Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 19:33

Voyager contre

Tout contre toi

Pour la rencontre

Toi avec moi

Privés de toit

Que nous importe

L’horizon est une autre porte

 

Soleil, transporte notre  barque

Sur la mer

Tel un rayon souple !

 

 

________________________________

Palpitent les petits bonheurs

Au creux du nid

Puis s’envolent vers un ailleurs

Un paradis

 

Au fil de nos scènes secrètes

Un doux silence

Deux colombes aux ailes discrètes

Un bruit d’enfance

 

Effaçons-nous comme une haleine

Sur le carreau de nos vingt ans

Le torrent refuse nos peines

Aveugles sont les sentiments

 

Héraclite a plongé dans l’eau

Sa tête chauve

L’Histoire s’est noyée dans les mots

Et tu t’ensauves

 

L’amont dévoré par l’aval

O pauvre amant

Vieil arlequin de carnaval

Jeune printemps

 

 

 

 

 

TERR&AU

Solitaire

Je parcours les eaux

L’élémentaire

Est mon ruisseau

 

Soliterre

Je parcours les flots

L’élément Terre

Est mon berceau.

Pour échapper à son destin

Il n’est pas de mots ni de rêves

L’écriture est un doux festin

De nourritures qui vous crèvent.

 

Prisonnier d’un sanglot

Inscrit dans une larme

Tu désarmes les mots

Qui s’alarment, t’alarment.

***

BLUES SPIRITE

Un burlot farfadeur s’en allait à la ville

Un jour de marchadé pour y vendre sa claine.

Il espérait bien fort en tirer quelques mille

Pour s’offrir par la suite une vaste putaine.

 

Chemein faisant, la pauvre claine larmichait :

La bolcherie cruelle l’attendait au tournage.

Imbibé de spirites aux rades alentours

Notre burlot slipeux crapardait de traverse.

 

Notre claine inspirée chiqua la blessamore

Pour inciter son maître à différer la vente.

« Krébonguiou ma clainette, qu’as-tu donc à blairer ? »

Burlotait notre andouille écumant et crachant.

« Je m’en vas t’aligner une valse aux adieux ! »

Si donc fit le bougrin et la triqua si fort

Qu’elle en crevit la beite comme une pauvre claine.

Adieu les gros billets et la vaste putaine.

 

Le burlot tout confit n’avait plus que sa haine

Pour pleurer sur son sort et sa déconfitaine.

 

 

 

 

 

« Même pas vrai ! »

 

Un enfant a trouvé « Respect » et « Tolérance »

Dans tous les dictionnaires du beau pays de France.

Il s’est dit : « C’est super, j’ai des droits, vive l’enfance ! »

Il a aussi cherché ces mots-là dans la rue,

Mais ne les a ni vus, ni lus, ni entendus.

C’était écrit partout sur les murs de la ville

Des injures, des gros mots, des choses horribles à dire :

« Retourn’ dans ton pays ! Mort aux Juifs ! Sal’ raton !

Bougnoul’ ou Nique ta mère, ou Ton frère est un con ! »

Alors l’enfant trahi, déchiré par la honte,

A pris son dictionnaire pour un livre de contes.

 

 

 

 

 

En attendant SCHOELCHER…

 

 (Victor Schoelcher, député français qui fit voter l'abolition

de l'esclavage en 1848. En Guadeloupe et en Martinique, beaucoup de monuments portent son nom.)

"C’est dans la cale

Qu’on met les rats"

Les esclaves et les scélérats

Ceux qui n’ont plus d’identité

Les captifs et les enchaînés

 

A fond de cale

Et dans la nuit

On les prive de tout espoir

A fond de cale au fond du puits

La couleur de l’homme est le noir

 

Dans le ventre du bateau lourd

Le sang de l’Afrique à coups sourds

Palpite

Et bat comme la peau

D’un tambour ivre de sanglots

 

Dans les entrailles du navire

Circule le sang des martyrs

Qui éclabousse les drapeaux

Des gouvernements déloyaux

 

Le bois d’ébène sans destin

Met la honte

Au front des humains

Qui font de l’amour du prochain

Une cendre

Sans lendemain.

 

 

 

 

Courbure marine

 

Ta bouche est un navire de laine qui m’habille,

Chaque baiser de toi un vêtement de chair ;

Et dans ta chevelure, j’ai trouvé une mer

Où plonger à loisir mes doigts pris de vertige.

 

Sur ton corps et ta chair j’ai abordé enfin,

Caressé ta peau mate vibrante de frissons ;

J’ai longtemps navigué sur ta courbure marine -

Tel un naufragé ivre,

ô toi, mon doux rivage.

 

 

 

DERNIERE PLUIE

 

Soleil, flambée d’écume au large de minuit,

Le poème n’est plus qu’un babil qui m’ennuie

Le phare d’Alexandrie fouille dans son grenier

Cherchant du neuf encore

Au milieu d’un guêpier.

Ulysse ? Alice, hélas ! Ô miroirs éclatés !

Qui nous récitera en douces mélopées

La molle éternité aux yeux de ritournelle

Où les cris du présent infesté de crécelles ?

 

Plus jamais le soleil, ni trouble ni repos

La vie est ainsi fête aux marges du sanglot

Paradoxe ineffable au goût d’absence beige

Je me fonds dans le globe d’une goutte de neige

 

Dilué disparu enfui dans la lumière

J’ensemence l’espace d’atomes ingénus

Et si je vous écris et si je vous salue

Donnez-moi le bon jour

Car je suis né d’hier.

-------------------------------------------------------------------------

A vouloir aiguiser les mots

On n’épuise que son ego.

 

A vouloir épuiser les mots

N’aiguise-t-on pas son ego ?

 

 

Naissance

 

Les paroles fossiles engluées sous la glèbe

Emergent peu à peu sous les pas du marcheur

De la plante de ses pieds au bout de ses labiales

Monte une langue en friche vieille de mille temps

 

 

Vieux mots ressemelés entremêlés de chants d’oiseaux

D’invecticides, et de cacophonies

La parole est à l’homme

La parole étalon hennit dans les brancards

Et remue la litière et remue le limon

A peine ensemencé

De graines de plain-chant

S’accordant à mes pas.

 

 

 

Monument

Ivre du vin des morts et de la nostalgie

Je retourne la terre et retourne à l’endroit

Où j’ai cueilli l’amour aux lèvres de la vie.

Sur la feuille écarlate et le papier jauni

S’étale le sang lourd et pesant des vaincus.

Leur chant pourpre s’étiole en automnes multiples

Ils dansent sans un cri bouche fermée bourdonnent

Et traversent ma plume et la fait vaciller.

 

Heurté de mille morts pressé par les échos

Le calame bondit entre les pierres tombales.

Et si le bruit têtu de l’encre qui avance

Fait reculer la peur

Le vacarme des mots

Survivra-t-il au mot Malheur ?

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by yarniche - dans poèmes - romans
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog littéraire de Yann Venner
  • Le blog littéraire de Yann Venner
  • : poèmes publiés en recueils de l'auteur, ses romans noirs & cocasses, articles divers autour du polar, des littératures du Maghreb...
  • Contact

Recherche

Liens