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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 19:17

 

 

 

 

- Tu sais Fanch que les plages du monde fondent actuellement comme du sucre ?

- Je le sais pour sûr ! Elles pourraient même avoir disparu avant la fin du nouveau siècle. C’est la conséquence d’un appétit démesuré pour notre sable ! On nous le pille, notre cher et si précieux sable ! C’est lui le héros invisible de notre époque ! Arrêtons donc de construire avec du béton ! T’es pas d’accord Eugène ?

- T’as raison Fanch, quinze milliards de tonnes par an à ce qu’il paraît ! Voilà où on en est avec ces voleurs de sable ! Et je te dis pas les dégâts causés sur les fonds marins !

- Et oui, ce butin qu’est le sable, c’est la ressource naturelle la plus consommée après l’eau. On fabrique aussi du verre, des cosmétiques des ordinateurs. C’est devenu l’enjeu d’une bataille économique féroce avec ses conséquences écologiques désastreuses !

- Des supertankers, dragueurs des mers avec leurs énormes bras aspirateurs, érodent les rivages. Le littoral se retrouve grignoté mètre cube après mètre cube et cela devient une véritable maffia ! Cette poudre grise attise toutes les convoitises et les excès des uns rejaillissent dans la vie des autres. A travers la frénésie bâtisseuse, la spéculation immobilière se dévoile. La démesure bling-bling à Dubaï avec ses ilôts artificiels en est bien une preuve Fanch !

- On a même fini par vendre du sable d’Australie aux Arabes, tu te rends compte La Brebis ? Du sable aux Arabes, puisque celui du désert ne vaut pas un clou pour la construction ! Tout ça pour gagner du territoire sur la mer, le prix du mètre carré de terrain étant devenu trop cher… Et puis quand il faut le dessaler ce sable, toute une histoire ! Certains ne le feront pas ou presque pas. Imagine ces appartements devant les plages marocaines, bâtis de la sorte ! Dans trente ans, le sel mélangé au ciment aura tout bouffé et les constructions s’écrouleront !

- Finies les vacances à la plage dans cinquante ans ! Trébeurden, Trélouzic, l’île Molène, Tresmeur, Pors Mabo, Gwoas Treiz et combien d’autres, rayées de la carte ! Vise un peu la tête des touristes ! Va falloir urgemment penser à construire avec des végétaux, recycler l'acier, les anciens gravats, récupérer le verre pour refaire les routes, utiliser notre matière grise et pas notre poudre grise qu'est le sable !

- « La mer est mon plaisir » nous dit la belle devise de Trébeurden. Tu parles d’un plaisir, avec du roc sous les maillots de bain quand tout le sable se sera barré ! Extraire le sable au large de Trébeurden est une folie ! Non pas folie douce, mais une note très salée ! Et dire que cinquante pour cent de la population mondiale vit en bord de mer ! Et que de plus en plus de personnes veulent encore s'en rapprocher ! Impossible de garder une côte saine avec tous les problèmes futurs de surpopulation dans nos communes balnéaires. Va-t-il falloir créer des quotas ? Et construire encore et encore des apparts en béton armé, avec notre sable ? Sachant qu'une maison neuve, je crois, utilise deux cents tonnes de sable, un hôpital trois mille, et un kilomètre d'autoroute dévore trois millions de tonnes... Et ne parlons pas d'une centrale nucléaire qui, elle, engloutit douze millions de tonnes de granulats ! Pure folie de l'homme ! Foutu le littoral, foutu ! conclut Eugène en vidant son verre de Bourgueil.

 

Heureusement, « Le Peuple des Dunes », soucieux de l’extraction des granulats, veillait au grain. Au gré des nuits, au gré des jours, certain que leur action dernière porterait ses fruits.

Les militants avaient écrit une lettre à la nouvelle ministre de l’écologie. Tout en renouvelant leurs doléances, ils lui faisaient comprendre outre la gravité du problème de l’extraction de sable - et ses conséquences pour tous – que le temps pressait. La nature n’en pouvait plus d’être ainsi étouffée par la prédation humaine. Il fallait que la quadruple expertise géologique, biologique, socio-économique et sur la dynamique sédimentaire soit définitivement achevée et rende son verdict : pas d’extraction aussi près des côtes de La Manche, aussi près du Trégor ! Et quand bien même, l’incidence des extractions de granulats plus loin en mer n’augurait rien de bon pour l’avenir de la planète.

Dans un numéro d’avril 2014, l’hebdomadaire « Télérama » avait mené l’enquête : résultat : un très long article fort documenté et vivant : «  Ressource essentielle, le sable se raréfie. Son extraction massive détruit les littoraux. En Bretagne, les citoyens se mobilisent. »

De plus, la chaîne de télévision « Arte » avait projeté, en avril aussi, un documentaire de Denis Delestrac d’excellente facture sur : « Le sable, enquête sur une disparition ». Quatre-vingt minutes « sur la piste du sable,  le film embrassant de manière globale les excès de notre temps, croisant enjeux économiques, urbanistiques, démographiques, géopolitiques ». Bref, « le tableau d’un monde construit sur du sable. Littéralement. »

 

Pour Fanch, le destin des plages n'était pas, décidément, coulé dans le béton. Nous ne pouvons pas gagner contre la nature, se disait-il, mais gagner avec elle dans un partage et une répartition des richesses. Dans un échange de valeurs communes à l'homme, et cela dans un environnement plus que maîtrisé. Oublions l'anthropocentrisme. Pensons à nouveau l'être humain comme maillon d'une chaîne, maillon parmi des millions, chaînon le moins prédateur possible, pour une politique environnementale la plus durable.

 

Il ne s'agissait pas de bloquer définitivement toute activité économique. Mais de ne pas jouer aux apprentis sorciers.

« Nous devons prendre conscience, comme le soulignait un géologue marin de l'Université de La Rochelle, que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique, l'anthropocène : les activités humaines, tels les barrages, le volume des extractions, ont désormais plus d'impact que les grands phénomènes naturels, et la nature en est extrêmement fragilisée. » Imaginons même se disait Fanch Bugalez que bientôt, les fleuves de Chine n'iraient plus jamais vers la mer, à cause de tous les barrages ! Et que la moitié du sable de la planète, venu des montagnes, sable lentement prélevé et transporté par les torrents, ruisseaux, cours d'eau divers, n'atteindra jamais l'océan ! D'ici deux mille cent donc, les plages du monde ne seraient-elles plus que de l'histoire ancienne ? La plage est la meilleure barrière naturelle qui soit, à condition de ne pas construire à flanc de grève ! Car le mouvement de la mer a besoin de ne pas être stoppé par toutes nos constructions. Sinon, c'est le retour du sable de nos plages vers le large et l'accumulation de galets de plus en plus gros.

En ces temps de changement climatique, la mer monte, les tempêtes et les vagues augmentent.. Alors protégeons la dune, qui elle, vieille de dix mille ans, fait barrière contre la houle. La dune sous-marine sert d'amortisseur. Et protégeons tout l'écosystème littoral et maritime. Sinon...Honte à nous, honte sur nous, pour des générations futures qui nous traiteront de vandales, de barbares, de tueurs ! Et comme ils auront raison...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

loire 13/11/2014 17:14

J'ai aimé l'alternance polar et blagues, terre et mer, science et poésie.

venner 13/11/2014 16:42

Le roman "LES CHEVALIERS DE LA DUNE " suspense à Trébeurden, est sorti le 6 novembre 2014. Pour le commander : YANN VENNER 3 allée des Courgains 35500 Vitré; chèque de 13 euros port inclus; vous le recevrez sous enveloppe plus le marque-pages. Commandez-le aussi auprès de votre libraire en FRANCE. Contact auteur 0631069020 merci

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