Interview de Yann Venner par Olivier Caillebaud en juin 2010 au sujet de "Cocktail cruel", roman de Yann Venner
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Interview de Yann Venner par Olivier Caillebaud en juin 2010 au sujet de "Cocktail cruel", roman de Yann Venner
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Ferdi Lance(1) était un policier de haut vol. Le meilleur de tous. Le meilleur, en tous cas, de la brigade des Abatscides - brigade chargée, comme on le sait, de la protection de l’aéroport international Toul’house Blaniakbar.
Ferdi était payé pour enrayer tout acte terroriste, prévenir tout détournement d’avion, empêcher le trafic illicite d’armes stupéfiantes, pour prendre le Mal à la gorge, l’étrangler, et le terrasser. Véritable terrassier du crime, Ferdi Lance était aussi un pauvre ver de terre, petit lombric rampant amoureux des étoiles. En d’autres termes, il aimait les hôtesses de l’air, en consommait à foison, toujours preux chevalier servant et à la noble figure ; toujours prêt à défendre l’honneur de ces haquenées du ciel, voler à leur secours et prendre sous son aile ces belles étrangères égarées tels des albatros - une fois débarquées à terre.
Il vivait d’ailleurs depuis quelque temps avec une charmante Nastasia, hôtesse biélorusse de passage, pulpeuse blonde de vingt-six printemps. La dame en transit jouissait d’indéniables atouts ; mais le travail avant tout !
Toujours sur la brèche, plus souvent sur le tarmac que dans son hamac, Ferdi Lance courait sans cesse d’un terminal à l’autre, inspectait les soutes, reniflait le moindre bâton de shit (oeuvre de Chitan), et n’hésitait pas à faire main basse sur tout colis suspect. Il était partout et nulle part à la fois. C’était, on vous l’a dit, un policier de haut vol.
Ses collègues les plus instruits le surnommaient Aker, génie à double tête personnifiant la terre dans sa matérialité et dont il assurait la cohésion. Représenté, à l’origine, comme une bande de terre ayant une tête humaine à chaque extrémité, Aker prit plus tard l’aspect d’un double sphinx. Préposé à la garde des issues de l’au-delà, il était l’adversaire du défunt qui cherchait à y pénétrer. Par sa fonction, il protégeait dons Osiris.
On annonça « le vol 732 pour Le Caire. Embarquement immédiat. » La voix chaude et voilée de l’hôtesse invitait au désir... On eût dit un appel à l’extase, à une élévation certaine, à un voyage hors de soi. Bien mieux que la voix de l’imam du haut de son minaret. Les quelques islamistes, musulmans, coptes, chiites de tout poil, sans compter les athées et les chrétiens de toutes confessions, se hâtaient tranquillement, comme anesthésiés par la voix d’Anastasia, car c’était elle. Les cartes d’embarquement dûment enregistrées, on prit la navette pour se rendre à l’avion de la compagnie Egypterranée.
Ferdi Lance, habillé en civil, faisait partie de la centaine de passagers. Il avait repéré, véritable instinct de sa tête chercheuse, un candidat à l’arrestation virtuelle. L’homme, âgé de soixante-dix ans environ, lisait le quotidien El Watan. On le croyait voyager sous le nom d’Eloi Than, ressortissant belge né à Hanoï, le trois mars 1930, de mère khmère et de père inconnu, quoique certaines langues avançaient - bien qu’à reculons - qu’il était le fils d’André Malr... quand ce dernier était à Vientiane quelques années plus tôt, parti trafiquer le patrimoine religieux - véritable voie royale à l’époque, s’il en était...
L’homme était en fait un simple tailleur de pierre à la retraite, reconverti cependant en agent de change, travaillant secrètement pour le compte de la banque cairote Schliemann and Grote.
Ce septuagénaire se rendait à l’anniversaire de son petit-fils, le gentil Abdel Rhamane.
Ferdi Lance regardait les chaussures de l’homme. Discrètement. Mais pas assez cependant pour que le vieux ne remarque le manège du vrai faux policier démasqué. René Van Thaï, de son véritable nom, baissa alors le pantalon bouffant qui lui serrait la taille, discrètement. Afin de mieux dissimuler ses chaussures. Ferdi Lance, sortit alors de l’anonymat.
- Mains en l’air ! Plus un geste ! Et que personne ne bouge ! Police de l’aéroport ! hurla-t-il, le badge dans une main et l’arme dans l’autre - un pistolet Vico et Khaldun .35 mm à double obturation, capable de descendre un escalier de marbre.
Figé, l’homme fut appréhendé, prié de retirer ses chaussures, les mains au ciel.
Ce fut un triple échec. Premio, les contorsions du suspect retirant ses baskets Naïke el Jordan, firent tordre de rire les voyageurs descendus du bus. Deuxio, le soit disant terroriste ne portait que de simples chaussures de sport qui émettaient un vif éclair de lumière rouge quand on les frottait l’une contre l’autre. C’était, affirmait-il, pour les douze ans de son petit-fils ! Du 41 ! Comme lui. N’avait pu résister au plaisir de les essayer. Rien n’y fit. On débarqua le malheureux, accusé d’être un séide à la solde de la mouvance islamiste qui en avait fait voir de toutes les couleurs au monde entier depuis un fameux 11-Septembre. On connaissait la musique ! Et son grand orchestre peu splendide. Plutôt du genre explosif, le chef d’orchestre et son armada de cymbales, percussions de coups bas, sirènes d’alarme et tout le bataclan. On s’y entendait, pour faire parler la poudre. Dialogue de soufre et de malentendants.
« Pas de fumée sans feu, dit-on depuis dans le quartier des affaires, à Manhattan. »
Le vol 732 en partance pour Le Caire fut retardé. Une heure plus tard, on embarqua de nouveau le personnage. Fausse alerte. Fausse piste pour Ferdi Lance.
Une heure plus tard - tertio - au-dessus de la Méditerranée, l’avion explosa en plein vol. Cent dix-huit morts. La bombe miniature dernier cri n’était pas dans les chaussures, mais sous le chèche du voyageur kamikaze. Il aurait suffi à Ferdi Lance de ne pas se focaliser sur les baskets dudit René Van Thaï ; mais que voulez-vous ! Une erreur humaine et voilà 118 humains expédiés dans les limbes, qui au Paradis, qui aux enfers, ou en train de purger leurs os dans la strate-os-sphère si bien nommée.
Ferdi Lance n’était pas fait pour devenir inspecteur en chèche. Encore une fois, ce fut à la mouvance Al Khaïda qu’on fit porter le chapeau. Ce qui donna encore une fois la grosse tête à Ben Laden et ses sbires, qui en rirent jusqu’à plus soif.
De rage, Ferdi but seize bières ce soir-là, pour oublier son drame.
Nastasia repartit au pays, pour un vol qualifié de définitif, avec un pilote russe de l’Aeroflot.
Flûte ! dit Ferdi Lance, perdu dans son hamac.
A la nôtre ! et nazd’rovié ! dit Vladimir Routine en actionnant vigoureusement son manche à balai, sous le regard éthéré de son hôtesse adorée, tandis que l’avion montait, à l’assaut du ciel pur.
Le surnommé Aker, policier de haut vol, fut révoqué. Il avait été une pointure de trop, contre une forte tête. Le soir même, il se tira deux balles, une dans chaque pied. Histoire de tourner la page. L'ancien fer de lance de la police vécut désormais et jusque dans l'au-delà, avec cent dix-huit fantômes à ses trousses.
Pas de quoi prendre son pied.
FIN
Ferdi en arabe signifie paria ou revolver.
Nouvelle parue dans la revue Algérie/Littérature Action numéro 73-74, mars 2004, pages 41 à 43. Editions MARSA, Paris
LIBRE DE DROITS
Yann Venner
0631069020
Yann Venner : Lumière pour les oubliés
Sombre enquête en Bretagne. Le commissaire Cesare Le Tellier enquête sur la disparition de sans-papiers en Bretagne. Dans ce roman, on y croise un écrivain haïtien, une famille tchétchène, mais
aussi des citoyens engagés se mobilisant pour les défendre ou les protéger (parfois au péril de leur propre vie). A travers ce polar, l’auteur aborde le thème des migrants et du droit d’asile. Il
dénonce une Europe aux frontières renforcées engendrant des situations humaines dramatiques.
Enseignant, poète et romancier, Yann Venner réside en Côtes d’Armor. Lumières pour les oubliés est le dernier volet d’une tétralogie policière débutée avec Black Trélouzic (2005), puis
Aller simple
pour Trélouzic (2006) et La disparue de Guingamp (2007).
Ed. Le Cormoran, mars 2009. Dist. Coop-Breizh, 15 €. coop-breizh.fr
www.venneryann.com
Catherine - septembre 2009
Ce roman sera distribué par DE BOREE à partir d’avril 2010
La ronde du printemps
Chaleur incandescente
O fluides amoureux
J’attends que tu descendes
Au creux de mes pensées
Je me retournerai
Voir si ton cœur me suit
Dans la vapeur brumeuse
Des jours nus et des nuits
Nuits de froide vigueur
Où règne solitaire
La glace de mon cœur
Pris en délit de toi
Et si je t’imagine
Fondante de désir
Alors j’aurais trouvé
Ma perle ton plaisir
Etrange botanique
Herbier vivant bocage
Ton souffle est un mystère
Habillé de lumière
Baroque est ma pensée
Mes actes des douceurs
Qui embrasent ton nom
Ophélie muse amère
Dans les plis du printemps
J’ai dénoué les fils
D’un hiver qui s’achève
Au creux du souvenir
Et plongeant dans l’eau claire
D’une source alanguie
Tu me rejoins vivante
Loin de toute insomnie
Je décline ton nom
Chaque lettre féconde
Un chant joyeux et doux
Irradie comme une onde
Tous nos bonheurs
Passés, le futur enchanteur
Les courbes de ta voix
Pleuvent de rire pleuvent
Vision blême vision
Unis dans une étreinte
Nos corps à l’unisson
Tournons valse tournons
Ainsi s’en est allé
L’hiver au cœur de poudre
Laissant place au printemps
De foudre verte
Et d’éclairs transparents
Courir à deux dans les rameaux nouveaux
Tendre est la pluie vernale et fraîche
Nous nous désaltérons
Bouches sèches présentes
Adieu cruelles eaux
Réchauffe-moi beauté
Fais que la terre enfante
La vie chaque fois neuve
Chaleur incandescente
O fluides amoureux
Au creux de nos pensées
J’attends que tu descendes
Sortie début mars 2010
COCKTAIL CRUEL
Entre Côtes d'Armor et Côtes de Beaune, le monde de la mer et celui du vin vont se rencontrer. Sous la forme d'une talentueuse actrice de cinéma, née en Bretagne. Elle va tomber sous le charme d'un propriétaire négociant en vins de Bourgogne. Il est de plus producteur de films.
Isabella et Antoine, entourés de deux sœurs appelées les vignoleuses, vont vivre un très bel amour, jusqu'au jour où le destin s'en mêle… Entre Beaune, Jobigny La Ronce, L’Île-Grande et Saint-Brieuc.
L'infernal ballet cinématographique, sous le signe de la science et du vin, va être animé par une double enquête entre Bretagne et Bourgogne. Deux commissaires de police auront alors à décrypter un film plutôt noir. Un roman qui rend hommage au monde de la nature, du vin et du cinéma.
Yann VENNER, né à Saint-Brieuc en 1953, vit entre Bretagne et Bourgogne. Ses recherches l'ont amené à extraire la quintessence de la vie : « Tourné vers les autres, j'aime toutes les formes d'écritures, et les bons vins. »
Quatre romans déjà parus, des recueils de poèmes et des articles sur les littératures francophones, jalonnent son parcours. Après une tétralogie romanesque - drolatique et noire - sur la Bretagne, il nous livre ici un nouveau roman dans lequel suspense, humour, science et écologie se croisent.
Un éco-polar à déguster sans modération !
15 euros, Le Cormoran éditions, distribué par De Borée
ISBN 9782916687094
Nostos algos (nostalgie, retour de la
douleur)

C'est une création...

Re: Nostos algos (nostalgie, retour de la
douleur)
yann Venner a écrit:« Un tesson de silence habite ma mémoire
Et déchire le voile d'un souvenir ancien.
Sourde blessure d'où coule l'encre de l'Histoire
J'entends le vent de mer mystérieux musicien.
Morne lune cachée
J’habite dans la boue des cieux ;
Le soleil effacé
Ne réchauffe plus
Le cœur des
aïeux... »


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