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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 11:05

CHAPITRE I

 

 

 

Le réveil sonne à sept heures pile pour Fanch Bugalez qui a mal dormi. Blotti contre Gwendoline, il ne cesse de presser son corps contre elle. Bougeant, remuant, l'homme entoure de ses bras le cou et les hanches de sa bien-aimée. Qui finit par réagir :

- Quand tu auras fini de me réveiller, préviens-moi !

Et voilà notre Fanch Bugalez tout décontenancé. Lui si sensible, nerveux et agité depuis qu'il a repris « Le Café du Loup Rouge » avec sa compagne, n'ose soudain plus bouger. Ni respirer. Plusieurs anges passent, un goéland s'esclaffe sur la toiture au-dessus d'eux.

- Tu respires ou tu es mort, l'interroge Gwendoline?

Deuxième coup de semonce, bien que prononcé avec une pointe d'humour. La première injonction a aussi été formulée sur le ton de la plaisanterie, mais Fanch, obsédé par sa propre nervosité, n'en avait pas saisi la nuance.

- Gwendoline, je sens que je bande.

- Tu le sens, d'abord ? Ou tu bandes, après ? A moins que tu ne fasses les deux en même temps ! Car si c'est une érection avant miction, dis-toi que c'est mission impossible...

Et la femme éclate de rire, bien réveillée cette fois-ci.

Fanch, plutôt vexé mais beau joueur, allume la lampe de chevet, se lève d'un bond, et va assouvir un besoin naturel en vidant sa vessie tourmentée. Puis retourne au lit, une idée derrière la tête. A peine est-il allongé que le téléphone sonne.

- Et voilà ma chance ! Moi qui voulais te faire un troisième enfant, peine perdue...

- Allô, oui, qui est-ce ? Vous avez vu l'heure ?

Haussant les épaules, Gwendoline pouffe en silence, puis ébouriffe sa longue chevelure brune, poitrine en avant, superbe et provocante. De quoi décontenancer le pauvre Fanch.

- C'est Félix, Félix Stereden, le tombeur de ces dames...

- … Et la catastrophe de Trébeurden !

- Ne te moque pas Fanch ! Ton bar a été cambriolé cette nuit. La devanture est brisée, la poignée d'entrée tordue, et la porte du bar a bien souffert. On dirait un crash à la voiture-bélier !

- C'est une blague ou quoi... T'es encore bourré Félix ?

- Non, je te dis ! A jeun je suis, et déjà sur la piste des cambrioleurs. Ils ont laissé un mot sur le comptoir, car je me suis permis d'entrer.

- Un mot ? Mais quel mot ?

- « FUCK BUGALEZ » !

Félix a prononcé fuque. Ce qui met Fanch dans un embarras immédiat.

- Fuque, ça veut dire quoi, à ton avis ?

- « Va te faire enc... » ! Désolé d'être grossier Fanch !

- Ah, tu veux dire feuque ?

- Oui, si tu veux... Et tout le tabac a été volé ! Plus un paquet de cigarettes sur tes rayons !

Un silence.

- La fumée ne va pas les empêcher de tousser, c'est certain !

- Et c'est tout ce que tu trouves à dire, Fanch ?

- Oui ! Je suis estomaqué, sonné, glacé, douché à sec, mal réveillé ! C'est tout ! Attends-moi devant le bar ! J'arrive dans cinq minutes. Merci quand même ! »

 

Félix a raccroché, dépité.

« C'est comme ça qu'on me remercie ! Y'a plus d'saisons dans cette année, plus d'respect pour un adjudant-chef à la retraite... »

 

Le Félix qui vit désormais à Perros-Guirec, trouvant plus chic d'habiter cette station balnéaire très connue, fait les cent pas devant le « Café du loup rouge ». Le retraité retrouve ses bas instincts de limier, son flair à la dérive.

- Encore un coup des écologisses qui croivent que, pour avoir la santé, c'est de voler le poison des autres. Si le cancer du tabac ne m'a jamais effrayé, c'est pas des voleurs à la manque qui vont sauver la Sécu en détruisant les stocks de cigarette en France. C'est devenu une mode ces vols ! Le terrorisme vert ! Va falloir sévir contre Europé Kologie ! Tous ces écolos qui s’imaginent supérieurs au commun des immortels, avec leurs études en vert ! Moi, je sais très bien qu'une carotte, ça pousse pas dans un frigogidaire. De même qu'un poisson pané, c'est pas non plus au congélateur qu'il a grandi ! Ces verts bobos nous font des débats sur l'agro, sur l'agglo, les vélos ! Mais jamais sur les négros, les clodos, les homos ! C'est du bourrelage de crâne qu'ils nous labourent la tête avec ! Tout ça va faire de nos gosses des verts de gris ! »

Ces élucubrations extradivagantes noient le cerveau du pauvre Félix jusqu'à nous en donner le tournis...

Heureusement, un homme d'action arrive, et quel homme ! Fanch sort de sa vieille Mercedes break au petit trot, le sourcil bas, la joue pas rasée.

- « Merci camarade Stereden ! On voit que tu restes un bon chien de la République !

- Ne commence pas avec tes réflexes de petit libertaire. Occupe-toi plutôt de ta boutique.

Ping-pong verbal habituel entre deux frères ennemis qui se connaissent depuis des lustres. Fanch photographie d'abord les lieux. Au sens propre et figuré. Il a sorti un téléphone portable dernière génération qui estomaque son vis à vis.

- Eh ben mon colon, te voilà équipé à la mode bobo !

- Bobo ou pas, je flashe à tout va. La scène de crime, toi tu connais ! Et pour aller plus vite avec les assurances, je prends les devants.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 11:33

Fin de campagne

…L’orateur ne parvenait pas à clôturer son discours.

Il avait utilisé des mètres de littoraliture, de bobarbelés galvanisants et d’hexamètres dactyliques hyperbranchés.

De toute façon, le courant ne passait plus dans la salle. L’auditoire étouffait

sous l’âcre remugle d’une foule croupissante ;

et l’atmosphère, pleine comme un œuf, était à son comble.

On entendait bien ça et là, de temps à autre, quelques ronflementsonges qui ponctuaient avec peine

l’interminable spitche.

Trop dense, le discours courait comme un torrent furieux.

Un hurlementsonge final du grand blablateur

fit grésiller les sonotones

et brusquement, l’assistance assistée,

rallumant ses écouteurs et rassérénée,

se remit d’aplomb pour embrayer la Marionnaise finale.

La campagne était close dans la grande Cité,

ouverte à tous les vents

de la vieille patrie pétomaniaque

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 19:35

Nu

Nu

Dégrafe tes bijoux et pose

Ta main sur ton sexe de rose

Libérée de toute parure

Tu déroules ta chevelure

Entends-tu Baudelaire gémir

Son fantôme aime les caresses

Allongée comme une hétaïre

Ta jouissance est une promesse

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:05

1953

L’année où il naquit moururent Dylan Thomas

Galczinski, les poètes, et Staline la brute

A chacun son Histoire, à l’alter à l’ego

Le trois mai de l’année cinquante-trois il fut là

Ocytocyne aussitôt fait il bondit hors de l’utérus

Et arrosa d’un jet impur

Sœur Angèle ou Sœur engelure

Entré en force dans la vie

Il cria qu’il était bien là

Et pour longtemps c’est pour cela

Qu’il gueula fort qu’il gueula rouge

Puis s’endormit pour un instant

Paupière en berne sur le monde

Prima Dona sa mère sourit ultima necat est très loin

Il lui reste à vivre des ans

Des nomanslandeux de néant

Pariétales ou rupestres

Ses veines se gonflaient

De vie bleue rouge et chaude

Doux crâne ténébreux

Fontanili ses sources

Coque calcairoïde

Au bregma palpitant

Il dormait poings serrés

Dans un grand tourbillon

Après des études bâclées

À rabâcher Mea Culpa

Méat maximus bats ta coulpe

Et fluctuat nec vergitur

Le sexe débordant d’amour

Alla frapper chez sa voisine

Une fourmi de dix-huit mètres

Sur gages sommier et mesure

Il emprunta le doux chemin

Qui mène à l’extase finale

Le taureau honteux et confus s’en retourna dans ses pénates

Prit son style haut

Et pour toujours épousa la littératoure

A vingt ans indocile flamme

Il échoua lamentablement

Prenant Jenner pour un All’mand

Il fallut redoubler d’efforts

Et gagner sa vie prestement

« Hardi ! dit-il soyons sportif reconnaissons le bien fondé

Du grand air et du vent du nord

Courons souvent courons encore ! »

Il courut par Mons et par Vaux le vicomte ne le vit plus

On le croyait mort pour deux bonds.

Sans donner aucune nouvelle

Il publia une kyrielle

De chevauchées de radadas

De poèmes pour maternelle

Juste bons à garder pour soi.

Il épousa dans la tourmente

Une femme au hasard des lois

Tomba en panne d’écriture

Puis enseigna comme il se doit

Fornicateur assermenté

Buveur à ses heures d’allégresse

Il prit du ventre et de la fesse

L’amour est un bien dur métier.

Puis reprit du poil d’écriture

De la bête littérature

Dévora romans et poèmes

Délira pleura à ses heures

Qui n’étaient plus celles des autres

Accaparé par ses enfants

Il vécut de tendres moments

Raconta l’Histoire à ses filles

Tourna la crème à la vanille

Vous savez ce que vous savez

Voilà sa vie en quelque sorte

Chacun peut le voir à sa porte

Il a le sourire

Et la clé

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:01

Silence

Silence veiné de marbre

Aux arguties trompeuses

Ton ombre est indice

Au cimetière laissé

Ta gorge amère saigne

Aux quatre vents aux quatre veines

Et l’écho vide de ton nom

S’égrène

Coquille écrasée sous mes pas

Fragments de vie débris de rêve

Mensonges enfouis qui bourdonnent

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 16:09

devant chez Jacques

En dormance ?

 

Casser les cris

Rompre des lances

Et loin très loin

Dans la dormance

Oublieuse du temps des lieux

La communauté du silence

Chevauche vers de nouveaux cieux

 

 

Et c’est l’enfance nouvelle née

La communauté de l’enfance

Nouvelle armée menant la danse

Nouvelle graine révélée

 

Si proche de nous si lointaine

Tout à la fois sacralisée

Bannie déchue vilipendée

L’enfance nue qui revigore

 

Le vieillard blessé et perclus

De trop de mémoire  en dormance

Et qui se réveille en suçant

Le pouce des  traumas maudits :

 

Guerre, violence, le froid la nuit

Les cavaliers au noir visage

Massacrant le peuple endormi

 

Explosion des mémoires qui suintent

Plaie à vif torture contrainte

Tout un chemin semé d’épines

Où la misère a pris racine

 

Retour à l’enfance bénie

Tant attendue mais illusoire

Les fantômes du souvenir

N’évoquent que l’ombre fanée

Le verre vidé son fond rougi

Où s’est desséchée toute envie

 

Retour à la case départ

Un train qui crie sans crier gare

Terminus de toute folie

Les mots noyés de désespoir

se sont enfuis se sont enfouis.

 

Retour en humaine dormance

Communauté qui recommence

Est-ce toi qui mène la danse

Ou bien la mort qui s’en balance ?

 

Tu as beau creuser dans le noir

Casser des cris rompre des lances

Tu as vécu tous les espoirs

Et tu as perdu connaissance


Casser les cris1
par yarniche

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 18:08

En dormance ?

 

Casser les cris

Rompre des lances

Et loin très loin

Dans la dormance

Oublieuse du temps des lieux

La communauté du silence

Chevauche vers de nouveaux cieux

 

 

Et c’est l’enfance nouvelle née

La communauté de l’enfance

Nouvelle armée menant la danse

Nouvelle graine révélée

 

Si proche de nous si lointaine

Tout à la fois sacralisée

Bannie déchue vilipendée

L’enfance nue qui revigore

 

Le vieillard blessé et perclus

De trop de mémoire  en dormance

Et qui se réveille en suçant

Le pouce des  traumas maudits :

 

Guerre, violence, le froid la nuit

Les cavaliers au noir visage

Massacrant le peuple endormi

 

Explosion des mémoires qui suintent

Plaie à vif torture contrainte

Tout un chemin semé d’épines

Où la misère a pris racine

 

Retour à l’enfance bénie

Tant attendue mais illusoire

Les fantômes du souvenir

N’évoquent que l’ombre fanée

Le verre vidé son fond rougi

Où s’est desséchée toute envie

 

Retour à la case départ

Un train qui crie sans crier gare

Terminus de toute folie

Les mots noyés de désespoir

se sont enfuis se sont enfouis.

 

Retour en humaine dormance

Communauté qui recommence

Est-ce toi qui mène la danse

Ou bien la mort qui s’en balance ?

 

Tu as beau creuser dans le noir

Casser des cris rompre des lances

Tu as vécu tous les espoirs

Et tu as perdu connaissance

 

20140506 173042

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 10:58

2013-03-30-15.56.38.jpg

A perte d'infini

dans le chant clair des mots

dans le corps nu des notes

inventer sa chanson que l'on porte vers l'autre

 

A perte de trouvailles

dans l'oubli les semailles

écrire et modeler

des stances des poèmes

quatrains sonnets en rut

musiques cornemuses

raconter de chacun l'aventure intérieure

 

A perte d'infini

dans la transe joyeuse

entrons en ronde pas à pas

Entrons dans la vague précise

 

A perte de galop sur nos rênes tendus

menons nos chevaux nos envies

en cadence et en cavalcade

libres d'aller vers l'inconnu

au souffle de leurs fiers sabots

 

A perte de coursiers

crinières fouettant l'imaginaire

éperons aux flancs des chevaux

sur la croupe de l'océan

chantons des mots la belle chair

course folle au bord de la mer

 

A perte de nuances

et de nuages sur le sable

bribes de notes parchemins

noyons nos orchestres marins

 

cavalcadence profondeur

danses de feu de peur et d'eau

cavalcadanses et langueur

dérouler le grand écheveau

 

du cavalier saute-ruisseau

du cavalier saute-ruisseau

au cheval noir en son tombeau

au cheval noir parmi les flots

 

 

 

 samedi 10 mai 2014stylo_by_Siobanne.jpg

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 19:14

 

« Le temps des vieilles pierres n’a que faire du temps

Le passé de la pierre n’appartient à personne

Encore moins au maçon qui lentement façonne

Murettes, bâtiments cathédrales fontaines

 

Pierres dissimulées sous les puits les arcades

Pierres de tous les temps hors de l’histoire humaine

Géographie sauvage tumulte de la terre

Ouragans de cailloux météorites folles

Cavernes souterrains gouffres sans fond lézardes

Océans de silex mers figées de granit

Contre lequel le sable lutte

Aidé par les grands vents

 

Roches éparpillées combattantes dressées

Corps à corps minéral schistes rasoirs et couperets

Batailles sourdes ou tumultueuses

Le magma tueur d’espoir inonde de sa lave

La gorge nue de la terre vive

 

Le temps des vieilles pierres n’est le temps de personne

Origine forgée en dur et contre tous

Seule l’eau souffle d’air circule se promène

S’immisce dans le roc et use peu à peu

L’éternel minéral dictateur des labours

Interdisant tout avenir et toute graine

ôtant par là-même à l’humain

Sa nourriture sa provende

 

L’eau souffle et source de lumièrepuits.jpg

A noyé sous ses flots, usé la peau des pierres

L’eau a lissé détruit effacé le caillou

 

La goutte magnifique s’est servie de la pierre

Pour lui prendre sa force et lui ravir sa vie

La danse de la pierre a pris corps dans le jour

Lavée pétrie roulée la roche a rendu l’âme

L’âme des pierres larmes de pierre

Pierres de larmes vers l’océan

Et le sel de la vie

A couru dans la mer »devant-chez-Jacques.jpg

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 19:07

poème

20140506_173042.jpg

L’insaisissable

 

Je veux disait l’enfant

Un cheval de manège

Et un tour de magie

Un cheval de magie

comme un tour de manège

 

Son vœu fut exaucé

Il devint cavalier

Magicien à cheval

Rênes dans une main

Cartes et dés dans l’autre

 

Sans peur du lendemain

ils allaient l’un et l’autre

Plage de sable fin

Grève petit ménage

Monture et cavalier

Découvraient des rivages

Sautaient sur l’échiquier

Découpaient des images

Une forêt en tête

Une fête foraine

 

Peindre peindre la scène

Mais pourquoi tant de peine ?

 

Le cheval et l’enfant

ont déserté l’arène

 

d’entre nos doigts

le sable fuit

magie manège tout s’enfuit

carcasse de l’enfance un bruit

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  • : Le blog littéraire de Yann Venner
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  • : poèmes publiés en recueils de l'auteur, ses romans noirs & cocasses, articles divers autour du polar, des littératures du Maghreb...
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