Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 22:01

livres-en-vignes-011.jpgUne soirée inoubliable grâce à la sortie de mon roman "Cocktail cruel". La Bourgogne que j'ai découverte grâce à Brigitte est dans mon coeur pour toujours !

Repost 0
8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 21:44

IMGP0080-1.JPGIMGP0051-1.JPGBRIGITTE CHERREAU, ma muse étincelante ! Grâce à elle, j'ai pu écrire & publier "Le parfum de la lune" Tome I, recueil de poésies en 3 volumes, le deuxième dédié à mes filles Anne-Sophie & Cécile, & le troisième recueil à mes parents.  Editions Les Armoricaines Editions. (commune de Clohars Carnoet Penhars (chez Josette David éditrice de la Boîte à Lettres)  wwwbalplouay.com département 29

3 ouvrages cartonnés, illustrés par Sylvie de Hulster.

Et toujours grâce à Brigitte, native de Beaune, le roman éco-polar " COCKTAIL CRUEL" sous-titré "De Côtes d'Armor en Côtes de Beaune". Editions Le Cormoran. Guimaëc. département 29

Ce roman se déroule entre le Trégor, région de la Côte de Granit rose & la Bourgogne, à Beaune. Deux soeurs qui fabriquent des recetttes à base d'algues, une actrice de cinéma leur nièce & un producteur de vins et de cinéma.

Isabella Elgé tombe amoureuse d'Antoine de la Clairgerie. Entre le Bretonne et le Bourguignon, une histoire d'amour et au bout la mort... Suspense, humour, science, écologie, polar, cinéma... Un cocktail savoureux...

Brigitte Cherreau, docteur en droit  & ma compagne depuis septembre 2008.

 

Je ne peux parler de la suite...

Repost 0
Published by yarniche - dans poèmes - romans
commenter cet article
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:35

P1020347.JPGVeuillez trouver ci-dessous quelques questions afin que nous puissions compléter le dossier de presse de votre ouvrage « LES COCCINELLES DU DIABLE » - Pour quelles raisons avez-vous écrit ce livre ? Il est d’abord une suite à « Cocktail cruel » où j’avais trouvé un angle pour parler de biodiversité et des vins de Bourgogne. Ici, j’ai pu aborder des problèmes actuels même si la Bourgogne n’est pas encore envahie par les coccinelles asiatiques. Et montrer que la nature, mal gérée par l’Homme est plus dangereuse qu’une simple arme à feu ; car dans un polar en 2011, tuer avec un pistolet ou un revolver est devenu ringard. Et montrer que la Chine n’est pas un ennemi à combattre, mais un partenaire de plus à écouter & à respecter tout en défendant les vins français et notre culture. - Quelle est la part d’imaginaire et de concret dans votre ouvrage ? Toute fiction que je crée est adossée dans tous mes romans à la Science, l’Histoire, la Géographie, l’Humanisme, la Société. Les décors plantés même fictifs sont des lieux emblématiques, des morpho-types, comme le sont aussi les personnages singuliers qui portent des valeurs universelles positives ou néfastes. On trouve l’amoureux des vins, de la vigne & des sols, les sœurs protectrices, le « méchant », la peur de l’autre qui est une coccinelle asiatique symbole elle-même du « péril jaune »…Choc des cultures que je réfute car le vivre-ensemble n’est pas une fiction mais un devoir social. La réalité sert d’étai et la fiction s’arc-boute sur cette littérature qui devient une modélisation secondaire du réel. - A quel public s’adresse votre livre ? Tous publics à partir de 16 ans, car chacun avec ses connaissances et son vécu peut trouver dans ce roman des racines profondes qui nous font aimer la vie, même si les problèmes de la planète se complexifient chaque jour… Amoureux de la nature, poètes, amateurs de polars, amateurs de vins & de bonne chère, tout le monde aura du plaisir à déguster cet opus. - Quels liens entretenez-vous avec l’écriture ? J’ai depuis tout jeune eu pour amis les livres, la littérature : ouverture et fenêtres sur le monde de la fiction, du documentaire & de la Connaissance. Lire/Ecrire est une passion qui me permet lentement (dans un monde où tout va trop vite & où tout est volatile) de fixer les choses, de poser un regard sur l’évolution humaine & nos comportements vis-à-vis des autres. Le partage qu’offre la littérature est indispensable pour retrouver une sensibilité & une force trop souvent écrasées par les certitudes bruyantes de l’actualité galopante. Lire ce n’est pas que s’évader et écrire ce n’est pas que rêver ; l’écriture est une respiration, un style, un savoir-faire qu’il faut faire savoir afin de mieux vivre ensemble dans la fraternité & la solidarité partagées. - Avez-vous des auteurs de références ? Mes goûts vont vers la diversité des cultures du monde. Et ce que l’on appelle la francophonie reçoit toute mon approbation quand il s’agit d’auteurs travaillant dans deux langues, voire plusieurs langages. Le mélange des genres me plaît aussi & je n’apprécie guère le roman narcissique franco- français qui relève trop souvent du solipsisme. L’ouverture à l’autre, à l’H/histoire, le sujet aux prises avec le temps présent, la confrontation des êtres et leurs trajectoires croisées, tout cela m’intéresse. Rabelais, M V Montalban, Céline, Frédéric Dard, Claude Simon, Rachid Boudjedra, Driss Chraïbi, Rachid Mimouni, Jean Sénac, Tahar Djaout, Mohamed Dib, Mouloud Ferraoun, Borges, Valère Novarina, Verlaine, René Depestre, Edouard Glissant, Michelet, Paul Auster, les écrivains de polars, Beckett, Heinrich Böll, Lucrèce, Maupassant, Flaubert, Baudelaire… Roman ou poésie, théâtre ou nouvelle tout m’intéresse. Quand il y a un véritable travail sur la langue… - Quels résultats escomptez-vous ? Faire reconnaître l’urgence de la prise en compte des espaces naturels, de notre environnement qui est de plus en plus détruit. Faune & flore, océans, algues sont des richesses encore insoupçonnées & même si j’aime le progrès, il ne doit pas passer par l’oubli de nos cinq sens. Distraire le lecteur mais ne pas détourner son regard ! L’instruire le lecteur de façon ludique, esthétique, sans tomber dans le pathos ou le didactisme, en racontant des histoires contemporaines. On ne commande à la nature qu’en lui obéisant. - Quels sont vos futurs projets littéraires ? Faire parler des personnages comme : la Terre, les pierres, les océans dans un dialogue interculturel. A travers une fiction sous forme de nouvelles, de saynètes… Faire entendre des échos de sens qui ne se sont pas encore produits, comme le dit Abdellatif LÂABI, poète et écrivain marocain. Restant à votre disposition pour toute information complémentaire. Cordialement, Tél.: 02 40 75 88 34 Fax : 02 40 75 98 53

P1020342.JPG

Repost 0
Published by yarniche - dans poèmes - romans
commenter cet article
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:20

.Pour Conrad, « les mots ont toujours plus de pouvoir que le sens ». En ces temps où la communication est le maître mot, la citation de Conrad nous interpelle plus particulièrement.
Sous l’intitulé Des mots et merveilles, la 16e édition du Salon du Livre de Gaillac, traitera en thème filigrane le pouvoir des mots, point de départ de réflexions, de débats et d’échanges.

Repost 0
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:20

Mes 10 meilleurs polars 2011 (de janvier à mai inclus).
Repost 0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 21:51

Trois livres de Yann Venner



Yann Venner

S'ils contiennent une part de noirceur, les romans de Yann Venner ne sont pas totalement sombre. Car ce qui l'anime, c'est avant tout l'amour des mots, du langage, et un humour entre sourire et caricature réussie. Mais il égratigne aussi ceux qui expriment leur haine de la différence, de la tolérance, de la démocratie, de l’Autre. Le militantisme citoyen de Yann Venner est modéré, pas neutre. Ses héros et lui refusent tout sectarisme, sans résignation. Ses livres publiés aux éditions L'Ecir sont diffusés par De Borée.

 

« Black Trélouzic » (Horizona & Co, 2005)

Cette “trilogie bretonne” rassemble trois romans courts, ayant pour décor le paisible village côtier de Trélouzic. Les héros en sont Fanch Bugalez, marin-pêcheur anar épris de justice, et son vieil ami Eugène, philosophe à sa manière. En 1990, 1996 et 2000, ils sont confrontés à des affaires criminelles.

Marcel. Patronne d’un bistrot local, Georgette est la première victime d’une série de meurtres. Les enquêteurs soupçonnent Fanch, qui était son amant. Lors du deuxième crime, l’assassin laisse un indice accablant : un seau de pommes de terres. Le marginal Ernest fait un coupable idéal...

Une étoile est morte. Le cadavre d’Halima, une jeune Algérienne, est découvert par Fanch dans le port de Trélouzic. Ami de la victime, Aziz contacte Fanch avant de disparaître. Peu après, des attentats sont revendiqués par l’Armée Révolutionnaire Celte, dirigée par un vieux marquis facho. Quant à la vie d’Halima, coupée de ses racines, elle mérite d’être racontée...

Le baiser de la mer. Le jour de la rentrée, le directeur de l’école disparaît soudainement. On pense à une noyade accidentelle lors d’une sortie en mer. C’est la version gendarmesque adoptée par le sous-préfet véreux. Il faudrait plutôt s’intéresser à un ancien élève de l’enseignant...

 

« Aller simple pour Trélouzic » (L’Ecir, 2006)

Gwendoline Le Morvan est une jeune chanteuse canadienne aux origines indiennes et bretonnes. Préparant une tournée en France, «la mésange de Saskatoon» séjourne dans le Trégor, d’où viennent ses aïeux. L’image de cette région a beaucoup inspiré son grand-père Ange, avec qui elle partage les mêmes goûts poétiques. Gwendoline s’installe à l’Hôtel du Goéland, où son lointain cousin Albert est cuisinier, et amant de la patronne. Ce vicelard n’inspire pas confiance à la jeune femme. Elle n’est pas plus à l’aise avec la sœur d’Albert, Edith. Après quelques avatars, Gwendoline rencontre bientôt Fanch Bugalez, ancien pêcheur qui organise des promenades en mer sur son bateau. Son meilleur ami reste Eugène, aussi philosophe que Fanch est anar...

 

« La disparue de Guingamp » (L’Ecir, 2007)

Tout irait bien dans dans la région de Trélouzic, si un malfaisant n’avait saboté la voiture de Fanch, et saccagé le jardin d'Eugène. Leur ami le commissaire Cesare Le Tellier est prêt à enquêter, quand il est chargé d’une affaire plus grave. Apprentie coiffeuse, Rébecca Stereden est la fille de l’adjudant de gendarmerie du secteur. Nourrie de romans sentimentaux, la jeune blonde sans cervelle se croit aimée d’un footballeur africain de Guingamp. Elle a fugué pour rejoindre son beau Victor. Mais tous deux sont agressé, et Rébecca est kidnappée. L’adjudant Félix Stereden reçoit le scalp de sa fille, avec la demande d’une forte rançon. Le policier enquête, recueillant peu d'indices. De son côté, le criminel a des passions obsédantes très particulières... Une fort agréable « comédie noire ».

© Claude Le Nocher

par Claude LE NOCHER publié dans : LIVRES communauté : Le monde du polar

 

Repost 0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 21:41

Jean-Marie Lahaine
Yann Venner

 

 

Quand il était petit, ses maîtres à l’école lui disaient :

   - Jean-Marie, redresse - toi ! Relève un peu la tête ! Décolle les yeux de ton cahier ! Redresse-toi à la fin !

Aujourd’hui, Jean-Marie se tient droit. Pas du tout comme moi qui suis tout de travers, tordu, bossu, ventru, mauvais citoyen. Incorrectement mal...a...droite.

 Jean-Marie Lahaine a eu de bons maîtres. De bons chiens de garde qui lui ont appris l’ordre et le respect de soi. Il se tient droit. Extrêmement droit ! C’en est même impressionnant. Jean-Marie est un modèle pour la France, et pour tous les petits Français qui devraient se plier, sans  restriction aucune, sans coup d’état d’âme, devant cet homme qui  force le respect. Son attitude  est extrêmement droite, d’une  rigueur insoupçonnable. Tous  devraient se replier devant ce héros hors du commun des immortels. Oui, Jean-Marie se tient tout à fait droit, principallemand droit, comme un I de souche française,

   - et surtout pas comme un I grec, ce sale métèque paralytique, cet Y enculé de sa race ! Cet étranger diabolique et sidaïque qui n’a rien à faire dans notre alphalaid, n’est-cepaaaa ! Ce bâtard de sa racetaquouère! Dehors ! Le Y ! Dehors le bougnoul et le Z aussi d’ailleurs, ce drôle de zèbre avec son délit de sale gueule de bagnard ! Oui ! Dehors, cette zorrible consonne qui comme Zavatta, se moque des autres lettres en leur faisant un pied de neZ ! TueZ les tous ! Les Zintellectuels, les Zuns et les Zautres, les Lelouch, les louches, les borgnes ! (Non pas les borgnes !) , les zaveugles, les zaricoverts, les Zenculés, les Mariés de mes deux, les Zinvestisseurs institutionnels, les Zinzins, les zoulous, ces non-violents des banlieues, passionnés de rap ! À la trappe ! Au couvent, au carmel! Plus de mystère! Merde encore un Y ! PludeBountY ! Plus de Yoyos !

Plus d’hYpocrites ! Ni de polYsémie ! A bas la Zambie ! Vive la Maréchalie ! Quant aux zakouskis, à la Zup! Plus de Zep, plus d’éducation prionritaire ! Prions ! Comme les vaches folles qui croient encore en Dieu, elles, au moins. Communions solennellement mais sans Zèle et sans Zidane, cet esclave à la solde du Maghreb dégénéré, comme le zéro. D’ailleurs, supprimons tous les zéros, les zinutiles, les Zigotos zigzagant entre la gauche et la droite, tirant à Hue et à Hérédia de tous leurs zygomatiques, n’est-ce pas...!

Châtrons Zola, ce Rital parjure qui incendia la France de ses bourgeons macabres et qui défendit le complot juif, à coups de Zooms médiatiques, ce sale Zorobabel qui abîma notre belle langue française, cette si noble et pure lingua franca, cette langue des comptoirs qui dit Merde et pas Zut; cette langue débarrassée de ses immondices zoomorphes ! Oui, la France est droite, résolument adroite ; elle se faufile dans les isoloirs, s’insinue dans nos lits de peur et dans nos sillons ensanglantés par le massacre  des Saints Innocents, de St Raphaël à Cinzanno, de la règle du Père Benoît à la passion du Dom Josué, de St Tropez au trop de pèZe, du velours de l’estomac à la Grappe Fleurie de fleurs de lys ! Oui, Jeanne D’Arc a sauvé la France ! Oui la Pucelle est en moi ! Oui, Oui! défoncez-moi! oui, moi, lecteurs de Oui-Oui, prenez moi toute, oui !  faites moi hurler de feu de joie, de feu de croix de feu de Dieu! Bordel à cul et vive la France, mère éternelle et souveraine !

Toi la France des tranchées, tu as tranché, en donnant vingt pour cent, de ton sang, de tes voix impénétrables, à Jean-Marie, ce trépané de la cafetière. France ! Tu es rance ! France, tu es entré en déshérence! France des errances, tu désespères de tes enfants parjures.

Je te honnis, vieille patrie, vieille poufiasse pourrissante, vieille radasse des fonds abyssaux et baptismaux, des bas fonds de culotte petit bateau  bleu, blanc, bleu. Rouge est la honte et la révolte, rouge est mon vote et ma raison, rouge est la vie! Je veux la paix pour tous mes frères et que je t’y reprenne, vieille pétasse à offrir ton cul aux fachos, à te faire ramoner le fion par des ordures qui n’ont, qu’au fond, que la haine à offrir aux autres, que la mort pour orner leur front. Leur front national, hideux et morbide, leurs idées létales et leurs chants de morts.

Un cauchemar est passé ; laissera-t-il des traces ?

 Ceci est une autre Zistoire...

 

Repost 0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 21:37

Toute honte bue

 

 

I

 

 

Il vient de prendre l’air à la fenêtre. La refermant, il ne le rendra plus.

 

Malade, tendu, presque asphyxié. Recroquevillé tel un escargot apathique dans sa coquille. Jonas a le blues. En termes plus prosaïques, la GDB. Une solide, lourde, énorme et pesante gueule de bois, comme un fer à repasser au fond de l’estomac. Qui lui joue des tours. Pas celles de Manhattan, non. Un tour de vache, vache qui rumine avec douleur, inexorablement. Un tour à effet de serre, de haut en bas. De bas en haut. Eructations, rots chargés de gaz, de méthane entre autres. Fuites intempestives, par les deux bouts.

 

L’explosion avait eu lieu en pleine nuit, alors qu’il dormait profondément.

La déflagration, subite, incontrôlable, avait laissé s’épandre dans les draps blancs une large coulée verte. Fuyante. Digne d’une toile de maître aux pinceaux en colère. Fusion et confusion confondues. Dans un même élan.

 

Bref, la cata. Jonas en avait sursauté. De douleur bien sûr, mais aussi de surprise. Puis ce fut la remontée acide. Lente. Grimaces de douleur, yeux pincés, paupières étrécies. Des larmes brouillaient sa vision cauchemardesque. Tandis que la fuite par le bas réchauffait ses maigres cuisses poissées de merde, Jonas se mit à dégueuler : tripe et vinasse. D’abord en un seul jet, violent, continu. Puis, après l’effet de surprise, un deuxième rot, suivi d’une régurgitation en bonne et due forme : page deux. Etalée sur plusieurs colonnes, draps souillés et menton baignant dans la soupe. Horreur ! Quoique toute relative, quand il s’agit d’un homme aussi expressif. Presque une forme d’art, une création expresse. Expressément réussie !

 

Jonas, englué des deux bouts, a juste le temps de bondir du lit. Le mauvais choix. Son pyjama trempé du bas, le torse recouvert de chyle et de glaire, l’homme affolé court à sa perte. L’étrange liquide visqueux est descendu le long de ses chevilles, devenues glissantes. Puis, c’est au tour de ses pieds. A peine posés au sol, gluants de chiasse, ils dérapent sur la descente de lit en synthétique mauve. Glissade assurée. Chute conséquente. Envol réussi.

Jonas s’affale, tout son poids concentré sur son unique coccyx. Qui éclate. Comme une coque de noix. Esquilles d’os plantées dans le cul. Fesses lacérées. Bouillie de merde mêlée. Rupture.

 

L’homme à terre hurle. Oublie son nom, sa patrie, sa maman. Jonas va crever. Dans un ultime effort, il se jette contre la fenêtre, arcbouté. Un ressort n’aurait pas fait mieux. Les deux mains sur la poignée de métal, Jonas ouvre la croisée, puis se penche, au-dessus du vide. Cherche son souffle. Le dernier, croit-il. Mais il n’en est pas au bout de ses peines. Une femme en bas le regarde. Elle vient de lever la tête, surprise. Un homme est là, penché, cachant le soleil naissant de son buste.

 

Elle se déchausse le cou pour mieux voir. On dirait qu’il va tomber. Non. Dans un bruit de cataracte, Jonas dégueule encore. Jets sonores, spasmes électriques. D’un bond, la passante esquive. Réflexes affûtés. Elle est à jeun, elle. Une flaque aux reliefs indéterminés souille à peine les pieds de la dame. Dégoûtée, elle s’éloigne, épaules contrariées, dans un silence de cathédrale. Puis elle croit entendre, mais elle est déjà loin, une fenêtre qui se referme.

 

Jonas souffre mille morts. N’en peut plus et ne peut s’asseoir. Ses jambes flageolent. Il va crever là. Non pas comme une merde qu’il est déjà, mais comment dire… Tel un déchet, un encombrant. Pas mal, pour « un insignifiant, une loque », comme il se plaît à le dire. Dans son entourage. Pour se faire plaindre.

 

Doucement, la sueur descend sur ses tempes. Crâne luisant, rides accentuées, corps vibrant, Jonas se rencogne près du placard en Formica. Gluant, humide, trempé de merde et suffocant, il désespère. « T’avais cas pas boire autant… », qu’elle lui répétait, la mère. Morte depuis un an, rayée des listes. D’ailleurs, ça lui a servi à quoi, de l’engueuler comme ça, le Jonas ? L’y est pour rien, le fils, si son père lui a transmis le flambeau. Passé la torche ! Une sacrée torchée, oui ! Le patrimoine, ça se respecte : la preuve. Tel père, tel fils. « On va pas faire mentir les proverbes, tout de même. Foi de Jonas ! »

 

En parlant de foie, c’est une sacrée réussite. Il a tout bon le Jonas. Reçu dix sur dix à ses examens : ulcère gastrique, ulcère duodénal, hernie hiatale, gastrite, hyperacidité, surcharge pondérale mises à part ses cuisses fluettes, péritoine en folie, proche de la perforation. Les médecins se sont penchés sur son cas. Un mystère pour la science. A côté des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, une paille.

 

-         Le symptôme cardinal de l’ulcère d’estomac recouvre des douleurs de type brûlures ou crampes. Vous avez mal quelque part, jeune homme ?

-         Non, pourquoi vous me demandez ça ?

-         Et bien, d’après votre radio du colon, du foie et de l’estomac, on distingue une triple conjonction d’Uranus dans le carré de la…

-         Vous êtes toubib ou astrologue ? Qu’il lui répond le Jonas, du tac au tac. J’vous en foutrai moi, des radios ! J’ai jamais été malade, et c’est pas à 22 ans, que je vais commencer à passer des examens ! J’ai assez de mon diplôme de CAP.

-         …. ?!

-         Et c’est pas en faisant peur au populo, qu’on va croire en vous, en plus ! répondit le patient impatient.

Atrabilaire énervé qu’il était le Jonas.

 

Comme deux ronds de flan, qu’il est resté le toubib des armées ! Scié ! Laminé ! Rétamé !

« Non, mais c’est pas vrai ! J’bois mes douze Ricard par jour, trois litres de vin blanc, et ça vient vous faire la morale ? Je rêve ! J’men vas écrire à Hippocrate, moi ! J’vous en fais le serment ! »

 

 

 

 

Deux semaines plus tard, Jonas reposait au cimetière de Larengeville, petite commune de province.

Sa lettre resta sans réponse.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         II

 

L’air était doux, sec et joyeux. Un vol de coccinelles tournoyait par bonds saccadés autour d’un bouquet de jonquilles. Les fleurs, sur la tombe de granit poli, moucheté de taches roses et noires tel un pâté de tête, lançaient vers le soleil des éclats jaunes. Tendus vers le ciel bleu, les calices s’ouvraient. Seul le silence semblait habiter les lieux. Mais bien en dessous, sous la pierre et la terre, fourmillaient des armées d’insectes et de corps en décomposition. Miracle de la vie, couches sédimentaires, le visible et l’invisible s’y côtoyaient.

Jonas reposait sous diverses strates de glaise, terre humide et sable de rivière. On lui avait fait pour toujours son lit, sa litière où il resterait étendu, bien calme.

Bien sûr, il aurait souhaité bouger, remuer quelques orteils – histoire de se dégourdir les jambes. Mais que voulez-vous ? Quand on est mort sans même s’en être aperçu, il existe certains besoins naturels incompatibles avec l’état de morbidité.

Jonas n’avait ni chaud, ni froid. La soif, il ne connaissait plus. Faim, lui ? Jamais plus. Contre son gré, il était devenu un modèle de stoïcisme, un calme parmi les calmes, parangon de vertu. Qui aurait pu dire cela de lui de son vivant ? Personne ! Qui aurait pu émettre le moindre avis il y a encore deux semaines sur un soupçon ténu de guérison, une once de mieux, un comportement plus moral, voire une meilleure conduite ? Personne ! Plus personne n’était là pour dire du bien de Jonas, alcoolique dépravé au cimetière des Lilas.

Si ! Le croque-mort. Et même le fossoyeur qui passait régulièrement le râteau sur les gravillons blancs de l’allée numéro neuf. Ces deux-là auraient pu en faire des compliments sur la personne du Jonas.

 

-          Un sacré caractère, certes oui ! Une langue bien pendue pour un imbibé de première ! clamait le thanatopracteur à qui voulait l’entendre. Mais ce gars-là, croyez-moi, c’était un client bien facile. Si baigné de l’intérieur que je n’eus pas à utiliser le moindre produit chimique pour le conserver à l’état de cadavre tandis qu’il reposait encore à la morgue, sous le regard des badauds ébahis. De lui, émanait un doux parfum de gentiane, de fleurs alpestres et d’herbes aromatiques les plus diverses. Un jeune cadavre si bien embaumé naturellement qu’il s’en exhalait des senteurs printanières ! Des odeurs légères ! Oui, un bien beau corps. Et ces senteurs de vin blanc, de chardonnay bien mûr, de lis et de pomme verte ! Tout un verger, tout un vignoble ! Qui l’eût cru ? A le voir ainsi étendu dans mon atelier, mon imagination, titillée par de tels arômes, se promenait déjà dans les rangs de vignes, humant les ceps, tâtant les feuillages, les grappes mûrissantes…

-          

On y voyait poindre le soleil, puis monter au zénith avant de redescendre dans sa course régulière vers le couchant. Jamais nature plus belle ne m’avait été offerte par un cadavre. Ah, messieurs… Qui l’eût vu ainsi, allongé dans son linceul de lin blanc, aurait eu aussitôt les larmes aux yeux. Ma femme, pour dire, qui ne porte guère en estime les dépravés, les alcooliques, en un mot les déchets, et bien croyez-moi, ma femme en fut clouée sur place à la vue de cet allongé ! Oui, elle en fut éprise ! Une langueur passa dans ses yeux mauves, son regard se perdait au-delà de ce corps. Qu’elle m’eût trompé avec lui, s’il eût été vivant… ? Non ! L’idée m’effleura bien, certes. Mais de là à… Non ! C’en était trop ! Alors, devant cette femme qui ouvertement me trompait – bras écartés et visage ruisselant de larmes pour son amant – je me mis dans une absurde colère. Trépignant de rage, vexé, outré par un si déloyal comportement, je pris ma femme par la manche, lui claquait deux énormes baffes sur ses joues… Puis, le trou ! Plus rien !

La police arriva, prévenue par  les voisins alertés par mes bruits et coups de fusil répétés. C’est aujourd’hui de ma prison que je m’adresse à vous, ne m’en veuillez pas, non, je vous en prie, pitié ! J’expie, je regrette mais cet homme était trop… Comment dire, supérieur à moi, à tout ce que je représentais de négatif, de mauvais...

-          Ta gueule Baliveau, on t’a assez entendu ! La ferme !

Et puis ce fossoyeur, si tendre, si vieux, si amène. Coiffé d’une casquette en visière qui lui dissimulait le regard, le vieil Onésime arpentait d’un pas lent les allées blanches de gravillon. Ses sabots de châtaignier claquaient sec, en martelant le sol de ses semelles de bois.

 

-          Tout doux, tout beau, mon mignon ! Hein, Jonas ? T’es pas bien ici ? Six pieds sous terre, dit l’expression populaire ! Oh, toi, t’es bien modeste ! un pauvre ciron perdu dans la galaxie des étoiles souterraines… On est bien peu de choses et le temps n’est plus ce qu’il était ! Mais moi, je te dis que ta place est ici. Tu verras, un peu de patience ! Toi & moi, on va tranquillement installer une relation durable. Sauf si je cassais ma pipe, évidemment ! Mais t’inquiète, pas de soucis, bon pied bon œil qu’il a l’Onésime ! Veuf, oui, âgé peut-être, mais le cœur est solide, le moral itou !

Au début, quand je t’ai vu arriver avec mon collègue Alain, dans ton costume trois-pièces en bois de chêne, j’ai pas bien compris qui t’étais. Mais renseignements pris, j’ai  vu que t’étais pas l’mauvais ch’val ! Même si y’en a qui ont craché à voix basse sur ta dépouille. Des moins que rien ceux-là ! Ils verront quand ce sera leur tour ! Chanterons moins haut ! Ferons pas les fiers quand i’ z’arriveront entre mes bras ! Tu sais Jonas, t’es pas pire que certains… Même mieux vois-tu, mais attends, ya mon portab’ qui sonne. Je r’viens toutàleur. Pardon.

 

Depuis deux semaines à peine qu’il est dans sa tombe, Jonas se sent un peu seul, nonobstant le chant des oiseaux, et le vol des coccinelles qui froissent de leurs élytres les fleurs offertes par l’entourage. Le vent aussi fait désormais partie des lieux. Quant aux bribes de conversations qu’il peut saisir au vol, elles sont bien maigres. D’incompréhensibles syllabes, borborygmes, éructations & chuchotements divers. Personne n’est venu sur sa tombe parmi ses proches.

 

Par contre, les odeurs, oui les odeurs, Jonas les distingue ! Cela peut paraître bizarre, mais l’odorat d’un mort existe. Pas de preuve, m’objecterez-vous. Qu’importe. Jonas est un nez supérieur. Une pointure en ce domaine, un esthète. La science n’explique pas tout ! Quand on est mort, c’est bien sûr pour… la vie… Raisonnement idiot, mais comment dire ? L’homme allongé reçoit le murmure olfactif de la nature environnante. Par d’incroyables antennes. Par un sens inconnu des vivants & que je ne saurais décrire. Comme un… Non ! Un chant qui creuserait depuis la surface un chemin. Une voie invisible, une invisible trace. Jonas aspire à reconnaître ces odeurs, nouvelles pour lui. Première expérience. Plutôt mince mais bien là !

 

 

 

 

 

 

III

 

 

-          Tu es toujours là ? Je blague, excuse-moi ! C’est moi, Onésime. Mais bon, tu le sais déjà Jonas, avec ton nez si fin ! J’étais en ligne avec ma petite fille, Alicia. Douze ans déjà, et bien douée à l’école la gamine. M’en a appris de ces trucs ! Elle veut que je la ramène ce soir à la maison. Je ne sais pas si tu es au courant, mais aujourd’hui, la Tunisie a été libérée de son dictateur. Un vieux bandit, qui avec sa femme & sa famille proche, s’en mettait plein les poches depuis une vingtaine d’années. Ma petite fille sait tout ça ! Elle écoute les infos & me dit que je suis toujours en retard d’un train ! Je ne suis pas pressé, moi !

 

J’aurais bien répondu quelque chose à Onésime, mais les morts n’ont plus la parole. Ils communiquent ainsi : seulement par la pensée de celui qui nous parle.

Et Onésime entendit donc ce que j’avais à lui répondre.

 

-          Brave grand-père, ta présence me fait chaud au corps, du bien au cœur surtout. Alicia a raison ; il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à la vie de ses semblables. Je sais qu’elle est jeune encore, mais sa réflexion est juste. A ton âge, on va moins vite, on se protège et l’on aurait presque peur de tout. Ais pas toi ! Oh que non ! Onésime, écoute bien ta petite. Elle sera ta pensée en ricochets pour t’éclabousser. Te faire rebondir et surfer comme ils disent, nos jeunes. Alicia est en empathie avec ses camarades d’école, qu’ils soient Tunisiens, Arabes, chiites, sionistes, népalais ou d’ailleurs. Quelle que soit leur confession, les amis d’école d’Alicia ont les mêmes révoltes, les mêmes problèmes que les enfants de cet âge.

 

Onésime voulut m’interrompre, mais j’étais lancé.

-         Un exemple, regarde.  Eux ne s’en tiennent plus à la tenue vestimentaire comme ils ont pu le faire il y a encore quelques années. Eux, ces jeunes, qui ne relèvent pas tous de la connerie la plus élémentaire, ont fait de leur individualité une force collective ; leur arme, c’est l’uniforme. Pas l’uniforme que l’on porte, non, il faudrait avoir les idées rances s’il fallait les juger à leur seule apparence. Non, ils sont de la même appartenance : vouloir être beau, du genre pour les filles « Sois belle et t’es Toi ! »

-         Tu veux dire par là qu’ils attachent plus d’importance à leurs richesses intérieures ?

-         Exact, Onésime. Regarde ton vieux prénom. On dirait une marque d’huile d’olive comme le bon père Ceci ou Cela. Mais eux ne sont pas bêtes ! Ils font de ton prénom un tremplin pour demain : eau, nez, zyme, qui rime avec enzyme, tu me suis ?

-         Non, pas du tout ! Et d’ailleurs, d’où tu tiens cela ?

-         Mais si, écoute ! Alicia communique avec moi, maintenant que je suis mort. Car je lui parlais souvent, avant. Elle brillait comme une rime éternelle, toujours neuve, immortelle. C’est pour cela que je l’écoute encore. Chut ! La voilà !

-         En vrai ?

-         Non, bien sûr ! Chut, écoute :

-         « Onésime va contre le vent, pousse sa rime en balayant. Le fossoyeur c’est mon grand-père, qui jamais, non, ne désespère. Par tous les temps, il creuse, il gratte, retourne la Terre si ingrate. La Terre et tous ces vers de terre qui charruent la vie ventre à terre. »

-         Que c’est beau ! Mais Onésime, que devient-il ensuite ?

-         « Onésime creuse de sa pelle tombe de terre, tombe de sable, car il veut offrir la plus belle des demeures indispensables, pour tous les disparus ses frères, qui veulent cacher leur misère. La solitude du trépas ainsi leur sera moins pénible car Onésime et ses deux bras leur offre une couche paisible. »

Le vieux pleure. Je peux l’entendre du fond de ma tombe. Il s’est assis sur la margelle de granit rose et poli qui fait office de décor ; comme si Onésime discutait avec moi sur le seuil de ma porte. Et nous restons ainsi, silencieux dans cette musique hachée de larmes, de hoquets.

Repost 0
Published by yarniche - dans poèmes - romans
commenter cet article
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:56

Sur ma table de chevet : Cocktail cruel de Yann Venner, paru chez « Le Cormoran », une petite maison d'édition locale. Eco-polar dont l'histoire se déroule entre la Bourgogne et la Bretagne. L'auteur y distille une intrigue mêlant écologie, science viticole et enquête policière.

 

page de couverture © Le Cormoran

Étonnant mélange des genres, ce roman nous en apprend énormément sur la fabrication du (bon) vin et le désastre des algues vertes en baie de Saint Brieuc. Du côté de l'intrigue policière, l'enquête menée par Luc Létourneau, commissaire de Beaune, semble parfois laissée de côté au profit de longues tirades sur les deux précédents thèmes. La vie des personnages y est tout de même admirablement décrite, permettant de nous imprégner entièrement de leur personnalité. Trop peut-être, car entre le résumé et la présentation des protagonistes, on devine rapidement l'identité du meurtrier laissant pour unique suspense l'espoir de s'être trompé.

Une ode à Bacchus

Néanmoins, quelques digressions écologiques nous instruisent sur le déroulement de plusieurs phénomènes biologiques et chimiques. Et surtout sur leur articulation planétaire. Nous apprenons de façon ludique, que l'écologie bien que devant être « locale » à l'échelle des travaux humains doit aussi être pensée « générale » à l'échelle de la planète et qu'un geste malheureux ici peut avoir de graves conséquences là-bas. Sans dévoiler les exemples de l'ouvrage, l'explication est claire et concise, nous permettant de recadrer nos réflexions écologiques selon une méthode précise et infaillible : la systémique.
Plus éco que polar, Cocktail cruel est aussi une ode au divin breuvage viticole.
En effet, des racines au tonneau, Yann Venner nous donne quelques astuces indispensables à la fabrication d'un bon cru avec légèreté et force de vocabulaire. Novice en la matière, j'ai bien apprécié ces descriptions. Elles appellent à un approfondissement personnel. Enfin, allier différents thèmes dans une même œuvre étant toujours un exercice difficile, ce livre trouvera plutôt ses lecteurs chez les écologistes et les amateurs de bons vins. A déguster tout de même...

Critique du site & de la revue

Bretagne Durable

Par neogimo le 19/01/201

Repost 0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:17

 

Portrait de Driss Chraïbi
par Yann Venner

 


L'inspecteur ALI au miroir de l'Autre
Du "connais-toi toi-même" à l'intersubjectivité
Du JE(U) au NOUS
Le roman policier alter-natif
De l'écriture de la révolte à l'écriture jubilatoire


 

 

Tous ces titres pour annoncer une enquête, entre-eaux-les-lignes, troubl(é)es par le rire, le réel et l'imaginaire.

Nous allons étudier comment Driss Chraïbi se sert d'un narrateur, héros perspicace et facétieux, pour mieux dénouer nos certitudes, mettre à terre le crime et dénoncer les travers individuels ou collectifs de nos sociétés respectives, occidentales ou dites orientales. Nous verrons aussi comment la double culture, la bilangue et les discours hétéroglosses perturbent, servent ou relancent la diégèse, dans un joyeux carnaval où le sérieux fréquente le grotesque, où le rire déjoue les faux semblants, et où les jeux de miroir entraînent le lecteur dans une spirale théâtralisée, grotesque et joyeuse.

Plusieurs titres nous serviront d'étais
- L'inspecteur Ali Denoël 1991
- Une place au soleil Denoël 1993
- L'inspecteur Ali à Trinity College Denoël 1996
- L'inspecteur Ali et la C.I.A. Denoël 1997



L'intrigue policière proposée par Chraïbi est à la fois une enquête sur l'autre et une rencontre de soi-même. Cousin de Columbo, mal fagoté, d'allure "plouc" ou bêtasse, cousin ou frère de Renart, le héros libertaire et cruel du roman de Renart au XII siècle, l'inspecteur Ali est un grand échalas, maigre comme un matou oublié dans un grenier. Sorte de marginal, bien qu'inspecteur de la Police Royale Marocaine, Ali navigue entre les langues et entre les cultures, à l'aise comme un poisson qui aurait des ailes et un flair instinctif. C'est une sorte de Poulpe, ou de Charlot aussi, qui sait être tendre, romantique et surtout amoureux des fleurs, des femmes et de la vie. Le rire populaire d'Ali, raconteur d'histoires drôles, Ali prénom du gendre du Prophète, fils d'un gardien de four public, est à la fois rabelaisien, san-antonionesque, et surtout fédérateur, appelant à la paix des coeurs et à l'abolition des nations, de leurs civilisations dévoyées et rongées par l'Histoire et ses Dieux, ces maux absolus.

Chraïbi utilise le terme de polar marrant, voire déconnant, pour rompre - à une certaine époque - avec l'image d'une littérature maghrébine en train de s'essouffler dans une quête de revendication identitaire, soit trop tournée vers elle-même, le solipsisme natif, soit adossée à l'Histoire ou au tragique permanent, ce qui peut finir par lasser. Il ne souhaite pas bien sûr, la mort de ses collègues d'écriture, mais se veut le pourfendeur des vieilles idées qui sont le chancre de l'humanité.
"
Chraïbi est un rebelle qui rame à contre-courant et qui ne tient compte ni des honneurs surfaits, ni de l'establishment. Lui aussi bien sûr a parlé haut et fort à travers plusieurs romans, en dénonçant le patriarcat, les excès d'une religion dévoyée, la misère des femmes et les abus de pouvoir, la terreur exercée au nom du Dieu argent. Lui aussi a su utiliser cette "violence du texte", cette stratégie d'écriture qui fait voler en éclats les dogmes et l'hypocrisie, le racisme et l'intolérance, mais ce changement de cap - cap d'espérance et non plus de désespérance pour la littérature dite maghrébine - apporte un vent de fraîcheur et de quasi naïveté. Un peu comme la naissance d'un nouvel enfant, un peu comme "une naissance à l'aube", titre d'un de ses romans.
Il appartient aussi à l'écrivain né à El DJADIDA, La Neuve, de renouveler le genre romanesque, qu'il soit policier ou non. Dans l'esprit musulman, il me semble aussi de bon ton de réactiver le passé au miroir du présent, de n'être pas soumis à Dieu comme un prisonnier du mektoub figé et stérile, mais de relire le texte sacré comme une renaissance, une découverte à chaque lecture.
La ruse va donc jouer une grande place dans les enquêtes menées par l'inspecteur Ali. Moteur de l'action et du suspens, miroir tendu à l'autre, mais miroir déformant, la ruse est le grain de sable qui agace, elle est la figure du doute permanent qui voile et dévoile, la ruse va user et abuser le coupable et quelquefois même le lecteur.
Le jeu de miroir, les effets dialectiques du langage, vont créer un doute, mais un doute fécond.

" Un miroir était accroché au-dessus de l'évier. Sourcils froncés, mostache taillée en brosse à dents, bouche ouverte, qui était ce type qui le fixait comme un suspect dans un commissariat ? Tous deux éclatèrent de rire."

Qui suis-je ? qui est l'autre ?
Le polar, la littérature policière offre un contact faste avec la réalité d'autres cultures. Le polar est l'un des rares et précieux moyens pour le sujet de sortir de son solipsisme natif, de pénétrer dans ce qui est par définition impénétrable : la conscience d'autrui telle qu'elle reconstruite imaginativement dans les textes littéraires. Ce désir d'entrer dans la conscience de l'autre, que la vie quotidienne nous refuse, la littérature nous le donne. J'ai accès à l'altérité et cet accès me permet de revenir sur moi-même dans de meilleures conditions.
Il faut aussi remarquer que par le passé, dans la littérature dite maghrébine, la place du JE, de la première personne n'était quasiment jamais autorisée, comme s'il fallait toujours parler au nom de la collectivité ou de la tribu. L'écriture ne permettait pas au sujet d'advenir, ni de se mettre en scène.
Lire P.138 Une place au soleil.
Le thème du doute, de la suspicion, le fait d'être suspect à soi-même, mettent le narrateur dans une position très inconfortable. Ici, pas de narrateur omniscient et sûr de lui, pas de vérité toute faite. Chacun semble coupable de quelque chose, chaque personnage est plus ou moins douteux.
L'inspecteur Ali porte un regard lucide sur lui-même et cette lucidité s'appelle le soupçon. Il est en face de l'autre comme en un miroir, à la fois étranger à lui-même, de par sa double culture peut-être, et solitaire parmi la foule. Orphelin, déterritorialisé, désoccidentalisé, désorientalisé, le fils du gardien d'un four public ne peut s'en sortir que par la farce et le rire. Sorte de héros prométhéen, Ali semble initié, de par sa bilangue et sa double culture, de par sa force métissée.
Il a volé le feu aux dieux, il fait éclater les tabous et réveille les consciences endormies. Mais à l'inverse de Prométhée, sa démesure, son hubris, n'est pas tristement prométhéenne, car sa démesure est joyeuse, iconoclaste, faite pour le rire plus que les larmes.
L'enquête policière oscille et bascule toujours entre hilarité et drame. Des histoires drôles, dignes des fois de l'almanach Vermot viennent illustrer un propos , apportent une bouffée d'air frais dans le récit, non pas pour détendre l'atmosphère de façon inopinée, mais simplement pour caviarder un récit trop savant ou abscons, comme si Chraïbi n'avait pas peur de se moquer de lui-même. Ce clin d'oeil au lecteur pour dire" je suis en train d'écrire, mais je n'ai pas la grosse tête, mon héros est populaire et doit le rester, pas de roman à thèse ici, pas de roman à clefs" comme il est dit dans le paratexte de l'Inspecteur Ali.
Chraïbi sait où il va quand il écrit car il commence toujours par la fin, il connaît la fin de l'histoire avant nous, et son intrigue progresse inéluctablement vers cette fin, même si pour y arriver il utilise tous les outils d'une écriture moderne ou postmoderne : digressions, ruptures de style (du savant au grotesque), ellipses narratives, dialogues à l'emporte-pièce, connivence avec le lecteur, micro-récits dans le récit, extraits de presse, collages, définitions de mots croisés;;;etc...
Tout cet attirail littéraire, ces stratégies d'écriture pour parler bien, lui permettent de bricoler dans l'incurable, incurable synonyme du verbe vivre comme disait Cioran... mais il est mort d'ailleurs, ajouterait le narrateur. Vivre donc, mais avec jubilation, sans assommer le lecteur avec " la souffrance d'écrire, de l'enjeu politique des nations," sans asséner haut et fort que le Moi souffre, que c'est bientôt la fin de tout.
Chraïbi écrit donc ses histoires en remontant le temps, en prenant le temps à rebrousse-poil, et par la même occasion la grande Histoire, celle avec sa grande hache, comme disait Georges Pérec. "Il est mort lui aussi d'ailleurs";
Aucune théorie littéraire, aucun dogme semble nous dire l'inspecteur Ali. "Prenez du bon temps, celui de me lire et si chacun est condamné à écouter, à lire une histoire, une enquête, pitié, rions ensemble"!
Ali! faites nous rire et faites les taire, ces acteurs médiocres, ces barbus de pacotille, ces intégristes de toutes les religions, ces sorbonnards qui ne valent pas mieux qu'un âne.
Ali est comme l'âne, un portefaix de nos douleurs, un montreur d'ombre et de lumière, mais c'est un âne heureux, qui croit en l'Homme, et non un homme savant et malheureux qui croit connaître l'âne parce qu'il est sur son dos et qu'il croit braire mieux que lui!

Tous ces propos ont besoin d'être étayés par des citations, des marocanismes, des exemples de diglossie, d'alternances codiques, et la place me manque...

A vous de lire et bonnes enquêtes !

Mardi soir, 29/11/2003

 Driss Chraïbi, l'un des plus grands écrivains maghrébins de langue française, a conversé avec une vingtaine de personnes dans l'intimité d'une salle du bar Les Valseuses à Brélévenez. Invité par l'association Al Manar, cet auteur rebelle de 77 ans a publié une vingtaine de romans et travaillé à France Culture pendant trente ans avec notamment Yann Paranthoen qu'il a retrouvé mardi soir.

Personnage hors normes, attachant, engagé et surtout rebelle, Driss Chraïbi, patriarche de la littérature maghrébine d'expression française, a entamé mardi soir au bar les Valseuses à Brélévenez une rencontre avec son lectorat qui se poursuivra samedi à la librairie Gwalarn.
Né en 1926 au Maroc, ce fils d'une famille aisée débarque à Paris en 1945 à la Libération pour suivre des études de chimie. C'est en 1954 que sort son premier roman intitulé Le passé simple. Depuis, Driss Chraïbi a publié une vingtaine de romans dans des éditions françaises, traduits dans vingt-deux langues. Il y raconte notamment les origines de l'islamisation du Maghreb, la conquête de l'Andalousie par les Berbères et les Arabes. Fervent défenseur de « l'ouverture de la culture à tous les peuples », cet intellectuel, aux oeuvres incisives, critique le déclin des civilisations et cultive le mythe de la Terre nourricière : « Les civilisations avaient des idées belles à la naissance mais elles sont trahies par Dieu et la politique. Nous sommes dirigés par des marionnettes. »
Ses deux dernières parutions sont autobiographiques. Il s'agit de Vu, lu, entendu et Le monde d'à côté. Son prochain ouvrage ­ L'homme qui venait du passé ­ sortira au printemps prochain aux éditions Gallimard. Driss Chraïbi y explore « le côté intérieur de Ben Laden ».
Mardi, l'auteur, qui vit actuellement dans la Drôme, est longuement revenu sur ses trente années passées à France Culture pour laquelle il écrivait des dramatiques d'environ 75 minutes. Il a retrouvé Yann Paranthoen, ingénieur du son mondialement connu, avec qui il a travaillé à la radio où il régnait « une ambiance familiale et conviviale. » Des souvenirs que les deux hommes ont longuement partagés.
Driss Chraïbi a également rendu un émouvant hommage à Mohamed Choukri, écrivain marocain, décédé la semaine dernière à l'âge de 60 ans : « Frère d'esprit sinon de sang, Mohamed Choukri était le véritable roi des pauvres ». Cet écrivain universellement connu a notamment publié Le pain nu.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog littéraire de Yann Venner
  • Le blog littéraire de Yann Venner
  • : poèmes publiés en recueils de l'auteur, ses romans noirs & cocasses, articles divers autour du polar, des littératures du Maghreb...
  • Contact

Recherche

Liens