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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:17

VOYAGINAIRES

 

 

Ou « Je ne veux plus mourir ... »

 

En hommageà L.F Céline,D. Chraïbi, M.K Eddine, et...à la femmeaimée.

 

 

Notre vie est un voyage dans une histoire qui pourrait débuter de la sorte, dès la sortie, la sortie des classes par exemple. Lui, il n’avait jamais rien dit, déçu et fatigué. Et puis voilà, un beau jour il s’est réveillé.

Envie de faire des phrases. Sortir de la mouscaille, d’une nuit noire comme un tableau. Mais comment faire avec seulement les mots ? « Au travail ! » se disait-il. Mais ça ne venait pas. A bout de nerfs, à bout de mots, le squelette de l’écriture lui riait déjà au nez. Le cadavre de l’alphabet traînait ses guêtres, usées. Pauvre pantin cravaté.

 

Sur la mauvaise pente, l’enfant glisse. Il emporte avec lui, sur ce toboggan de misère, la vérité et son cortège de silences assourdissants. De quoi perdre plusieurs fois les pédales. Jeux où l’on échoue d’avance, mais du moins, on le sait. La jeunesse de l’enfant, semeur en herbe, lui laisse des auréoles de lumière sous les paupières.

Il s’en fiche lui, de mentir pour de vrai. Alors, il s’invente une histoire, s’y invite. Pour dire que l’école est finie.

Mais comment sortir de ce théâtre ? Il n’est pas comédien. Juste un figurant muet. Mais maintenant il sait qu’il faut crier, qu’il faut hurler.

 

Balancer de la farce à la figure du monde. Revendiquer le rien pour être plein de tout. Sauter dans les flaques. Rire au zénith. Allumer des soleils dans la tête des vieilles dames lunatiques aux renards mités. Battre le pavé comme du bon pain. Dire ce qui lui plaît. Bouche décousue. Rivière de dents blanches. Arbres velus, pavés lubriques.

Lancer la mode du rien du tout, du tourbillon vide et chantant. Musiques sans paroles et paroles sans notes. Au bout du compte, le quai de la nuit.

Et l’océan mugit.

 

Blanco, le cheval échappé de la mer, s’empare du tout jeune homme. Le prend sous son aile. En route, pour trouer le cadran de l’horloge.

 

De l’autre côté de la vie, la vue est plus belle. De l’autre côté de la vue, la vie est si belle !

 

C’est Blanco qui martèle de ses sabots luisants cet inlassable chant, comme une ritournelle.

 

 

« Plus de mystère de ce côté, plus de misère en vérité.

Seul’ ma crinière est une fée,

un songe habillé en sorcière…

Mensonges.

Songe à cela, n’échappe pas

à l’essentiel tout ici-bas :

douceurs de miel,

douleurs, combats.

Une Andalousie, une arène

une parousie qui nous mène

toi contre moi, et moi pour toi. »

 

 

 

La traversée entraîne les deux compagnons - sans identité fixe - loin d’un paradis perdu qui n’a jamais existé, puisqu’il est à construire.

 

Le cheval et l’homme jeune avancent sur des grèves, évitent l’appel des coquillages, dont la chanson saoule et lancinante n’est que séduction de sirène. Eux vont - dans leurs voyaginaires - chercher ce qu’ils ne savent pas. Pour oublier l’Histoire, ils n’en édifient pas. Cavalier et monture se contentent d’un déplacement. Ils laissent, derrière et devant eux, les sables des instants nourris de vent, mourir.

Les pèlerins fourbus ferment, à chaque page tournée par la brise, les yeux des livres.

 

Enfin, ils abordent. La Délivrance est là, leur bateau de fortune. Le cheval et l’enfant de jadis s’embarquent au Levant, au levain du jour neuf. Un croûton de soleil perce avec peine la mie des nuages.

La voile vierge traverse une mer plutôt plate. Et derrière le bateau, un sillage qui voudrait s’inscrire, joue cependant à s’effacer.

 

- La route n’existe pas, dit alors le jeune homme.

 

 

- Le mouvement seul la crée, lui répond le cheval.

 

Et toutes les mouettes du ciel se mettent à crier et à braire, tels des ânes au printemps.

 

Maintenant, ils savaient. Les deux amis allaient la chercher ; celle qui leur « apparaissait commeune déesse bienveillante, car elle composaitavec les éléments,elle était les éléments et tout ce qui les embellissait aux yeux des hommes ; mais cétait au printemps, lorsqueles torrents frangésdécume bruneet duvetés de tamaris vertsroulaient un tam-tamde galets assourdis,quelle sépanouissait et devenait aussiaérienne quune antilope. Elle se confondaitavec la renaissancede la nature ».

 

Ils allaient chercher la femme, grâce ailée en liberté. Blanco avait vieilli, l’homme était jeune et fort.

 

De toute sa science, et de sa patience, la femme les attendait.

 

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 23:56

Un roman à découvrir Yann Venner, Cocktail cruel Le polar viticole est actuellement en vogue et un certain nombre d'entre eux ont pour cadre la Bourgogne. Yann Venner, auteur originaire de Saint-Brieuc, situe l'action de son roman dans la Côte de Beaune, tout en ajoutant une dimension écologique à l'intrigue. Antoine de la Clairgerie, négociant en vins beaunois et producteur de cinéma décide de tourner un film sur Marguerite de Bourgogne et s'éprend de la belle Isabella Elgé, l'actrice qui incarne le rôle. En Bretagne, dans leur laboratoire, la mère et la tante de l'actrice, surnommées "les vignoleuses", produisent des préparations à base d'algues. Mais Isabella est assassinée. Le commissaire Létourneau mène l'enquête à Beaune tandis que son homologue Le Tellier fait de même en Bretagne… Poète à ses heures, Yann Venner conte cette histoire aussi originale que trépidante dans un style personnel mêlant suspense, humour et poésie. Éditions Le Cormoran. Guimaëc. 15 euros. Février 2010 ISBN 978 2 916687 09 4 Critique de Claude CHAPUIS, écrivain de Bourgogne, professeur à l’Ecole Supérieure de Commerce de Dijon.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 23:52

Un passé difficile

 

I

Non loin du village de Jobigny La Ronce,  à quelques lieues de Beaune, quand on quitte la Départementale Quatorze, se tenait la chapelle des Sœurs de la Charité. Grâce aux renseignements de mon ami Antoine de La Clairgerie, un ami bourguignon qui était  viticulteur dans la région, nous trouvâmes rapidement l’emplacement. Ayant laissé notre véhicule au bord d’un chemin forestier non carrossable, ce fut au bout d’une minute de marche que nous découvrîmes, le lieu saint.

Modeste par sa taille, discrète par sa position dissimulée derrière une vaste haie de platanes dressés comme de bienveillantes sentinelles, la construction du quinzième siècle occupait cependant une position stratégique. L’entrée de la chapelle, exposée plein sud,  offrait au premier regard une porte de bois noir aux deux lourds vantaux. Avant que le visiteur ne descende deux marches usées et polies, il pouvait admirer au-dessus de sa tête une voûte, avancée en surplomb. Parmi de vieilles dentelles ou broderies de pierres jaunies, trois gros blocs de calcaire ouvragé, telles des dents cariées – en arceaux, et recourbées en crocs de boucher s’avançaient, menaçantes.

On se sentait alors comme happé par cette affreuse bouche ouverte,  qui vous faisait frissonner alors que vous baissiez la tête pour pénétrer dans cet antre.

La haute porte, ouvragée par d’habiles mains de sculpteurs aujourd’hui devenus poussières, présentait de multiples symboles aujourd’hui effacés. Cet obstacle noir vous  invitait  - sur son étrange seuil – à une curiosité toute naturelle. Que l’on soit croyant ou non, une force vous poussait, contre votre gré, sans même que vous ayez le temps de vous poser la moindre question,  à pénétrer plus avant. Etaient-ce les deux têtes souriantes de lion sculptées, ou bien les larges ferrures horizontales si finement ciselées ? A moins que ne ce fut la couleur noire qui vous paraissait douce et réconfortante, soyeuse comme une peau d’animal ? Impossible de le dire…

On y entrait, un point c’est tout. Et l’austère bâtiment en pierre de Comblanchien vous avalait.

Tout d’abord, alors que clignotaient vos yeux, saisis par le contraste entre lumière et pénombre, tout votre corps vacillait. Un peu comme un effacement de vous-même, une absence.

Un vertige, léger, vous saisissait. Puis, passé ce bref délai, vos yeux s’ouvraient soudainement. Et tout en avançant vers la lumière diffuse et bleutée des vitraux,  votre personne entière devenait prisonnière  d’un bien fruste décor. Les murs écaillés ne laissaient plus deviner leurs anciennes couleurs ; l’autel nu, froid comme un cadavre reposant dans l’ombre, présentait une surface de marbre lisse. Un vase de verre à l’eau verdie laissait deviner trois tiges oubliées, croupissantes. Des pétales desséchés, légers comme des plumes, desquels toute vie était absente, reposaient sur la pierre dans un décor privé de toute vie. Seuls, deux moucherons ballotés par l’air que vous veniez de déplacer en entrant, voletaient au hasard, sans aucune destinée possible.

On eût dit un lieu à l’abandon, avec un Christ en croix, qui versait les dernières larmes d’un monde disparu. Haute de deux mètres, la poutre verticale présentait un bois fendillé mais brillant. L’autre partie de la croix, d’un bois plus sombre, et sur laquelle les mains clouées du supplicié semblaient toujours saigner, ne représentait pas même un angle droit. Le corps ainsi martyrisé souffrait – gauchement - dans la demi-obscurité. Et si la couronne d’épines recevait une maigre lumière diffusée par le vitrail en surplomb, toute la face du martyr criait dans le silence, à votre encontre.

Le visiteur, saisi alors d’une lourde empathie, sentait presque se mouvoir sa propre colonne vertébrale. Tel un serpent d’os, contraint par trop de muscles, écrasé de tant de chairs. Le temps de la visite était à la m Le temps de la visite était à la mesure de l’exiguïté du lieu. Bien sûr, le visiteur pouvait s’octroyer un long moment de prière, à l’abri de tout témoin vivant, seul face à la croix, seul face à sa foi, pure et sincère. Et si d’autres profitaient de la solennité du lieu pour s’asseoir parmi trois courtes rangées de chaises dépareillées, c’était peut-être pour s’y reposer d’une trop longue étape. Mais la plupart des curieux qui avaient franchi le seuil ne restaient plus de cinq minutes, tant la tristesse de la chapelle vous écrasait de désespoir. De ce lieu de prière, griffé de chagrin et de larmes, toute énergie s’était enfuie.

Alors, on retrouvait bien vite le dehors, l’air des champs, des vignes et des bois. Ravi de respirer de nouveau parmi la sainte, la puissante nature. Et elle entrait alors en vous par d’odorantes bouffées, après  une longue inspiration  qui vous gonflait de forces neuves. Toute une énergie bourdonnait alors à vos oreilles : chanson des ruisseaux, des arbres, écho des feuilles murmurantes. Eclairs de soleil traversant la ramure, zébrures d’oiseaux trouant l’azur.

Contraste saisissant entre une nature offerte, radieuse, explosive et l’intimité d’un lieu saint qui avait jeté sur nos deux personnes sa chape de plomb fondu.

Et dans ce panthéisme verdoyant aux mille variations colorées, parmi la fraîcheur printanière, Margareth et moi nous nous embrassâmes. Heureux de se retrouver en plein air. Puis, l’on s’assit tous deux dans l’herbe tendre, après avoir déplié une couverture de laine.

 

 

II

 

La chapelle des Sœurs de la Charité avait connu pourtant ses heures de gloire et d’affluence. On y était venu pour prier le Christ, ses apôtres mais aussi ses saints locaux : Le Père Clément, frère convers détaché de l’abbaye de Cîteaux et Saint Vincent, patron des vignerons, humbles forçats de la terre.

J’appris à Margareth que la statuette de Saint Vincent avait été dérobée à plusieurs reprises. Sculptée dans un bois d’aulne au départ, elle fut maintes fois remplacée, puis protégée derrière une grille, enfin scellée. Rien n’y fit. Les voleurs n’avaient aucune âme. La niche qui abritait la statue était toujours là, tel un vestige inutile, dent creuse qui n’avait plus d’attrait. Le renfoncement concave abritait désormais une colonie d’araignées attendant le moindre insecte échappé d’un bouquet, la plus petite mouche téméraire étant venue y sceller son destin, devancer la mort.

Le saint patron de la vigne, à l’origine sans doute espagnole, ainsi que ses copies multiples devaient trôner quelque part en d’autres pays, sur le bureau d’un bourgeois, dans un cabaret près des docks ou bien chez un quelconque recéleur, passant pour un noble antiquaire.

 

Margareth fut surprise d’apprendre que dans toute la Bourgogne, ce n’étaient pas moins de trois mille statuettes, effigies de plâtre, représentations peintes, modelées, tournées à la main qui avaient disparu. Le commerce de ce saint avait connu bien des avatars, bien des tribulations.

Saint Vincent protégeait la vigne des intempéries meurtrières pour les bourgeons, la fleur ou le raisin, Saint Vincent luttait contre les maladies, éloignait les charançons, le court noué, la pyrale. Il tuait sans barguigner les hannetons devenus adultes, localement appelés aussi cancoines, turcs, engraisse-poules, vers blancs, coteriaux et coterias, toutes ces larves nuisibles avant leur métamorphose. Saint Vincent éloignait des dangers aériens et souterrains, aidait les vers à mieux aérer la terre, tuait les cochenilles, les nuisibles, vous débarrassait du phylloxera, du mildiou, de la gale, de l’oïdium.

Le bon Saint Vincent se retrouvait, par la grâce de Dieu tailleur, ingénieur, laboureur, économe, régisseur, producteur, entrepreneur en management. Lui seul pouvait contribuer à commander dame nature. Selon le principe d’un philosophe anglais, on ne commandait à la Nature qu’en lui obéissant.

Le saint aux mille armes, aux mille et un talents menait des armées d’animaux souterrains pour venir en aide à des millions de ceps. Et ces centurions des ténèbres, ces vers que l’on croyait par leur vilaine forme mauvais voire suppôts de Satan, vous amélioraient le spectre racinaire de la vigne, la nature même de votre terrain, de votre climat ; ils creusaient et labouraient inlassablement des milliards de galeries souterraines. Sous trois étages invisibles, la faune épigée, endogée et anécique livrait un combat silencieux contre les bactéries, broyait et digérait le moindre déchet organique, réduisait en poussière de terre animalcules, débris végétaux, cadavres minuscules d’insectes, de larves, de cirons pour créer dans un merveilleux ballet nocturne ce miracle : un trésor né d’une alchimie contre les forces infernales  et qui donnait à la vigne son substrat vital : un éternel regain, qui était l’âme du raisin.

 

Margareth, ma compagne australienne, avait compris que Saint Vincent avait redonné aux bourgeons, fleurs et feuilles de la vigne un désir d’espérance que confirmait chaque printemps. Tant et si bien que les saisons déroulaient  l’une après l’autre le doux tapis roulant de la vie.

Malheureusement, cette peinture agreste, ce tableau idyllique propre à vous faire croire à tous les dieux du terroir, ne montrait que la face d’un âge d’or qui  n’existait que dans les rêves.

Le bon Saint Vincent, tout réel qu’il fût, ne pouvait pas toujours être au four et au moulin. Ce saint patron des vignerons doté de pouvoirs surnaturels avait aussi ses faiblesses, car  tout sujet est faillible - à part Dieu, s’il existe…

Les pouvoirs supranaturels du religieux né à Saragosse vers l’an de grâce trois cent quatre ne franchissaient pas toujours les Pyrénées pour venir lutter contre tous les fléaux de la viticulture, ces noirs Sarrasins, ces Maures pesteux qui avaient envahi les terres de Bourgogne. Saint Vincent, machine de guerre antiparasitaire, n’en pouvait mais contre les attaques foliaires de l’oïdium, ces ennemis ravageurs venus du diable-vauvert !  

On ne pouvait empêcher la pluie de tomber, des murs de pluies grasses qui tombaient sur la fragile fleur de la vigne. On ne pouvait pas toujours empêcher de nouveaux parasites qui faisaient leur nid sous le tendre feuillage, déposaient leurs œufs mortels, leurs larves cruelles – micro-bombes à retardement. Autant de grenades offensives qui fleurissaient en silence tandis que le brave vigneron dormait, abruti par de longues, éreintantes heures de labeur. Imaginez cet homme adulte, simple tâcheron ne possédant pas le moindre arpent de terre, cette femme ou leurs enfants, qui de l’aube au crépuscule maniaient le fessou, bouèchaient d’abord avec la mielle, taillaient la vigne et autres dures tâches. On avait beau appeler Saint Vincent, invoquer son doux nom, il n’était pas présent à cinq heures du matin, sur une ouvrée,  pour y donner le premier coup, puis assurer le fossoyage, suivi de la tierce ou du binage. La pioche à deux dents pour le premier coup vous cassait le dos ; puis votre fessou en manche de châtaignier pour  les autres  bouèchages ne vous rapportait qu’une menue monnaie. Et Saint Vincent n’était toujours pas là au crépuscule, derrière votre dos, pour soulager vos maux, ni essuyer la sueur coulant de votre front.

Son ombre, peut-être…qui vous répétait à l’envi : « Bouèche, mon gars, bouèche, si tu ne veux pas crever de faim ! » Et quand le fessou se retrouvait dégarni d’acier, il fallait bien le payer six sols quand il se retrouvait usé par la pierraille, tous ces cailloux et ce sol dur. Retourner la terre, l’ameublir et l’assouplir, et cela trois fois l’an avec un outil de fortune vous épuisait le plus solide des hommes.

 

 

A ces derniers mots, mon auditrice frissonna. Mais Margareth, d’un signe discret, m’encouragea à continuer ma narration.

 

 

III

 

 

« Et quand la pluie vous avait épargné, parfois c’était le gel qui vous assassinait ! Gerçures, engelures, crevasses, toux, quintes et fièvres s’emparaient de tout votre corps. Sol gelé, vigne givrée, rameaux tués. Sève absente, pas le moindre souffle vital. Puits et rivières prisonniers de la glace. Et encore les brouillards, le dégel, la gadoue, suivies de terribles chaleurs… Il fallait être fort pour vivre et résister.

Saint Vincent répondait quelquefois absent. On l’implorait, conjurait le sort ; la grêle affreuse s’abattait soudain, crevant le raisin, lacérant le feuillage, brisant le moindre sarment. Alors, laissant échapper sa colère, l’ouvrier prenait la statue de bois du saint, la jetait dans la Vouge ou la Bouzaise, à moins qu’il ne retournât la face du saint patron contre le mur de l’église durant la procession de janvier.

-        Où es-tu Saint Vincent, patron des vignerons ? Où donc es-tu passé, tandis que nous souffrons ?

Ce seul distique lâché dans la froidure hivernale ne trouvant pas d’écho, on s’en retournait tête basse au logis, trahi, floué par la vie. Une protection tant souhaitée, tant attendue n’était-elle qu’un leurre ? Etait-ce possible que sous le patronat du meilleur des saints protecteurs de la vigne, la défection de ce dernier soit envisageable ?

     - O bon saint Vincent pourquoi m’as-tu abandonné ? O Saint patron de la vigne, par Bacchus dieu du vin, pourquoi délaisses-tu tes humbles serviteurs ?

Et jamais de réponse à la question posée. Plus jamais de repos ni de cesse. Jamais, jamais.

J’appris alors  à la jeune journaliste qui m’accompagnait, que quand la trahison vous blesse, que vous vous retrouvez totalement démuni face aux injustices de la nature, une solution paraît alors la bienvenue : un remède bien plus efficace qu’un cautère sur une jambe de bois. Un remède à vous faire danser les sabots, tourner la tête et vous distraire : un pot de bon vin de chardonnay aux arômes fleuris, voire une pleine pinte de vin mordant d’aligoté,  à moins que ce ne soient quelques mesures de pinot beurot, ou de pinot franc rutilant. A la condition de les partager avec vos semblables, humbles travailleurs de la terre.

Par la grâce de cette  manne versée dans les verres,  toute injustice  et malheurs passés semblent peu à peu s’effacer. Le vin réparateur va ravir les gosiers, réchauffer les ventres, allumer les yeux. Et quelques gorgées plus tard, courbatures oubliées, rides envolées, fusent les rires. Les corps se mettent à vibrer, rassérénés par le miracle de cette liqueur vermeille qui se propage dans vos veines. La modeste ivresse partagée vous apaise l’esprit et l’âme - peut-être même sous le regard de saint Vincent - avant de vous endormir sur la table, tête dans les bras, pour quelques heures.

Il est encore possible que cette scène idéale ne soit qu’un effet de l’imagination. Au cabaret des princes, les gueux n’y ont place, c’est certain.

Une horrible piquette a pu vous être servie - boisson âcre, acide, amère. Les tâcherons qui produisent au bout de l’été par leurs incommensurables efforts le vin enchanteur n’ont que rarement le loisir d’y goûter. Peut-être y ont-ils trempé leurs lèvres, respiré les bien doux arômes, virtuels… Impénétrables sont les territoires de l’imaginaire, cette folle du logis qui vous saoule. 

 

Margareth, émue par mon récit, et toute attentive à ces histoires du passé, hochait de temps en temps la tête. Captivée, semblant boire mes paroles qu’elle enregistrait sur son petit magnétophone portatif, elle m’incita à poursuivre.

 Et si Monsieur le curé n’a pas le droit de faire la grimace en buvant devant ses ouailles le vin du bon Dieu, lui se permet, à la face de tous, tous les dimanches, de savourer une exquise liqueur, de préférence translucide, afin de ne pas tâcher son habit. Suave Montrachet, fringant Corton, Meursault enchanteur, Saint Aubin minéral. Tous ces vins blancs de chardonnay pour démontrer  - preuve à l’appui - aux humbles croyants rassemblés le dimanche, une possible idée du bon Dieu. Toutes ces richesses liquides afin de prouver – par démonstration in situ, la puissance divine. Et les pécheurs du dimanche de baisser la tête, tentés par le diable. Pour une simple gorgée de ce nectar, combien auraient été capables en pensée de tuer l’officiant, de lui faire rendre gorge, d’étrangler le représentant du bon Dieu…Sacrilège ! Par bonheur, Saint Vincent y pourvoyait.

Et Monsieur le Curé de lever vers le seigneur ses yeux clos, afin de mieux entrer en communication avec le divin. Instant sacré, un homme boit. Communication directe aux arômes de tilleul, de silex ou de pamplemousse. Aux effluves de rose, de beurre frais, de sauge ou de citrons mûrs. Aux accents enchanteurs d’immémoriales saveurs sorties tout droit d’un calice en or pur.

Heureux soient les buveurs à qui ces bienfaits sont accordés, car le royaume céleste leur est ouvert en permanence. A toute heure du jour ou de la nuit. 

 

Avec un tel récit, si sombre et subjectif, je me dis alors que Margareth allait avoir une vision bien noire de la Bourgogne. Aussi, je terminai là mon discours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 12:19

La notion de terroir se définit par rapport à ses propriétés agrobiologiques, mais aussi par sa dimension géographique et climatique.  La Bourgogne, « c’est une terre, comme le dit Pierre Poupon, où se sont accumulés les offrandes et les legs, une terre noble, une terre dont les veines patriciennes savent saigner au soleil. »

Et les grappes de pinot noir issues de ces climats bourguignons présentent une couleur de jais, une teinte bleuâtre sous une légère poudre blanche qui les pare de son lustre. Cette pruine poudreuse contient en elle-même du soufre naturel.

 

Et que soufflent les vents de mon imaginaire, que souffle un vent doux sur les vignes,  vents revenus d’autres voyages, vents devenus vignaginaires.

 

 

Vignes, vins, vie & volupté : le V de mon nom coule dans mes veines. Œuvre vibrante, vivacité liquide, rouge, chaude, épaisse…

 

Ô vin ! Admirables effets des ferments de ton corps, flammes rousses qui dansent au fond de ce creuset ; verre éclairé de saveurs intimes, ce pinot contenu dans sa gangue de verre…

Et dans ce souffle solidifié qu’est le verre, je me promène dans la vigne, alors qu’enfermé dans ma chambre, mais libéré !

 

Le vin me parle, je l’écoute et l’entends.

Ensemble, nous  trinquons, feu roulant dans mes joues, sur mon palais et ma langue. Oui, nous partageons la même langue, liquide, sonore, fricative…

 Grâce aux verres de contact, nous tenons dialogue en mon palais.

 

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 12:12

Et que soufflent les vents de mon imaginaire, que souffle un vent doux sur les vignes,  vents revenus d’autres voyages, vents devenus vignaginaires.

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 10:09

 

Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Avoir vécu sans Chambertin ?

Je ne connais sort plus cruel !

 

Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Tu n’es pas sûr de voir demain

Alors bois, heureux et rebelle !

 

Sans un verre de vin à tes lèvres

Ton corps va tôt se dessécher

Tu vas connaître bien des fièvres

De n’avoir pas bu c’est pécher !

 

Ton nez remue ton corps s’agite

Quand tu bois sans souci vraiment

Le vin frais est comme une invite

Chaque bouteille un talisman.

 

Tendre son verre et puis trinquer

Partager les regards complices

Chacun le fait sans rien manquer

Du temps présent  ô quel délices !

L’ivresse n’est pas chose impure

Si l’on sait tenir la boisson

Et chacun  mène sa monture

A chaque gorgée sa leçon.

 

Sans un verre de vin à la main

Attendez-vous à un enfer

Car qui n’a jamais bu de vin

Trouvera la vie bien amère.

 

Je vous le dis buvez sans cesse

Dégustez  prenez du plaisir

Et vivez donc dans l’allégresse

Du vin dont il faut se réjouir !

 

Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Avoir vécu sans Chambertin ?

Plus grave que mourir pucelle !

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 21:42

Palpitent les petits bonheurs

Au creux du nid

Puis s’envolent vers un ailleurs

Un paradis

 

Effaçons-nous comme une haleine

Sur le carreau de nos vingt ans

Le torrent refuse nos peines

Aveugles sont les sentiments

 

Oublie tes yeux dans la rivière

Ils iront loin

Et toi sur la berge de pierre

Tu me rejoins

 

Au fil de nos scènes secrètes

Un doux silence

Deux colombes aux ailes discrètes

Un bruit d’enfance

 

Héraclite a plongé dans l’eau

Sa tête chauve

L’Histoire s’est noyée dans les mots

Et tu t’ensauves

 

L’amont dévoré par l’aval

O pauvre amant

Vieil arlequin de carnaval

Jeune printemps

 

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 19:37

Sur ma table de chevet : "Cocktail cruel"

  de Yann Venner, paru chez « Le Cormoran », une petite maison d'édition locale. Eco-polar dont l'histoire se déroule entre la Bourgogne et la Bretagne. L'auteur y distille une intrigue mêlant écologie, science viticole et enquête policière.

 

Étonnant mélange des genres, ce roman nous en apprend énormément sur la fabrication du (bon) vin et le désastre des algues vertes en baie de Saint Brieuc. Du côté de l'intrigue policière, l'enquête menée par Luc Létourneau, commissaire de Beaune, semble parfois laissée de côté au profit de longues tirades sur les deux précédents thèmes. La vie des personnages y est tout de même admirablement décrite, permettant de nous imprégner entièrement de leur personnalité. Trop peut-être, car entre le résumé et la présentation des protagonistes, on devine rapidement l'identité du meurtrier laissant pour unique suspense l'espoir de s'être trompé.

Une ode à Bacchus

Néanmoins, quelques digressions écologiques nous instruisent sur le déroulement de plusieurs phénomènes biologiques et chimiques. Et surtout sur leur articulation planétaire. Nous apprenons de façon ludique, que l'écologie bien que devant être « locale » à l'échelle des travaux humains doit aussi être pensée « générale » à l'échelle de la planète et qu'un geste malheureux ici peut avoir de graves conséquences là-bas. Sans dévoiler les exemples de l'ouvrage, l'explication est claire et concise, nous permettant de recadrer nos réflexions écologiques selon une méthode précise et infaillible : la systémique.
Plus éco que polar, « Cocktail cruel » est aussi une ode au divin breuvage viticole.
En effet, des racines au tonneau, Yann Venner nous donne quelques astuces indispensables à la fabrication d'un bon cru avec légèreté et force de vocabulaire. Novice en la matière, j'ai bien apprécié ces descriptions. Elles appellent à un approfondissement personnel. Enfin, allier différents thèmes dans une même œuvre étant toujours un exercice difficile, ce livre trouvera plutôt ses lecteurs chez les écologistes et les amateurs de bons vins. A déguster tout de même...

Critique du site & de la revue

Bretagne Durable

Par neogimo le 19/01/201

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 16:23

La leçon de peinture

 

 

Immobile et figé, telle une image sainte

le paysage est là, posé comme une empreinte.

Pas un bruit, pas un pas ne trouble cet instant.

Le peintre à sa palette choisit des touches d’or

pour signifier le ciel, l’en-haut, le firmament ;

il prend un peu d’argent pour le rendre aux étoiles

puis du blanc pour la nuit

car la nuit est laiteuse

l’air moite et Bételgeuse

fixe d’un œil moqueur cet homoncule artiste,

ce faiseur, ce copieur de nature encadrée

qu’il ira vendre un jour aux amateurs glacés.

Sur un simple tableau, une petite toile

un morceau de pays, géométristemort

ira fleurir musées, salon, faire décor.

Le peintre achève alors son obscure besogne,

assis, debout, râlant, il pille sans vergogne…

Et la nature s’endort, souillée sous son étreinte ;

demain, au petit jour, elle ira porter plainte.

 

2

GRAPPE

Les grains bavardent clairs

au cœur de la nuit brune :

« Je mûrirai, dit l’un,

et désaltérerai le gosier d’un puissant,

la gorge d’un enfant,

le palais d’une reine.

- J’abreuverai, dit l’autre,

et je caresserai les papilles des hommes

quand je serai plus grand.

- Moi, dit encore un autre,

je ne mûrirai pas, je suis déjà mourant

car je vis dans la peur

de me voir englouti.

- Tu ne vivras jamais le plaisir du partage,

l’offrande de ton jus, la connaissance offerte,

la grume délivrée.

Dessèche-toi bien vite pour laisser de l’espace

aux autres grains pressés de devenir bouteille.

A cheval sur le vin ! Riez frères humains

La divine boisson sera notre chanson,

et nous galoperons en joyeux échansons

pour verser dans vos verres

les crus de l’univers.

 

3

Une boîte à musique

 

s'est arrêtée

amours paralytiques

cœurs défoncés

Poupée démantelée

robot cynique

tu pleures tes pensées

anachroniques

Une boîte à musique

sur le pavé

amours paralysés

Cœurs nostalgiques

Un triste amant chronique

qui admirait

l'amour et la musique

te veille en paix

une boîte à musique

démantelée

amours écartelés

cœurs héroïques.

 

 

4 JEUX de la langue française

1. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ». On peut donc le dire dans les deux sens.

2. « Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette »

3. « Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e », c'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ».

4. L'anagramme de « guérison » est « soigneur ».

5. « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul !

6. Le mot « simple » ne rime avec aucun autre mot. Tout comme « triomphe », « quatorze », « quinze », « pauvre », « meurtre » , « monstre », « belge », « goinfre » ou « larve ».

7. « Endolori » est l'anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal

8. « Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d'être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle.

9. « Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x].

« Oiseau » est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles.

 

 

5   Célérité

 

Le temps d’écrire un doux message

à l’Infini,

l’oiseau que j’avais mis en cage

est reparti.

Soliloques du désespoir

il s’est enfui ;

 

course folle à broyer du noir

le soleil luit.

La parole a quitté le livre

au crépuscule ;

la page est blanche de sons ivres

qui basculent.

 

6    ARCIMBOLDO

( peintre qui représentait souvent le visage humain ou des corps, avec des fruits, des livres, des objets...)

 

J'ai la nature en moi

accrochée à mes trousses

qui sans cesse repousse

mon squelette de bois

Mes nerfs sont des racines

sculptés parmi la mousse

de ma chair que ravinent

des torrents d'herbe rousse

Mes veines des ruisseaux

en fuite dans la plaine

de mon alter ego

qui court à perdre haleine

Essoufflé je m'éteins

comme un vieux ver luisant

fossoyeur du chagrin

à la lampe d'argent.

 

 

 

 

7   Rêve métis

 

(ma région de Bretagne s'appelle Le Trégor, bordé par La Manche. Les champs de lin, aux fleurs bleues, recouvraient la région...)

 

 

Ô Trégor bleu de lin drap séchant sur le pré

tu fais chanter tes sources et pleurer tes fontaines

le vent souffle et s'essouffle à enrouler les blés

autour de ton drap-peau la mer est capitaine.

Elle sème des bateaux ivres dans le jusant

des graines de héros marins ou paysans

et la terre rugueuse palpite comme un cœur

entraîné par le flot crépitant des danseurs

Des chapelles s'égarent en chemin et fredonnent

le chant de nos ancêtres aux pieds foulant la boue

sur le granit austère la moisson s'abandonne

aux mains de ces seigneurs fiers de vivre debout

Ô Trégor bleu de lin et rebelle à la brume

tisse ton avenir aux couleurs de l'écume

éclabousse nos nuits pour que l'aurore se lève

les chevaux de la mer sont sortis de nos rêves

 

Sens-tu le parfum de la lune ?

Il est pour toi descendu ce soir

Telle une écharpe  bleue

puis déroulée

en volute apaisée.

Le parfum de la lune enlace

ta nuque fine.

Lui seul te réchauffe.

 

Tu veux le caresser ce souvenir de sable

qui vient de s'envoler,

Mais fidèle il revient chaque soir

sur ta peau se poser

comme un papillon bleu

pour saluer ta beauté.

 

9 ...Et un cheval

pour marquer la cadence !

Un étalon surgi du labyrinthe

Un cavalier

arrivé de Corinthe

aux éperons forgés

de toute urgence

Deux messagers

dans une écume blanche

pour annoncer de belles espérances

le goût des mots du sel

Du sucre de l'enfance

Enfourcher l'alphabet

être désarçonné

Tomber de sa monture

apprendre l'écriture

Et de l'alpharandole

à l'omegalipette

construire son école

suivre sa propre quête

Et un cheval

pour marquer la cadence

Une monture surgie de mon enfance.

 

10 LA BELLE ABSENTE

 

Je t’imagine là comme un souffle tranquille

Robe et abeille bleue je t’imagine là

Dans la respiration paisible de la ville

Dont les arbres tremblants s’endorment dans le froid.

Je t’imagine seule à l’angle du carreau

Sous les nuages bas tu traces dans la buée

Des lignes délicates pour me dire ta pensée.

Je t’imagine seule au seuil de ton ivresse

Lointaine et disparue dans la nuit sans jeunesse.

Je t’imagine lasse, et poussée par le vent

Courbée sous le fardeau de fumées trop épaisses

Il fait si froid dans la ville ce soir.

Je t’imagine là présence inavouable

Front fleuri de la vie qui s’offre et qui se prend

Je t’imagine là comme inimaginable

Je t’imagine là quand ton souffle est absent

 

 

11  SIRENE

Tu plonges

parmi les éponges

et tu t'effaces,

Sirène tu n'es plus

qu'un songe

à la surface.

 

 

 

12  Le ciel…

 

 

Le ciel est un tombeau

immense et magnifique

où courent des nuages

bêlant comme un troupeau

de bêtes alanguies

menées à coups de trique

par un vent dictateur

à la main de bourreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

13

 

 

LES PAPILLONS DE LUNE

 

Les papillons de lune

Ont la mélodie pour mémoire

Leurs ailes se déposent

En caresses joyeuses

Sur notre belle histoire

Les papillons de lune

au palais

De marbre blanc et rose

Nous ont invité

Au son des mandolines

nous avons dansé.

Un orchestre anonyme

Animait le grand bal

noyé de capes et d’ors

Tournoyant carnaval.

Tu étais la princesse

Aux rayons lumineux,

J’étais entre tes bras

Le prince enfin heureux.

Les papillons de lune

Existent, pour nous deux.

 

 

14 Mes galops

ne sont pas de trop

Dit le cheval à ses sabots

Entre ma queue et ma crinière

S'agite un champion sans manières

 

Un étalon dès la naissance

Armé de gloire et de puissance

Un destrier de haut lignage

Doué pour le saut doué pour la nage

 

J'ai traversé la terre entière

Les mystères de la matière

Echappé à toutes les guerres

Aux cavaliers de feu de fer

 

Maintenant usé par la vie

Ma litière est ma seule amie

Perspective peu cavalière

Cavaltitude prisonnière

 

Mes galops ne furent pas de trop

J'attends la mort au petit trot

Mourir mégalo disparaître

Impossible !

Je vais

Renaître !

http://venneryann.over-blog.fr/

 

http://www.venneryann.blogspot.com

 

venneryann@orange.fr

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 16:23

La leçon de peinture

 

 

Immobile et figé, telle une image sainte

le paysage est là, posé comme une empreinte.

Pas un bruit, pas un pas ne trouble cet instant.

Le peintre à sa palette choisit des touches d’or

pour signifier le ciel, l’en-haut, le firmament ;

il prend un peu d’argent pour le rendre aux étoiles

puis du blanc pour la nuit

car la nuit est laiteuse

l’air moite et Bételgeuse

fixe d’un œil moqueur cet homoncule artiste,

ce faiseur, ce copieur de nature encadrée

qu’il ira vendre un jour aux amateurs glacés.

Sur un simple tableau, une petite toile

un morceau de pays, géométristemort

ira fleurir musées, salon, faire décor.

Le peintre achève alors son obscure besogne,

assis, debout, râlant, il pille sans vergogne…

Et la nature s’endort, souillée sous son étreinte ;

demain, au petit jour, elle ira porter plainte.

 

2

GRAPPE

Les grains bavardent clairs

au cœur de la nuit brune :

« Je mûrirai, dit l’un,

et désaltérerai le gosier d’un puissant,

la gorge d’un enfant,

le palais d’une reine.

- J’abreuverai, dit l’autre,

et je caresserai les papilles des hommes

quand je serai plus grand.

- Moi, dit encore un autre,

je ne mûrirai pas, je suis déjà mourant

car je vis dans la peur

de me voir englouti.

- Tu ne vivras jamais le plaisir du partage,

l’offrande de ton jus, la connaissance offerte,

la grume délivrée.

Dessèche-toi bien vite pour laisser de l’espace

aux autres grains pressés de devenir bouteille.

A cheval sur le vin ! Riez frères humains

La divine boisson sera notre chanson,

et nous galoperons en joyeux échansons

pour verser dans vos verres

les crus de l’univers.

 

3

Une boîte à musique

 

s'est arrêtée

amours paralytiques

cœurs défoncés

Poupée démantelée

robot cynique

tu pleures tes pensées

anachroniques

Une boîte à musique

sur le pavé

amours paralysés

Cœurs nostalgiques

Un triste amant chronique

qui admirait

l'amour et la musique

te veille en paix

une boîte à musique

démantelée

amours écartelés

cœurs héroïques.

 

 

4 JEUX de la langue française

1. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ». On peut donc le dire dans les deux sens.

2. « Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette »

3. « Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e », c'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ».

4. L'anagramme de « guérison » est « soigneur ».

5. « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul !

6. Le mot « simple » ne rime avec aucun autre mot. Tout comme « triomphe », « quatorze », « quinze », « pauvre », « meurtre » , « monstre », « belge », « goinfre » ou « larve ».

7. « Endolori » est l'anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal

8. « Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d'être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle.

9. « Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x].

« Oiseau » est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles.

 

 

5   Célérité

 

Le temps d’écrire un doux message

à l’Infini,

l’oiseau que j’avais mis en cage

est reparti.

Soliloques du désespoir

il s’est enfui ;

 

course folle à broyer du noir

le soleil luit.

La parole a quitté le livre

au crépuscule ;

la page est blanche de sons ivres

qui basculent.

 

6    ARCIMBOLDO

( peintre qui représentait souvent le visage humain ou des corps, avec des fruits, des livres, des objets...)

 

J'ai la nature en moi

accrochée à mes trousses

qui sans cesse repousse

mon squelette de bois

Mes nerfs sont des racines

sculptés parmi la mousse

de ma chair que ravinent

des torrents d'herbe rousse

Mes veines des ruisseaux

en fuite dans la plaine

de mon alter ego

qui court à perdre haleine

Essoufflé je m'éteins

comme un vieux ver luisant

fossoyeur du chagrin

à la lampe d'argent.

 

 

 

 

7   Rêve métis

 

(ma région de Bretagne s'appelle Le Trégor, bordé par La Manche. Les champs de lin, aux fleurs bleues, recouvraient la région...)

 

 

Ô Trégor bleu de lin drap séchant sur le pré

tu fais chanter tes sources et pleurer tes fontaines

le vent souffle et s'essouffle à enrouler les blés

autour de ton drap-peau la mer est capitaine.

Elle sème des bateaux ivres dans le jusant

des graines de héros marins ou paysans

et la terre rugueuse palpite comme un cœur

entraîné par le flot crépitant des danseurs

Des chapelles s'égarent en chemin et fredonnent

le chant de nos ancêtres aux pieds foulant la boue

sur le granit austère la moisson s'abandonne

aux mains de ces seigneurs fiers de vivre debout

Ô Trégor bleu de lin et rebelle à la brume

tisse ton avenir aux couleurs de l'écume

éclabousse nos nuits pour que l'aurore se lève

les chevaux de la mer sont sortis de nos rêves

 

Sens-tu le parfum de la lune ?

Il est pour toi descendu ce soir

Telle une écharpe  bleue

puis déroulée

en volute apaisée.

Le parfum de la lune enlace

ta nuque fine.

Lui seul te réchauffe.

 

Tu veux le caresser ce souvenir de sable

qui vient de s'envoler,

Mais fidèle il revient chaque soir

sur ta peau se poser

comme un papillon bleu

pour saluer ta beauté.

 

9 ...Et un cheval

pour marquer la cadence !

Un étalon surgi du labyrinthe

Un cavalier

arrivé de Corinthe

aux éperons forgés

de toute urgence

Deux messagers

dans une écume blanche

pour annoncer de belles espérances

le goût des mots du sel

Du sucre de l'enfance

Enfourcher l'alphabet

être désarçonné

Tomber de sa monture

apprendre l'écriture

Et de l'alpharandole

à l'omegalipette

construire son école

suivre sa propre quête

Et un cheval

pour marquer la cadence

Une monture surgie de mon enfance.

 

10 LA BELLE ABSENTE

 

Je t’imagine là comme un souffle tranquille

Robe et abeille bleue je t’imagine là

Dans la respiration paisible de la ville

Dont les arbres tremblants s’endorment dans le froid.

Je t’imagine seule à l’angle du carreau

Sous les nuages bas tu traces dans la buée

Des lignes délicates pour me dire ta pensée.

Je t’imagine seule au seuil de ton ivresse

Lointaine et disparue dans la nuit sans jeunesse.

Je t’imagine lasse, et poussée par le vent

Courbée sous le fardeau de fumées trop épaisses

Il fait si froid dans la ville ce soir.

Je t’imagine là présence inavouable

Front fleuri de la vie qui s’offre et qui se prend

Je t’imagine là comme inimaginable

Je t’imagine là quand ton souffle est absent

 

 

11  SIRENE

Tu plonges

parmi les éponges

et tu t'effaces,

Sirène tu n'es plus

qu'un songe

à la surface.

 

 

 

12  Le ciel…

 

 

Le ciel est un tombeau

immense et magnifique

où courent des nuages

bêlant comme un troupeau

de bêtes alanguies

menées à coups de trique

par un vent dictateur

à la main de bourreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

13

 

 

LES PAPILLONS DE LUNE

 

Les papillons de lune

Ont la mélodie pour mémoire

Leurs ailes se déposent

En caresses joyeuses

Sur notre belle histoire

Les papillons de lune

au palais

De marbre blanc et rose

Nous ont invité

Au son des mandolines

nous avons dansé.

Un orchestre anonyme

Animait le grand bal

noyé de capes et d’ors

Tournoyant carnaval.

Tu étais la princesse

Aux rayons lumineux,

J’étais entre tes bras

Le prince enfin heureux.

Les papillons de lune

Existent, pour nous deux.

 

 

14 Mes galops

ne sont pas de trop

Dit le cheval à ses sabots

Entre ma queue et ma crinière

S'agite un champion sans manières

 

Un étalon dès la naissance

Armé de gloire et de puissance

Un destrier de haut lignage

Doué pour le saut doué pour la nage

 

J'ai traversé la terre entière

Les mystères de la matière

Echappé à toutes les guerres

Aux cavaliers de feu de fer

 

Maintenant usé par la vie

Ma litière est ma seule amie

Perspective peu cavalière

Cavaltitude prisonnière

 

Mes galops ne furent pas de trop

J'attends la mort au petit trot

Mourir mégalo disparaître

Impossible !

Je vais

Renaître !

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