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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:51

UNE ÉTOILE EST MORTE

Second volet de la trilogie Black Trélouzic, ce court roman met en scène l’Algérie et la Bretagne. Entre crimes et guerre, actualité et mémoire des années 1954-1962, l’auteur s’attelle à une écriture oscillant entre poétique et politique.

Le cadavre d’une jeune algérienne dans le port de Trélouzic va déclencher une course poursuite où l’Histoire sera rattrapée par la mémoire. Résurgence de l’OAS, hommage aux soldats bretons et aux combattants algériens, « Une étoile est morte » évite deux écueils : une Histoire qui tue la mémoire et une Mémoire qui oublie l’Histoire.

 

YANN VENNER, né à Saint-Brieuc en 1953, a publié de nombreux recueils de poésies, ainsi que des romans se rapprochant du polar. Ancien instituteur, amateur de jongleries verbales et de bons vins, l’énergumène connaît bien les Côtes d’Armor et particulièrement la région du Trégor.porte-5.jpg

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 19:11

En dormance ?

 

Casser les cris

Rompre des lances

Et loin très loin

Dans la dormance

Oublieuse du temps des lieux

La communauté du silence

Chevauche vers de nouveaux cieux

 

 

Et c’est l’enfance nouvelle née

La communauté de l’enfance

Nouvelle armée menant la danse

Nouvelle graine révélée

 

Si proche de nous si lointaine

Tout à la fois sacralisée

Bannie déchue vilipendée

L’enfance nue qui revigore

 

Le vieillard blessé et perclus

De trop de mémoire  en dormance

Et qui se réveille en suçant

Le pouce des  traumas maudits :

 

Guerre, violence, le froid la nuit

Les cavaliers au noir visage

Massacrant le peuple endormi

 

Explosion des mémoires qui suintent

Plaie à vif torture contrainte

Tout un chemin semé d’épines

Où la misère a pris racine

 

Retour à l’enfance bénie

Tant attendue mais illusoire

Les fantômes du souvenir

N’évoquent que l’ombre fanée

Le verre vidé son fond rougi

Où s’est desséchée toute envie

 

Retour à la case départ

Un train qui crie sans crier gare

Terminus de toute folie

Les mots noyés de désespoir

se sont enfuis se sont enfouis.

 

Tu as beau creuser dans le noir

Casser l’écrit rompre ses lances

Tu as vécu avec l’espoir

Perdu à jamais connaissance

 

Retour en humaine dormance

Communauté qui recommence

Sans illusion sans apparence

Mourir demain quelle importance ?mer

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 08:01

liffré3GOLORI

J’aime les phrases au passé louche

Mots-fraises  que je porte à ma bouche

J’aime les mots les phrases exquises

Les jolis mots  les exquis mots

 

J’aime les phrases écrasées

Les phrases osées qui vous écrasent

Les fraises que j’écrase aussi

Dans la crème des mots Chantilly

 

Je les aime avec des virgules

Ces phrases souvent ridicules

Qui vous font rire fraises farcies

Par-ci par-là tout est permis

 

Mélanger les fruits &les phrases

Et faire du bruit à demi-mots

Manger des fraises sur le dos

Ou mélanger le cri des fraises

 

En des expressions mal à l’aise

Si on les mange avec emphase

Ou bien en salade de phrases

Avec  Athanase ou Thérèse

 

Tout est permis dans la grammaire

On peut même aimer les préfixes

Dire aux syllabes que « ça suffixe ! »

Tout est question de savoir-faire :

 

Mettre les points sur tous les I

Mettre les poings sur les zizis

Point d’exclamation qui vous tue

Ou de suspension qui s’est tu

 

Tout est offert dans la grammaire

Tout est permis je vous le dis

Le lexique est à son affaire

Quand on lui fait prendre un peu l’air

 

Et l’air de rien il vous invite

A transformer les mots en frites

Les mots en vrac les phrases en kit

Les anagrammes et les litotes

 

Anacoluthes métaphores

Figures de styles qui pleurent encore

Synecdoques et figures en stock

Paraphrase antique et en toc !

 

Et si le professeur rouspète

Et si ma sœur ou bien mon phrère

Trouv’nt que j’abuse avec les mots

Qu’ils aillent se faire voir chez Homère

 

Ou chez un vieil anachorète

Perclus de maux perclus de maux

Qui vous conseillera en fait

D’arrêter avec tous ces mots

 

Ou de les écrire sur un mur

Pour en faire des dazibaos

Ou bien d’en faire des confitures

De phrases ou de fraises en pots

 

De phraises ou de frases en trop

A ranger dans son congélo

Ou dans la porte du frigo

 

La poésie c’est rigolo

La poéso c’est golori !

J’vous l’avais dit : tout est permis !

J'vous l'avais dit, tout est permis.

 

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 07:55

merAvis de vent et d’aventure

La vie devant au souffle brut

La vie pourtant qui vous percute

Aux vitrines et aux devantures

 

Avis d’aventures et de vents

A vous mettent la tête à l’envers

La vie l’averse à tout moment

La vie qui vous joue ses grand airs

 

Musique de joie de misère

La vie qui s’en va et vous laisse

Abandonné parmi la terre

La vie passée adieu promesse

 

La vie l’averse renversée

Sur la chaussée sur le trottoir

Pluie de bonheur ou pluie de blé

Caniveaux pour seul reposoir

 

Avis de vent et d’aventure

La douleur qui vous persécute

Et vous étrangle à la ceinture

Boxeur sonné par l’uppercut

 

La vie vous prend et vous caresse

Elle vous saisit par le collier

Sans vous ménager la bougresse

Vous veut soumis pieds et poings liés

 

Avis de vent et puis d’orage

Les parapluies sont débordés

La misère veut quitter sa cage

Mais tout dehors est saccagé

 

Alors bondir loin des rasoirs

Qui vous saignent sans artifice

Plonger vers un ciel plein d’espoir

Combattre tous les sacrifices

 

Etrangler la misère de vivre

Les rats qui vous rongent la tête

Conquérir la joie toujours ivre

 De rêves de vins et de fêtes

 

Avis de vent et d’aventure

La liberté comme un drapeau

Brandie tel un poing une armure

Elle est votre nouvelle peau

 

Avis de vent et d’aventure

Signe de printemps d’ouverture

Jamais de jour de fermeture

Plaisirs de vivre et confitures

Plaisirs de vivre et confitures

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:35

                                       Une pointure de trop

 

 

Ferdi Lance était un policier de haut vol. Le meilleur de tous. Le meilleur, en tous cas, de la brigade des Abatscides - brigade chargée, comme on le sait, de la protection de l’aéroport international  Toul’house Blaniakbar.

Ferdi était payé pour enrayer tout acte terroriste, prévenir tout détournement d’avion, empêcher le trafic illicite d’armes stupéfiantes, pour prendre le Mal à la gorge, l’étrangler, et le terrasser. Véritable terrassier du crime, Ferdi Lance était aussi un pauvre ver de terre, petit lombric rampant amoureux des étoiles. En d’autres termes, il aimait les hôtesses de l’air, en consommait à foison, toujours preux chevalier servant et à la noble figure ; toujours prêt pour défendre l’honneur de ces haquenées du ciel, voler à leur secours et prendre sous son aile ces belles étrangères, égarées tels des albatros, une fois débarquées à terre.

Il vivait d’ailleurs depuis quelque temps avec une charmante Nastasia, hôtesse biélorusse de passage, une pulpeuse blonde de vingt-six printemps et quelques feuilles. La dame en transit jouissait d’indéniables atouts ; mais le travail avant tout !

Toujours sur la brèche, plus souvent sur le tarmac que dans son hamac, Ferdi Lance courait sans cesse d’un terminal à l’autre, inspectait les soutes, reniflait le moindre bâton de shit (oeuvre de Chitan ), et n’hésitait pas à faire main  basse sur tout colis suspect. Il était partout et nulle part à la fois. C’était, on vous l’a dit, un policier de haut vol.

Ses collègues les plus instruits le surnommaient Aker, génie à double tête personnifiant la terre dans sa matérialité et dont il assurait la cohésion. Représenté, à l’origine, comme une bande de terre ayant une tête humaine à chaque extrémité, Aker prit plus tard  l’aspect d’un double sphinx. Préposé à la garde des issues de l’au-delà, il était l’adversaire du défunt qui cherchait à y pénétrer. Par sa fonction, il protégeait dons Osiris.

 

On annonça le vol 732 pour Le Caire. Embarquement immédiat. La voix chaude et voilée de l’hôtesse invitait au désir ... d’un prochain vol. On eût dit un appel à l’extase, à une élévation certaine, à un voyage hors de soi. Bien mieux que la voix de l’imam du haut de son minaret. Les quelques islamistes, musulmans, coptes, chiites, de tout poil, sans compter les athées et les chrétiens de toutes confessions, se hâtaient tranquillement, comme anesthésiés par la voix d’Anastasia, car c’était elle. Les cartes d’embarquement dûment enregistrées, on prit la navette pour se rendre à l’avion de la compagnie Egypterranée.

Ferdi Lance, habillé en civil, faisait partie de la centaine de passagers. Il avait repéré, véritable instinct de sa tête chercheuse, un candidat à l’arrestation virtuelle. L’homme, âgé de soixante-dix ans environ, lisait le quotidien El Watan, l'œil, on ose le dire chafouin. Du moins, l’un des deux. C’est ce qui paraissait troubler notre brave policier.

On le croyait voyager sous le nom d’Eloi Than, ressortissant belge né à Hanoï, le trois mars 1930, de mère khmère et de père inconnu, quoique certaines langues avançaient - bien qu’à reculons - qu’il était le fils d’André Malr... quand celui-ci était à Vientiane quelques années plus tôt, parti trafiquer le patrimoine religieux, véritable voie royale à l’époque, s’il en était...

L’homme était en fait un simple tailleur de pierre à la retraite, reconverti cependant en agent de change, travaillant secrètement pour le compte de la banque cairote  Schliemann and Grote.

En vérité, moitié thaïlandais, moitié hollandais, et de taille plutôt moyenne, ce septuagénaire cacochyme se rendait à l’anniversaire de son petit-fils, le gentil  Abd’ El Rhamane Youssoufi.

Ferdi Lance regardait les chaussures de l’homme. Discrètement. Mais pas assez cependant pour que le vieux ne remarque le manège du vrai faux policier démasqué. René Van Thaï, de son véritable nom, baissa alors le pantalon bouffant qui lui serrait la taille, discrètement. Afin de mieux dissimuler ses chaussures. Ferdi Lance, l’homme revolver, sortit alors de l’anonymat.

 

 - Mains en l’air ! Plus un geste ! Et que personne ne bouge ! Police de l’aéroport ! hurla-t-il, le badge dans une main et l’arme dans l’autre, un pistolet Vico et Khaldun .35 mm à double obturation, capable de descendre un escalier de marbre.

Figé, l’homme fut appréhendé, prié de retirer  ses chaussures, les mains au ciel.

 Ce fut un triple échec. Premio, les contorsions du suspect  retirant ses baskets  Naïke el Jordan, firent tordre de rire les voyageurs descendus du bus. Deuxio, le soit disant terroriste ne portait que de simples chaussures de sport qui émettaient un vif éclair de lumière rouge quand on les frottait l’une contre l’autre. C’était, affirmait-il, pour les douze ans de son petit-fils ! Du 41 ! comme lui. N’avait pu résister au  plaisir de les essayer. Un retour en enfance, en quelque sorte.  Rien n’y fit. On débarqua le malheureux, accusé d’être un séide à la solde de la mouvance islamiste qui en avait fait voir de toutes les couleurs au monde entier depuis un fameux 11 Septembre. On connaisait la musique ! Et son grand orchestre peu splendide. Plutôt du genre explosif, le chef d’orchestre et son armada de cymbales, percussions de coups bas, sonnettes d’alarme et tout le bataclan. On s’y entendait, pour y faire parler la poudre. Dialogue de soufre et de malentendants.

  - Pas de fumée sans feu, dit-on depuis dans le quartier des affaires, à Manhattan.

Le vol 732 en partance pour Le Caire fut retardé. Une heure plus tard, on embarqua de nouveau le personnage. Fausse alerte. Fausse piste pour Ferdi Lance.

Une heure plus tard - tertio - au-dessus de la Méditerranée, l’avion explosa en plein vol. Cent dix-huit morts. La bombe miniature, du dernier cri, n’était pas dans les chaussures, mais sous le chèche du voyageur kamikaze. Il aurait suffi à Ferdi Lance de ne pas se focaliser sur les baskets dudit René Van Thaï ; mais que voulez-vous! Une erreur humaine et voilà 118 humains expédiés dans les limbes, qui au Paradis, qui aux enfers, ou en train de purger leurs os dans la strate-os-sphère si bien nommée.

Un policier, même s’il croit dégainer plus vite son revolver arabe, n’en fera toujours qu’à sa tête et ce sera  bien fait pour ses pieds. Mektoub!

 Ferdi Lance n’était pas fait pour devenir inspecteur en chèche. Encore une fois, ce fut à la mouvance Al Khaïda qu’on fit porter le chapeau. Ce qui donna encore une fois la grosse tête à Ben Laden et ses sbires, qui en rirent jusqu’à plus soif.

De rage, Ferdi but seize bières ce soir-là, pour oublier son drame.

Nastasia repartit au pays, pour un vol qualifié de définitif, avec un pilote russe de l’Aeroflot.

–   Flûte ! dit Ferdi Lance, perdu dans son hamac.

 

–   A la nôtre ! et nazd’rovié ! dit Vladimir Routine en actionnant vigoureusement son manche à balai, sous le regard éthéré de son hôtesse adorée, tandis que l’avion montait, à l’assaut du ciel pur.

 

Le surnommé Aker, policier de haut vol, fut révoqué. Il avait été une pointure de trop, contre une forte tête. Le soir même, il se tira deux balles, une dans chaque pied. Histoire de tourner la page. L'ancien fer de lance de la police vécut désormais et jusque dans l'au-delà, avec cent dix-huit fantômes à ses trousses.

Pas de quoi prendre son pied.

 

 

 

Nouvelle parue dans la revue Algérie/Littérature Action numéro 73-74, mars 2004, pages 41 à 43.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:32

                                          "COCKTAIL CRUEL"

 

 

 

Entre Côtes d'Armor et Côtes de Beaune, le monde de la mer et celui du vin vont se rencontrer. Sous la forme d'une talentueuse actrice de cinéma, née en Bretagne. Elle va tomber sous le charme d'un propriétaire négociant en vins de Bourgogne. Il est de plus producteur de films.

Isabella et Antoine vont vivre un très bel amour,  jusqu'au jour où le destin s'en mêle.

L'infernal ballet cinématographique, sous le signe de la science et du vin, va être animé par une double enquête entre Bretagne et Bourgogne. Deux commissaires de police auront alors à décrypter un film plutôt noir. Un roman qui rend hommage au monde de la nature, du vin et du cinéma.

 

 

 

Yann VENNER, né à Saint-Brieuc en 1953, vit entre Bretagne et Bourgogne. Ses recherches l'ont amené à extraire la quintessence de la vie : « Tourné vers les autres, j'aime toutes les formes d'écritures, et les bons vins. »

Quatre romans déjà parus, des recueils de poèmes et des articles sur les littératures francophones, jalonnent son parcours. Après une tétralogie romanesque - drolatique et noire - sur la Bretagne, il nous livre ici un nouveau roman dans lequelsuspense, humour, science et écologie se croisent.

 

Un éco-polar à déguster sans modération !

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:31

PREMIERE PARTIE

 

 

 

I

 

 

Tu ne crois pas qu’on pourrait ajouter un peu de pourpier et d’arroche hastée à notre recette ? Je la trouve un peu fade…

Peut-être Jacinthe, mais notre récolte s’épuise ! Nous n’avons pas cueilli assez de plantes l’autre fois. On va bientôt manquer de salicorne et de criste marine. Tu me feras penser à ramasser aussi du sedum âcre…

Décidément Philippine, notre petite entreprise ne connaît pas la crise !

Oh ! Très drôle ! On va encore nous traiter de « vignoleuses » ! Comme dans l’article du Télégramme l’autre jour… Tout ça parce que ces fouineurs ont su que ton mari était vigneron…

Lui et ses vignes… Bref ! Je préfère ça que « sorcières de la mer » ! Ils ne savent plus quoi inventer ces journalistes !

Tu te rends compte Jacinthe ! Ils ont même proposé à Isabella de tourner une publicité pour mettre en valeur nos recettes aux algues… Tu parles si elle a refusé… Et tu sais ce qu’elle leur a répondu ?

Non, mais je connais ma nièce. Elle n’est pas du genre à apprécier ce genre de plaisanterie…

« Vous me prenez pour une sirène ou quoi » ? Voilà ce qu’elle leur a dit à ces requins !

Bravo ! S’ils croient qu’on va se laisser faire ! Elle n’est pas bretonne pour rien, notre Isabella !

 

 

Sur la côte nord de la Bretagne, dans leur laboratoire de l’Île-Grande, les deux sœurs mettaient au point leur dernière création, une purée d’algues à la betterave maritime. Le succès ne leur était pas monté à la tête après qu’elles se soient fait connaître pour avoir révolutionné la diététique et mis en valeur les algues et les plantes maritimes du littoral breton. Natives de Beaune en Bourgogne, Jacinthe et Philippine avaient grandi au pays des vignes, sur un domaine viticole dont leurs parents furent les gardiens.

Jacinthe l’aînée, botaniste dans l’âme, épousa sans trop réfléchir un vigneron beaunois. La cadette, toute aussi passionnée par les plantes depuis l’enfance, après des études de pharmacie à Dijon, rencontra au cours de ses vacances en Bretagne un beau tailleur de pierres. Celui-ci exploitait une carrière de granit à ciel ouvert, proche de la mer. Très amoureuse de Pierrick Le Gonidec et sous le charme de cette magnifique côte de granit rose, elle décida de s’installer comme pharmacienne dans la région de Trégastel. Inséparables, les deux sœurs faisaient tout pour se retrouver, comme autrefois dans le grand domaine de vignes et de bois du château de La Clairgerie, près de Beaune.

Philippine eut trois enfants, deux garçons et une fille nommée Isabella. Jacinthe n’en eut pas, s’ennuya peu à peu sur les terres de son mari Ambroise, qui ne pensait qu’à ses vignes.

Tout en cuisinant avec sa soeur, elle renoua avec son passé - mélancolique et rêveuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:28

Grappe

 

 

Les grains bavardent clairs

au cœur de la nuit brune :

 

« Je mûrirai, dit l’un,

et désaltérerai le gosier d’un puissant,

la gorge d’un enfant,

le palais d’une reine.

 

- J’abreuverai, dit l’autre,

et je caresserai les papilles des hommes

quand je serai plus grand.

 

- Moi, dit encore un autre,

je ne mûrirai pas, je suis déjà mourant

car je vis dans la peur

de me voir englouti.

 

- Tu ne vivras jamais le plaisir du partage,

l’offrande de ton jus, la connaissance offerte,

la grume délivrée.

Dessèche-toi bien vite pour laisser de l’espace

aux autres grains pressés de devenir bouteille.

 

« A cheval sur le vin ! » Riez, frères humains !

 

La divine boisson sera notre chanson,

et nous galoperons en joyeux échansons

pour verser dans vos verres

les crus de l’univers.

 

 

 

                                                              Y.V.

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:22

 

LINTELLIGENCE DU VENT

 

 

 

Madame la marquise effleure le monde de son éventail multicolore. C’est un objet qu’elle a rapporté des Antilles, à la fois précieux par l’utilité qu’elle en peut en tirer, et superficiel par sa banalité. Quoique de bois rare et de vélin huilé, parcouru de fines ciselures nacrées et rehaussé de paillettes d’or, quand la marquise déploie d’un geste saccadé son éventail, l’objet semble ennuyé, mal à l’aise dans ce monde d’oisiveté et de latences contenues.

 

Elle le caresse alors du bout de ses mignonnes phalangettes et l’éventail soupire, repliant ses ailes entre cousues de fils de soie de Chine. L’objet se met à rêver, faisant l’inventaire de ses avatars, entre deux souffles d’air, entre deux battements amoureux et transis…

 

Il était une fois, perdu au milieu des montagnes, un merveilleux nuage, né de parents inconnus, comme sont les nuages, auto engendrés par d’humides chagrins célestes. Sa forme - indescriptible - lui donnait tour à tour la forme d’une tourterelle, d’un nez de chien et autres animaux en liberté non surveillée.

Il était changeant, dans un décor turbulent, mais, assuré d’une vie éternelle - du moins le croyait-il. Nourri d’azur et d’oxygène, il observait, de sa vue plongeante, le lent mouvement de la nature qui s’ébrouait radieusement au soleil, ou secouait sa crinière luisante de pluies éparses et d’ouragans fantastiques. Quand le tonnerre faisait résonner les vertèbres de la montagne couleur d’acier, le petit nuage, déguisé en courant d’air, soupirait avec envie au milieu du firmament. Lui aussi aurait voulu parcourir le monde à la recherche d’une amie, quelle que puisse être la forme de celle-ci, son allure. Il la voulait cependant assez mûre pour ne pas l’importuner par de niaises paroles du genre : « Rentrons vite à l’abri, il va encore pleuvoir ! » Ou bien : « Cesse de courir dehors par tous les temps, je n’arrive pas à te suivre ! »

 

Ce nuage rêvait d’utopies. Or, un jour, alors que le ciel dans sa splendeur nimbée d’étoiles agonisantes, ouvrait doucement la cicatrice de l’aube, il crut entrevoir, perchée sur un fil ténu - un improbable rayon de soleil levant - celle qu’il attendait depuis sa naissance : c’était une hirondelle, ou du moins, cette sorte d’oiseau venu d’Afrique et égaré dans les strates éthérés de cette aube montagneuse.

 

- Bonjour, lui dit le nuage. Je t’attendais.

 

L’oiseau, à moins que ce ne fût un papillon marron et plutôt gros, ne comprenait pas qui pouvait lui parler à travers l’éternité de cet azur quasi figé. L’animal ailé eut beau tendre l’oreille, il ne distinguait rien, rien que de blanches nuées teintées de bleu. Lui parvinrent tout de même des bribes ressemblant à : « …jour, …dais » ce qui risquait de compliquer l’ébauche d’une improbable histoire d’amour. La forme animale essaya de répondre :

 

- Je m’appelle Azria, fille de Jelfen et j’arrive d’Afrique du Nord. J’ai franchi des montagnes, des villages où chante le raisin, des plages aux vagues muettes, et survolé des têtes d’enfants rieurs, de vieillards tristes et de parents hébétés. J’ai vu l’Histoire se mordre les paumes, le Temps se déplumer comme un vieux coq aveugle. J’ai entendu le vent du Nord heurter la bouche des humains, poursuivre comme un tyran les bergers kabyles, les bûcherons des Aurès et les petites filles décharnées, renversées au bord des fontaines. J’ai senti l’odeur de la menthe et des oliviers aux frissons d’argent. Mais toi, qui m’as sans doute parlé, je ne te distingue pas. Tu es peut-être un savant égaré, une conscience paisible dans ta montagne isolée. Mais as-tu voyagé, as-tu respiré l’odeur de la poudre et entendu couler le sang opaque des blessures ?

 

Un silence alors se fit. Le petit nuage qui avait sans doute existé le temps d’un laps, pour construire un décor, ou pour en faire partie, avait disparu dans l’aube triste, chassé- il paraît - par un vent contraire.

Alors Azria n’entendant pas de réponse, reprit son vol en direction du grand Nord, là où les hirondelles ne meurent qu’après avoir prononcé le vœu de ne plus rencontrer les nuages.

 

Madame la marquise a refermé son éventail, car un vilain frisson issu de sa rêverie l’invite dans un souffle à regagner sa chambre. L’éventail est rangé dans son étui d’ébène. Le ciel se charge de noirceur.

 

 - Il va encore pleuvoir, dit la marquise à son cher éventail, désormais à l’abri au fond de la commode.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:20

LE MURMURE DE L’AUBE

 

 

  – Chouf, mon frère, chouf ! Rigarde le djebel comme il est beau. Me dis pas que c’est pas biautifoule ! Rigarde ce paysage comme il est joli ! Chouf les petites chèvres là-bas, au bout d’mon doigt ! Rigarde le paradis sur terre ! Ecoute et respire la beauté de la nature, la musique de la rivière ! Icoute le murmure du ruisseau, là où viennent boire les chtites gazelles aux mamelles ardentes ! Chouf le lever de soleil sur l’oued de mon enfance. Nous sommes tous nés ici, mes frères et mes sœurs, au cœur de cette petite Kabylie, et toi tu viens di l’aut’ bout du monde là-bas, de la Bretagne française, pour tuer mes ancêtres et leur voler leur terre ! Toi et ton armée de sauvages, tu veux nous prendre nos montagnes, nos yeux, et nos oreilles ! Mais par Chitan, on ne va pas se laisser faire, t’es fou ou quoi ? On va te remettre sur ton bateau et t’envoyer valser la gavotte sur ton canot breton, toi et tes congénères ! T’es né comme moi, en pleine campagne, dans un petit Finisterre d’Europe et tu voudrais me faire croire que tes vaches croient en Dieu plus que les nôtres ! Tu veux nous envahir et nous coloniser au son des binious et nous bombarder tes bondieuseries à la figure ! Mais regarde-toi ! Avec ton costume de bagnard et ton drapeau taché de sang ! Arrête ton baratin, ton charabia, bref ton baragouin, tes beaux discours, et viens manger les dattes ! Allez ! J’i t’invite chez moi, à boire le lait de ma chèvre et trinquer à la santé de l’homme, pour la paix du monde et li plaisir du ventre...

 

Le deuxième classe Ronan Le Bris ne savait plus où il en était. Quel beau parleur ce Mouloud ! Quel brio et quelle humanité !

Un combat intérieur, une harmonie de tensions, tiraillait le brave soldat à hue et à dia. Comment se dépêtrer d’une telle lutte intérieure ? Le combat avec l’ange. Accepter ou refuser sans perdre la face ou son honneur ? Un solide mal de crâne s’installa dans cette tête de paysan breton, peu habitué à une telle dialectique intellectuelle. Il fallait bien choisir, avant que toute la troupe ne se réveille et commence à tirer dans le tas, mettre le feu aux mechtas, balancer les gosses contre les murs et poursuivre les femmes jusque dans les grottes pour les enfumer jusqu’à ce qu’elles sortent ; ensuite violer ces pauvres paysannes, méthodiquement, et leur faire voir du pays, les faire hurler avant de les abattre, de les mettre définitivement au rebut. Surtout que les hommes de troupe avaient pas mal picolé la veille. Du gros rouge d'Algérie, un vin épais qui vous collait la langue au palais - surtout quand on en buvait deux à trois litres...

Les hommes avaient la rage ! Crevaient de faim, de soif et d’ennui ! Un mois sans nouvelle du pays ! Coupés du monde, isolés dans ce trou perdu, dans cette montagne glacée la nuit et bouillante à midi !

Il ne fallait pas grand-chose pour mettre le feu aux poudres ! Se distraire, quoi !

Alors Ronan, dans un sursaut d’humanité, et après avoir embrassé la petite croix d’argent offerte par sa mère avant le départ pour l’Algérie, répondit dans un souffle :

  – Entendu, Mouloud ! Tu es un homme de paix et de parole ! J’apprécie et je respecte ton combat, ton Djihad. J’accepte ta proposition, mais il va falloir trouver une ruse pour éviter un massacre. Je compte sur toi et tes hommes pour calmer le jeu ! Tu n’as qu’à dire que les fellaghas sont venus hier et vous ont pris les quelques fusils et cartouches en votre possession, et que vous n’avez plus rien ! Dites que vous acceptez de leur offrir l’hospitalité, le gîte et le couvert pour quelques jours, et que vous êtes prêts à collaborer avec l’armée française. Ça devrait les calmer, pour un moment du moins. Planquez vos femmes et les gamins dans la forêt de cèdres un peu plus haut, et surtout, profil bas ! Mieux vaut passer pour des abrutis quelques heures et rester en vie pour longtemps.

 

  – Inch’Allah, mon frère ! Je pense que ta parole est saine et qu’aucun de nous deux ne cherche à trahir l’autre! Allez ! Marchons ensemble et que le destin nous protège !

 

Ils disparurent derrière un buisson d’épineux. Le soleil venait d’éclore sur le petit douar d’Aïn Gourdel, et commençait à rougir la face encore endormie des soldats du troisième régiment de tirailleurs de Rennes.

Les deux hommes avaient fait connaissance la veille, et cela, d’une étrange façon.

Mouloud Achour était un descendant de la tribu des Aït Ben Afliss. Dixième enfant d’une famille de petits agriculteurs kabyles, il était arrivé, à l’âge de vingt-deux ans, à la fin de ses études d’instituteur, à l’école normale de Blida. De taille moyenne, plutôt maigre, la lèvre supérieure ornée d’une mince moustache, Mouloud avait le regard acéré, deux boules sombres enfoncées dans un visage fiévreux, comme torturé en permanence par une insatisfaction de tous les instants.

 

Alors qu’il aspirait à enseigner dans son village natal, son douar idéalisé tout à l’heure sous le regard étonné de Ronan, la guerre, ou plutôt, la mission de pacification de l’Algérie, venait de s’installer comme un tyran absurde, sur le toit de cette région montagneuse et aride.

Ni Juif véritable, ni Arabe de souche, ni musulman pratiquant, ni Berbère convaincu, quoique pratiquant la langue berbère et le tamazight, Mouloud parlait l’arabe populaire et écrivait l’arabe classique, en plus du français, langue officielle de l’école républicaine. Il n’avait connu ni l’école coranique, ni l’endoctrinement religieux. Il était issu, en fait, des hasards de l’Histoire et, né en petite Kabylie de parents analphabètes, Mouloud avait eu la chance d’être élevé dans le culte de la nature et des ancêtres, hommes et femmes de la Terre, pénétrés de contes, de mythes et de légendes plus que de religion.

Dans cette société patriarcale qui allait s’effriter peu à peu, sous les coups de boutoir de l’exil - l’homme allant s’expatrier de plus en plus loin, ou se rapprochant des grandes villes algériennes - le rôle de la femme allait rapidement s’imposer, et Mouloud, apprécier de plus en plus ces femmes ingénieuses et courageuses qui allaient élever la marmaille et remplacer le mari absent, dans les champs et à la ferme. De même que la Bretagne avait connu l’absence de ses mâles, véritable chair à canon pendant la première guerre mondiale, de même, une partie de l’Algérie et du Maroc avait dû se séparer de ses forces vives qui étaient appelées comme soldats du contingent. Misère de la guerre et de la pauvreté, misère de la misère, ces hommes des deux rives de la Méditerranée, étaient déjà prisonniers de leurs destins et de l’Histoire, liés à la barbarie des gouvernants, plus ou moins soumis à des industriels replets, et à des militaires eux-mêmes soumis à de gros propriétaires terriens, qui étaient les véritables colonisateurs de l’Algérie depuis 1830.

 

Le sort des femmes venait de prendre un fameux tournant, et honneur à celles qui allaient se battre, suer sang et eau, pour sauver la tribu, la famille et le pays ! Par la ruse et le courage, par une abnégation de tous les instants, les femmes de Bretagne, de Kabylie, et d’ailleurs, allaient entraîner dans leur vaillance, par la force d’un indomptable levier, tout une génération de combattantes passionnées, prêtes à tout pour lutter contre les dieux modernes de la colonisation. Une citoyenneté nouvelle, née de l’absence des hommes, faisait lever la pâte grise de la Révolution. Chaque paysanne, chaque épouse, fiancée, sœur, nièce, tante, cousine, compagne, veuve, allait combattre l’envahisseur et le déposséder de son goût morbide pour la prédation, de cette ignoble volonté de puissance qui met à mal et détruit peu à peu toutes les civilisations, l’une après l’autre. Un chant d’amour sacré pour la terre et l’enfance allait inonder les champs de batailles et emporter toutes les haines.

 

C’était là le grand rêve de Mouloud, l’instituteur, c’était aussi le doux rêve de Ronan, loin de sa ferme bretonne. Ils en avaient parlé toute la nuit de ce bonheur d’être frères, de partager passions, sourires et larmes sous les étoiles d’un douar algérien. Mais, en cette année 195..., le soleil venait d’apparaître, et la suite des événements appartenait à la dure réalité, à la terrible épreuve des faits, sur le terrain de la mort et de la destruction.

Les deux hommes auraient voulu fuir l’Histoire. Elle les broya inexorablement, en quelques instants.

 

Alors qu’ils finissaient de dévaler la pente menant au douar, une compagnie de trois hélicoptères français les aperçut. Sans sommations, les soldats du ciel firent crépiter les mitrailleuses. Mouloud tomba le premier, déchiqueté par la rafale. Quant à Ronan Le Bris, coiffé du chèche de son ami, il eut beau agiter ses pauvres bras décharnés, peut-être en signe de dénégation, voire de colère, la mitrailleuse de l’hélico, à jets saccadés et têtus, lui broya les deux jambes. Son corps dévala. La tête du brave soldat heurta la pierre, avec violence. C’en fut fini d’une nuit d’amitié, sous les étoiles. La terre but le sang des deux hommes. Seul un murmure lointain se fit entendre.

 

La troupe alors se réveilla.

  

 

 

 

 

 

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