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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:17

VOYAGINAIRES

 

 

Ou « Je ne veux plus mourir ... »

 

En hommageà L.F Céline,D. Chraïbi, M.K Eddine, et...à la femmeaimée.

 

 

Notre vie est un voyage dans une histoire qui pourrait débuter de la sorte, dès la sortie, la sortie des classes par exemple. Lui, il n’avait jamais rien dit, déçu et fatigué. Et puis voilà, un beau jour il s’est réveillé.

Envie de faire des phrases. Sortir de la mouscaille, d’une nuit noire comme un tableau. Mais comment faire avec seulement les mots ? « Au travail ! » se disait-il. Mais ça ne venait pas. A bout de nerfs, à bout de mots, le squelette de l’écriture lui riait déjà au nez. Le cadavre de l’alphabet traînait ses guêtres, usées. Pauvre pantin cravaté.

 

Sur la mauvaise pente, l’enfant glisse. Il emporte avec lui, sur ce toboggan de misère, la vérité et son cortège de silences assourdissants. De quoi perdre plusieurs fois les pédales. Jeux où l’on échoue d’avance, mais du moins, on le sait. La jeunesse de l’enfant, semeur en herbe, lui laisse des auréoles de lumière sous les paupières.

Il s’en fiche lui, de mentir pour de vrai. Alors, il s’invente une histoire, s’y invite. Pour dire que l’école est finie.

Mais comment sortir de ce théâtre ? Il n’est pas comédien. Juste un figurant muet. Mais maintenant il sait qu’il faut crier, qu’il faut hurler.

 

Balancer de la farce à la figure du monde. Revendiquer le rien pour être plein de tout. Sauter dans les flaques. Rire au zénith. Allumer des soleils dans la tête des vieilles dames lunatiques aux renards mités. Battre le pavé comme du bon pain. Dire ce qui lui plaît. Bouche décousue. Rivière de dents blanches. Arbres velus, pavés lubriques.

Lancer la mode du rien du tout, du tourbillon vide et chantant. Musiques sans paroles et paroles sans notes. Au bout du compte, le quai de la nuit.

Et l’océan mugit.

 

Blanco, le cheval échappé de la mer, s’empare du tout jeune homme. Le prend sous son aile. En route, pour trouer le cadran de l’horloge.

 

De l’autre côté de la vie, la vue est plus belle. De l’autre côté de la vue, la vie est si belle !

 

C’est Blanco qui martèle de ses sabots luisants cet inlassable chant, comme une ritournelle.

 

 

« Plus de mystère de ce côté, plus de misère en vérité.

Seul’ ma crinière est une fée,

un songe habillé en sorcière…

Mensonges.

Songe à cela, n’échappe pas

à l’essentiel tout ici-bas :

douceurs de miel,

douleurs, combats.

Une Andalousie, une arène

une parousie qui nous mène

toi contre moi, et moi pour toi. »

 

 

 

La traversée entraîne les deux compagnons - sans identité fixe - loin d’un paradis perdu qui n’a jamais existé, puisqu’il est à construire.

 

Le cheval et l’homme jeune avancent sur des grèves, évitent l’appel des coquillages, dont la chanson saoule et lancinante n’est que séduction de sirène. Eux vont - dans leurs voyaginaires - chercher ce qu’ils ne savent pas. Pour oublier l’Histoire, ils n’en édifient pas. Cavalier et monture se contentent d’un déplacement. Ils laissent, derrière et devant eux, les sables des instants nourris de vent, mourir.

Les pèlerins fourbus ferment, à chaque page tournée par la brise, les yeux des livres.

 

Enfin, ils abordent. La Délivrance est là, leur bateau de fortune. Le cheval et l’enfant de jadis s’embarquent au Levant, au levain du jour neuf. Un croûton de soleil perce avec peine la mie des nuages.

La voile vierge traverse une mer plutôt plate. Et derrière le bateau, un sillage qui voudrait s’inscrire, joue cependant à s’effacer.

 

- La route n’existe pas, dit alors le jeune homme.

 

 

- Le mouvement seul la crée, lui répond le cheval.

 

Et toutes les mouettes du ciel se mettent à crier et à braire, tels des ânes au printemps.

 

Maintenant, ils savaient. Les deux amis allaient la chercher ; celle qui leur « apparaissait commeune déesse bienveillante, car elle composaitavec les éléments,elle était les éléments et tout ce qui les embellissait aux yeux des hommes ; mais cétait au printemps, lorsqueles torrents frangésdécume bruneet duvetés de tamaris vertsroulaient un tam-tamde galets assourdis,quelle sépanouissait et devenait aussiaérienne quune antilope. Elle se confondaitavec la renaissancede la nature ».

 

Ils allaient chercher la femme, grâce ailée en liberté. Blanco avait vieilli, l’homme était jeune et fort.

 

De toute sa science, et de sa patience, la femme les attendait.

 

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Published by yarniche - dans poèmes - romans
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Françoise Seylac 22/04/2013 13:00

Merci pour cette belle contribution.

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