Black Mask », revue de quai de gare, où un style se forge, fait de violence, de simplicité, de vitesse. Hammett crée un héros, le Continental Op (le détective de l'agence Continental), qui n'a rien de commun avec les détectives chics et snobs qui l'ont précédé, type Hercule Poirot ou Miss Marple. Le Continental Op est petit, replet, et, surtout, c'est un prolo. Il observe, ne fait confiance qu'aux faits, ne livre rien de lui-même. Il n'a pas de loupe, de fume-cigarette, de parabellum, et ne rassemble pas ses personnages à la fin dans un salon pour leur dire : «Le coupable est parmi vous» -juste avant que la lumière ne s'éteigne. Hammett enterre le roman à l'anglaise et lance un nouveau détective, Sam Spade, qui sera magnifiquement incarné par Humphrey Bogart. Entre la publication de «la Moisson rouge» (1929) et celle de «l'Introuvable» (1934), il s'écoule cinq ans. Le succès est là. «Le Faucon maltais» sera adapté trois fois au cinéma, et, le 22 novembre 1930, Hammett rencontre à Hollywood la femme de sa vie, Lillian Hellman. Celle-ci est laide, vive, ambitieuse, agressive, mondaine, acerbe. Trente et un ans plus tard, assise sur le lit où Hammett agonise, elle lui demande : «Je ne t'ai jamais eu pour moi, n'est-ce pas ?» Il ne répond pas. C'est bien dans sa manière.

En France, Hammett est publié dans les années 1930 dans la série « les Chefs-d'OEuvre du roman d'aventures », chez Gallimard. Gide aime. En mars 1949, Marcel Duhamel reprend « la Clé de verre », dans une nouvelle traduction. C'est une révélation. Dès lors, les éditions se succèdent. La « Série noire » publie les romans. Les nouvelles, elles, sont disséminées aux Editions Morgan, chez Presse-Pocket, chez Denoël (« le Dixième Indice »), chez un mystérieux SFD Editeur, (« Sam Spade »), en « Série noire » (« le Sac de Couffignal »), en « 10/18 » (« Histoires de détectives »). Mais pas question d'avoir une édition complète : Lillian Hellman, en veuve abusive, bloque tout et menace d'attaquer les transgresseurs. Devenue une dramaturge célèbre avec des pièces comme « la Vipère » et « le Tumulte », elle redoute qu'on s'aperçoive qu'elle a vampirisé Hammett jusqu'à le stériliser. Car, peu après leur rencontre, il n'a plus rien écrit. En revanche, elle est devenue prolixe. Conclusion : les pièces et les livres de Hellman sont, en partie, dus à la plume de Hammett. Elle préférerait mourir - en 1984 que de laisser cette vérité filtrer.

En attendant, quelques copains parisiens sortent, à leurs risques et périls, une édition pirate de « la Femme dans l'ombre » (Sir Francis Drake Editeur, explication du SFD précédent), en 1980. Peu à peu, les droits deviennent accessibles. Aux Etats-Unis, la Library of America (l'équivalent de «La Pléiade » en France) intègre les oeuvres complètes de Hammett à son catalogue en 1999.

Lillian Hellman-Dashiell Hammett : ils s'aimaient, ils se détestaient. Elle le délesta de son talent, mais lui donna les moyens de vivre. «Je ne sais pas pourquoi nous étions ensemble », écrira-t-elle, précisant : «Je ne lui ai jamais demandé. » Ils ont vécu ensemble, se sont séparés, se sont recollés, se sont de nouveau séparés -ni sans toi ni avec toi. Pendant la guerre, alors qu'il s'est engagé dans l'armée et qu'il est stationné aux Aléoutiennes, elle le soutient moralement. Au retour, quand les chasseurs de sorcières lui tombent dessus, elle est à ses côtés - par moments. Oui, Hammett a été compagnon de route des communistes ; oui, il est président du Civil Rights Congress de New York; oui, il fréquente Frederick Vanderbilt (le copain de Marilyn Monroe), journaliste du «Daily Worker» et «mouscoutaire» enragé. Le magazine «Hollywood Life» de mars 1951 qualifie Hammett de «conspirateur rouge» et de «subversif très dangereux».

Convoqué par McCarthy, il se mure dans le silence. Il est condamné à six mois de prison, corvée de chiottes tous les jours. Lillian Hellman refuse de payer sa caution. Il sort plus malade que jamais : ses poumons sont en dentelle, et ses codétenus se demandent pourquoi diable un homme préfère aller en taule plutôt que de livrer les noms de ses camarades du Parti, des salauds de «reds». La raison, pourtant, est simple : dignité, encore. Les livres de Hammett sont bannis, ses droits d'auteur saisis, il est quasiment à la rue. Lillian Hellman, elle, se bat contre la Commission des Activités antiaméricaines avec des avocats haut de gamme. Elle craint d'être arrêtée par le FBI, file en Europe, revient, apparaît devant la Commission en costume Balmain et... est blanchie.

A quel prix? Hammett, lui, commence un roman non policier intitulé «Tulip». Il ne le finira jamais. A peine a-t-il les yeux fermés que Lillian Hellman devient son exécutrice testamentaire, allant jusqu'à spolier Jo Hammett, la fille de l'écrivain (d'un premier mariage). Désormais, Hellman sera le pitbull des oeuvres de son homme. Elle écrit quatre tomes de Mémoires (dont «Scoundrel Time» et «Pentimento»), bourrés de mensonges, de contrevérités, de contes de fées. Elle réinvente la vérité, se dépeint en héroïne des temps modernes, va jusqu'à décrire par le menu une rencontre avec Hemingway, Hammett et Gustav Regler, le héros allemand de la guerre d'Espagne, au Stork Club en 1939. L'ennui, c'est que ni Hemingway ni Regler n'étaient à New York à cette époque.

La malédiction Hellman est enfin levée. Avec «Coups de feu dans la nuit», on peut tout lire. Il y a des nouvelles médiocres, d'autres formidables. Il y a surtout le style Hammett, sec comme un sarment, précis, net, coupant. Il a inventé, en littérature, la persistance du noir.

 

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Littérature policière
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 12:45

Toute honte bue

 

 

I

 

 

Il vient de prendre l’air à la fenêtre. La refermant, il ne le rendra plus.

 

Malade, tendu, presque asphyxié. Recroquevillé tel un escargot apathique dans sa coquille. Jonas a le blues. En termes plus prosaïques, la GDB. Une solide, lourde, énorme et pesante gueule de bois, comme un fer à repasser au fond de l’estomac. Qui lui joue des tours. Pas celles de Manhattan, non. Un tour de vache, vache qui rumine avec douleur, inexorablement. Un tour à effet de serre, de haut en bas. De bas en haut. Eructations, rots chargés de gaz, de méthane entre autres. Fuites intempestives, par les deux bouts.

 

L’explosion avait eu lieu en pleine nuit, alors qu’il dormait profondément.

La déflagration, subite, incontrôlable, avait laissé s’épandre dans les draps blancs une large coulée verte. Fuyante. Digne d’une toile de maître aux pinceaux en colère. Fusion et confusion confondues. Dans un même élan.

 

Bref, la cata. Jonas en avait sursauté. De douleur bien sûr, mais aussi de surprise. Puis ce fut la remontée acide. Lente. Grimaces de douleur, yeux pincés, paupières étrécies. Des larmes brouillaient sa vision cauchemardesque. Tandis que la fuite par le bas réchauffait ses maigres cuisses poissées de merde, Jonas se mit à dégueuler : tripe et vinasse. D’abord en un seul jet, violent, continu. Puis, après l’effet de surprise, un deuxième rot, suivi d’une régurgitation en bonne et due forme : page deux. Etalée sur plusieurs colonnes, draps souillés et menton baignant dans la soupe. Horreur ! Quoique toute relative, quand il s’agit d’un homme aussi expressif. Presque une forme d’art, une création expresse. Expressément réussie !

 

Jonas, englué des deux bouts, a juste le temps de bondir du lit. Le mauvais choix. Son pyjama trempé du bas, le torse recouvert de chyle et de glaire, l’homme affolé court à sa perte. L’étrange liquide visqueux est descendu le long de ses chevilles, devenues glissantes. Puis, c’est au tour de ses pieds. A peine posés au sol, gluants de chiasse, ils dérapent sur la descente de lit en synthétique mauve. Glissade assurée. Chute conséquente. Envol réussi.

Jonas s’affale, tout son poids concentré sur son unique coccyx. Qui éclate. Comme une coque de noix. Esquilles d’os plantées dans le cul. Fesses lacérées. Bouillie de merde mêlée. Rupture.

 

L’homme à terre hurle. Oublie son nom, sa patrie, sa maman. Jonas va crever. Dans un ultime effort, il se jette contre la fenêtre, arcbouté. Un ressort n’aurait pas fait mieux. Les deux mains sur la poignée de métal, Jonas ouvre la croisée, puis se penche, au-dessus du vide. Cherche son souffle. Le dernier, croit-il. Mais il n’en est pas au bout de ses peines. Une femme en bas le regarde. Elle vient de lever la tête, surprise. Un homme est là, penché, cachant le soleil naissant de son buste.

 

Elle se déchausse le cou pour mieux voir. On dirait qu’il va tomber. Non. Dans un bruit de cataracte, Jonas dégueule encore. Jets sonores, spasmes électriques. D’un bond, la passante esquive. Réflexes affûtés. Elle est à jeun, elle. Une flaque aux reliefs indéterminés souille à peine les pieds de la dame. Dégoûtée, elle s’éloigne, épaules contrariées, dans un silence de cathédrale. Puis elle croit entendre, mais elle est déjà loin, une fenêtre qui se referme.

 

Jonas souffre mille morts. N’en peut plus et ne peut s’asseoir. Ses jambes flageolent. Il va crever là. Non pas comme une merde qu’il est déjà, mais comment dire… Tel un déchet, un encombrant. Pas mal, pour « un insignifiant, une loque », comme il se plaît à le dire. Dans son entourage. Pour se faire plaindre.

 

Doucement, la sueur descend sur ses tempes. Crâne luisant, rides accentuées, corps vibrant, Jonas se rencogne près du placard en Formica. Gluant, humide, trempé de merde et suffocant, il désespère. « T’avais cas pas boire autant… », qu’elle lui répétait, la mère. Morte depuis un an, rayée des listes. D’ailleurs, ça lui a servi à quoi, de l’engueuler comme ça, le Jonas ? L’y est pour rien, le fils, si son père lui a transmis le flambeau. Passé la torche ! Une sacrée torchée, oui ! Le patrimoine, ça se respecte : la preuve. Tel père, tel fils. « On va pas faire mentir les proverbes, tout de même. Foi de Jonas ! »

 

En parlant de foie, c’est une sacrée réussite. Il a tout bon le Jonas. Reçu dix sur dix à ses examens : ulcère gastrique, ulcère duodénal, hernie hiatale, gastrite, hyperacidité, surcharge pondérale mises à part ses cuisses fluettes, péritoine en folie, proche de la perforation. Les médecins se sont penchés sur son cas. Un mystère pour la science. A côté des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, une paille.

 

Le symptôme cardinal de l’ulcère d’estomac recouvre des douleurs de type brûlures ou crampes. Vous avez mal quelque part, jeune homme ?

Non, pourquoi vous me demandez ça ?

Et bien, d’après votre radio du colon, du foie et de l’estomac, on distingue une triple conjonction d’Uranus dans le carré de la…

Vous êtes toubib ou astrologue ? Qu’il lui répond le Jonas, du tac au tac. J’vous en foutrai moi, des radios ! J’ai jamais été malade, et c’est pas à 22 ans, que je vais commencer à passer des examens ! J’ai assez de mon diplôme de CAP.

…. ?!

Et c’est pas en faisant peur au populo, qu’on va croire en vous, en plus ! répondit le patient impatient.

Atrabilaire énervé qu’il était le Jonas.

 

Comme deux ronds de flan, qu’il est resté le toubib des armées ! Scié ! Laminé ! Rétamé !

« Non, mais c’est pas vrai ! J’bois mes douze Ricard par jour, trois litres de vin blanc, et ça vient vous faire la morale ? Je rêve ! J’men vas écrire à Hippocrate, moi ! J’vous en fais le serment ! »

 

 

 

 

Deux semaines plus tard, Jonas reposait au cimetière de Larengeville, petite commune de province.

Sa lettre resta sans réponse.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         II

 

L’air était doux, sec et joyeux. Un vol de coccinelles tournoyait par bonds saccadés autour d’un bouquet de jonquilles. Les fleurs, sur la tombe de granit poli, moucheté de taches roses et noires tel un pâté de tête, lançaient vers le soleil des éclats jaunes. Tendus vers le ciel bleu, les calices s’ouvraient. Seul le silence semblait habiter les lieux. Mais bien en dessous, sous la pierre et la terre, fourmillaient des armées d’insectes et de corps en décomposition. Miracle de la vie, couches sédimentaires, le visible et l’invisible s’y côtoyaient.

Jonas reposait sous diverses strates de glaise, terre humide et sable de rivière. On lui avait fait pour toujours son lit, sa litière où il resterait étendu, bien calme.

Bien sûr, il aurait souhaité bouger, remuer quelques orteils – histoire de se dégourdir les jambes. Mais que voulez-vous ? Quand on est mort sans même s’en être aperçu, il existe certains besoins naturels incompatibles avec l’état de morbidité.

Jonas n’avait ni chaud, ni froid. La soif, il ne connaissait plus. Faim, lui ? Jamais plus. Contre son gré, il était devenu un modèle de stoïcisme, un calme parmi les calmes, parangon de vertu. Qui aurait pu dire cela de lui de son vivant ? Personne ! Qui aurait pu émettre le moindre avis il y a encore deux semaines sur un soupçon ténu de guérison, une once de mieux, un comportement plus moral, voire une meilleure conduite ? Personne ! Plus personne n’était là pour dire du bien de Jonas, alcoolique dépravé au cimetière des Lilas.

Si ! Le croque-mort. Et même le fossoyeur qui passait régulièrement le râteau sur les gravillons blancs de l’allée numéro neuf. Ces deux-là auraient pu en faire des compliments sur la personne du Jonas.

 

 Un sacré caractère, certes oui ! Une langue bien pendue pour un imbibé de première ! clamait le thanatopracteur à qui voulait l’entendre. Mais ce gars-là, croyez-moi, c’était un client bien facile. Si baigné de l’intérieur que je n’eus pas à utiliser le moindre produit chimique pour le conserver à l’état de cadavre tandis qu’il reposait encore à la morgue, sous le regard des badauds ébahis. De lui, émanait un doux parfum de gentiane, de fleurs alpestres et d’herbes aromatiques les plus diverses. Un jeune cadavre si bien embaumé naturellement qu’il s’en exhalait des senteurs printanières ! Des odeurs légères ! Oui, un bien beau corps. Et ces senteurs de vin blanc, de chardonnay bien mûr, de lis et de pomme verte ! Tout un verger, tout un vignoble ! Qui l’eût cru ? A le voir ainsi étendu dans mon atelier, mon imagination, titillée par de tels arômes, se promenait déjà dans les rangs de vignes, humant les ceps, tâtant les feuillages, les grappes mûrissantes…

On y voyait poindre le soleil, puis monter au zénith avant de redescendre dans sa course régulière vers le couchant. Jamais nature plus belle ne m’avait été offerte par un cadavre. Ah, messieurs… Qui l’eût vu ainsi, allongé dans son linceul de lin blanc, aurait eu aussitôt les larmes aux yeux. Ma femme, pour dire, qui ne porte guère en estime les dépravés, les alcooliques, en un mot les déchets, et bien croyez-moi, ma femme en fut clouée sur place à la vue de cet allongé ! Oui, elle en fut éprise ! Une langueur passa dans ses yeux mauves, son regard se perdait au-delà de ce corps. Qu’elle m’eût trompé avec lui, s’il eût été vivant… ? Non ! L’idée m’effleura bien, certes. Mais de là à… Non ! C’en était trop ! Alors, devant cette femme qui ouvertement me trompait – bras écartés et visage ruisselant de larmes pour son amant – je me mis dans une absurde colère. Trépignant de rage, vexé, outré par un si déloyal comportement, je pris ma femme par la manche, lui claquait deux énormes baffes sur ses joues… Puis, le trou ! Plus rien !

La police arriva, prévenue par  les voisins alertés par mes bruits et coups de fusil répétés. C’est aujourd’hui de ma prison que je m’adresse à vous, ne m’en veuillez pas, non, je vous en prie, pitié ! J’expie, je regrette mais cet homme était trop… Comment dire, supérieur à moi, à tout ce que je représentais de négatif, de mauvais...

 Ta gueule Baliveau, on t’a assez entendu ! La ferme !

Et puis ce fossoyeur, si tendre, si vieux, si amène. Coiffé d’une casquette en visière qui lui dissimulait le regard, le vieil Onésime arpentait d’un pas lent les allées blanches de gravillon. Ses sabots de châtaignier claquaient sec, en martelant le sol de ses semelles de bois.

 Tout doux, tout beau, mon mignon ! Hein, Jonas ? T’es pas bien ici ? Six pieds sous terre dit l’expression populaire ! Oh, toi, t’es bien modeste ! un pauvre ciron perdu dans la galaxie des étoiles souterraines… on est bien peu de choses et le temps n’est plus ce qu’il était ! Mais moi, je te dis que ta place est ici. Tu verras, un peu de patience ! toi & moi, on va tranquillement installer une relation durable. Sauf si je cassais ma pipe, évidemment ! Mais t’inquiète, pas de soucis, bon pied bon œil qu’il a l’Onésime. Veuf, oui, âgé peut-être, plus tout jeune, mais le cœur est solide, et le moral itou !

Au début, quand je t’ai vu arriver avec mon collègue Alain, dans ton costume trois-pièces en bois de chêne, j’ai pas bien compris qui t’étais. Mais renseignements pris, j’ai bien vu que t’étais pas l’mauvais ch’val ! Même si y’en a qu’on craché à voix basse sur ta dépouille. Des moins que rien ceux-là ! Ils verront quand ils clamseront ! Chaterons moins haut ! Ferons pas les fiers quand i’ z’arriveront entre mes bras ! Tu sais Jonas, t’es pas pire que certains… Même mieux vois-tu, mais attends, ya mon portab’ qui sonne. Je r’viens toutàleur. Pardon.

 

Depuis deux semaines à peine qu’il est dans sa tombe, Jonas se sent un peu seul, nonobstant le chant des oiseaux, et le vol des coccinelles qui froissent de leurs élytres les fleurs offertes par l’entourage. Le vent aussi fait désormais partie des lieux. Quant aux bribes de conversations qu’il peut saisir au vol, elles sont bien maigres. D’incompréhensibles syllabes, borborygmes, éructations & chuchotements divers. Personne n’est venu sur sa tombe parmi ses proches.

 

Par contre, les odeurs, oui les odeurs, Jonas les distingue ! Cela peut paraître bizarre, mais l’odorat d’un mort existe. Pas de preuve, m’objecterez-vous. Qu’importe. Jonas est un nez supérieur. Une pointure en ce domaine, un esthète. La science n’explique pas tout ! Quand on est mort, c’est bien sûr pour… la vie… raisonnement idiot, mais comment dire ? L’homme allongé reçoit le murmure olfactif de la nature environnante. Par d’incroyables antennes. Par un sens inconnu des vivants & que je ne saurai décrire. Comme un… Non ! Un chant qui creuserait depuis la surface un chemin. Une voie invisible, une invisible trace. Jonas aspire à reconnaître ces odeurs, nouvelles pour lui. Première expérience. Plutôt mince mais bien là !

 

 

 

Par yarniche - Publié dans : littérature, livres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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