Mercredi 29 février 2012
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« Or, le vin de Bourgogne, qui donc oserait dire ce qu’il est ?...Tout ce qu’il est,
tout ce qu’il nous dit, tout ce que livre son subtil arôme, tout ce dont témoignent sa mâche rude, sa chair ferme, ou sa sensuelle caresse… tout ce qu’il entreprend de raconter dès qu’il commence
sa vie dionysiaque aux rumeurs bouillonnantes des cuves… tout ce qu’il achève de déclarer dans l’immobilité rituelle de l’ombre souterraine et des caves, tel le bel Adonis des Grecs, l’émanation
vivante engendrée d’une terre où se sont accumulés les offrandes et les legs, la terre noble, la terre dont les veines patriciennes savent saigner au soleil !... »
Gaston Roupnel
Mercredi 29 février 2012
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« L’ivresse, comme la vigueur, est mère de la joie. Qu’est-ce que cela révèle ? Pourquoi l’ivresse n’engendre- t-elle
pas la mélancolie ? Premièrement, parce que celle-ci émane du vrai & non du faux, et que l’ivresse permet d’oublier le vrai, et parce que la joie ne peut naître que de cet oubli.
Deuxièmement, parce que les hommes à l’état de nature, c’est-à-dire connaissant une vigueur nettement supérieure à celle d’aujourd’hui, étaient faits pour être heureux, pour s’abandonner aux
illusions, les voir & les sentir comme choses vives, physiques et présentes. » Giacomo LEOPARDI.
Qui abuse boira :
L’espoir fait l’ivre,
Et la bouteille devint.
Sylvain Goudemare
Le vingt et unième siècle sera spiritueux ou ne sera pas. Charles Bukoski.
Jean Mousin (1753-1645) né à Nancy, médecin
« Il n’y a plante en le giron de la terre qui soit plus noble en son fruit,
ni plus fructueuse en ses vertus, ni plus vertueuse en ses effets admirables que la vigne ».
Mercredi 8 février 2012
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Une soirée
inoubliable grâce à la sortie de mon roman "Cocktail cruel". La Bourgogne que j'ai découverte grâce à Brigitte est dans mon coeur pour toujours !
Mercredi 14 septembre 2011
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18:57
Paul Eluard
Extraits du « Dit de la force de l’amour », écrit en 1947 pour l’ouverture d’une émission de radio.
« Hommes, femmes (…) qui, perpétuellement, naissez à l’amour, avouez à haute voix ce que vous ressentez, criez « je t’aime » par-dessus toutes les
souffrances qui vous sont infligées, contre toute pudeur, contre toute contrainte, contre toute malédiction, contre le dédain des brutes, contre le blâme des moralistes.
Criez-le même contre un cœur qui ne s’ouvre pas, contre un regard qui s’égare, contre un sein qui se refuse. Vous ne le regretterez pas, car vous
n’avez d’autre occasion d’être sincère (…) Votre cri vous fera grand et il grandira les autres. Il vient de loin, il ira loin, il ne connaît pas de limites.
Parlez, les mots d’amour sont des caresses fécondantes. Les autres mots ne sont là que pour la commodité de la vie. Aimer, c’est l’unique raison de
vivre. Et la raison de la raison, la raison du bonheur. Vous obtiendrez toujours grand enchantement d’aimer, et même de la souffrance d’amour.
Les plus grands des poètes ont affronté diversement, avec courage et avec faiblesse, les difficultés de la vie, mais leurs chants d’amour relèvent
l’homme de son bourbier. »
Non pas le sommeil agité
Ni les balbutiements pâteux
Mais le rubis qui s’illumine
Sur la robe de la cuvé
Quand je tiens entre mes deux doigts
Le pied du verre à déguster
Humer le bouquet et trouver
Un poème pour la saison
Et puis dans l’accompagnement
Des saveurs à multipler
Animer la conversation
Qui va découvrir des domaines
Où l’on n’osait s’aventurer
Et où les vignes du savoir
Proposent de nouvelles grappes
Pour les oiseaux et les amants.
Michel Butor
Mercredi 14 septembre 2011
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18:15
Surnommée la "route des châteaux", la Départementale 2 traverse le vignoble du Médoc, en Gironde, sur 80 km et permet de découvrir de prestigieuses appellations.
Première étape à Margaux qui compte 21 grands crus classés.
Mercredi 14 septembre 2011
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18:14
Le châtiment
Le sixième jour de la lune de Novembre, le peintre Janus Baum acheva sa toile ; ou plutôt la signa.
Geste, qui marquait - en effet - le signe d’un total achèvement, d’une finition certaine ; à moins que le lendemain, guidé par une nouvelle inspiration
(due peut-être à un sommeil bienfaiteur), il ne se mette à ajouter, supprimer, déplacer une nervure, une racine, une feuille.
Il alla se coucher l’âme tranquille, le tableau recouvert d’un morceau de drap écru et offrant sa secrète richesse à la nuit.
Mais il n’y eut pas de lendemain...
L’artiste s’endormit les mains encore pleines de sensations colorées, de mouvements soyeux, à la poursuite de blancheurs dans l’espace. Ses doigts se
mirent à agripper les draps, les chiffonnant, les torturant, draps rejetés hors du cadre, hors du texte, flottant autour du peintre dans un halo goguenard et éreintant, comme une œuvre
inachevable. Puis le doux sommeil vint. La surface de la toile était calme, aucune caresse de pinceau ne venait plus effleurer l’espace désormais vierge.
Respiration nocturne, sommeil réparateur et silencieux.
Au matin, autour du tableau dissimulé sous son suaire, on put voir sur le sol des gouttes glauques et blanchâtres, comme des boules de gui, disposées
(presque) en couronne, en ronde.
L’inspecteur Eiche qui examina le cadavre du peintre, sans rien lui trouver de remarquable, mises à part des particularités physiques qui
n’apporteraient rien à une explication logique (sinon une débauche, voire un déluge de mots inutiles), l’inspecteur Eiche ne put dire, ni écrire dans son rapport ce que venaient faire ces boules,
ces perles de gui au milieu de l’atelier de l’artiste assassiné.
On se moqua même de la gêne de l’inspecteur à tenter d’expliquer, de vouloir décrire l’indescriptible : douze boules de gui qui furent expertisées
comme telles par un ethnobotaniste du CNRS ; elles provenaient, seraient... tombées, étaient i-i-issues du, du chêne gaulois immense peint sur la toile la veille du meurtre, comme si le peintre
livrait là son secret : faire un tableau vivant !
Douze boules de gui, innommable pluie tombée de l’arbre, un chêne ! Absurde ! Loufoque ! Impensable ! Et pourtant...
Douze ans ont passé depuis et je les LES contemple là, assis dans l’atelier que j’ai racheté - sans rien savoir au départ de cette sombre histoire
classée par la police.
Les boules sont là, agglutinées dans un bocal Le Parfait, baignant dans le formol. Cette pièce à conviction n’a convaincu personne et le journaliste
qui me l’a remise depuis peu, pièce dérobée sans doute aux forces de la Loi (bien mal inspirées lors de cette affaire) m’a affirmé que le tableau appartenait désormais à un héritier de la famille
Baum, parti depuis en Australie. Je tiens le bocal transparent comme si son contenu semblait être le mobile du crime. Les boules me fixent quand j’approche le récipient à hauteur de visage,
surtout l’une d’elles qui grossit - ou plutôt me semble avoir grossi - depuis ce matin. Je la soupçonne... riche de réponses dans son opaque mutité. Je n’en jurerai pas, mais, au centre de sa
rotondité lunaire, je distingue à travers mes pupilles étrécies sous l’effet d’une longue concentration... (Chut ! Nous y voilà ! ...) je vois deux petites lèvres blêmes qui s’écartent
diffi... difficilement. La perle de gui va prononcer ses pre... premières paroles. Je m’en souviens encore puisqu’elles - ces paroles - me font témoigner aujourd’hui, sous le serment, du trouble
qui m’accable, et à la fois de la joie qui me conduit à révéler - dans mon journal intime - (ce miroir d’encre douteuse à bien des égards propices aux égarements de ses futurs lecteurs) - à
révéler ces paroles issues d’une bouche improbable. Les onze autres blafards, dans un silence de mort, semblent dédaigner cette bavarde, et brisant pour mon malheur la loi du silence ; car,
depuis l’affreuse envie qui me fouaille de vouloir expurger la vérité - quelle qu’elle soit - sur cette mort mystérieuse et violente, mon état de santé s’est brutalement aggravé. La preuve :
j’écris couché, le bocal contre ma joue gauche, ma main droite alignant des lettres qui s’affolent comme si le temps allait me manquer - se dérober entre mes doigts fébriles.
Je me mets à rêver de la Forêt Noire, plume levée, forêt de sapins sans fleurs, sans gui et sans couronne. Pourquoi donc ces douze boules assemblées,
cette ronde infernale ? Est-ce le bocal, ou, ma tête ? Le tourbillon des hypothèses me fait vaciller. Je n’aurai pas dû me redresser sur ma couche pour contempler la nuit de Novembre. Nous sommes
la sixième nuit de Novembre ; il est quatre heures quarante exactement, et je ne connais toujours pas le nom de l’assassin.
Le message que m’avait confié la perle blanche (la plus grosse) consistait à exposer le bocal sur le balcon nord de l’atelier, cette nuit-là
précisément. Je, j’essaie de me relever. Avec précaution, j’ouvre la fenêtre coulissante, poissant la vitre de ma main moite. Les pages de mon cahier intime, agitées par le flux d’air nocturne,
se froissent dans une ultime colère. »
Une immense déflagration s’entendit à la ronde. Dix minutes plus tard, les ambulanciers, appelés par une voix anonyme, décrivirent à la presse, entre
deux claquements de portière, le drame dont ils venaient d’être les tardifs témoins : « Un inconnu (sous fausse identité, d’après l’enquête diligente de la police) gisait sur le balcon, la
tempe gauche horriblement lacérée par des éclats de verre. »
Le bocal aurait explosé, laissant comme seul indice une boule de gui qui obstruait l’oreille gauche du cadavre mutilé. Les caillots de sang sur la
tempe conglomérèrent sous la lune jaunâtre et d’un coup, le ciel s’obscurcit, un nuage éteignit la lune, comme si le bras d’un druide invisible et vengeur venait à l’instant de faucher l’immense
champ d’étoiles...