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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:59

7db97d826nien 2Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Avoir vécu sans Chambertin ?

Je ne connais sort plus cruel !

 

Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Tu n’es pas sûr de voir demain

Alors bois, heureux et rebelle !

 

Sans un verre de vin à ta bouche

Ton corps va tôt se dessécher

Tu pourras pleurer sur ta couche

De n’avoir pas bu c’est pécher !

 

Ton nez remue ton corps s’agite

Quand tu bois sans souci vraiment

Le vin frais est comme une invite

Chaque bouteille un talisman.

 

Tendre son verre et puis trinquer

Partager les regards complices

Chacun le fait sans rien manquer

Du temps présent ô quel délices !

L’ivresse n’est pas chose impure

Si l’on sait tenir la boisson

Et chacun mène sa monture

A chaque gorgée sa leçon.

 

Sans un verre de vin à la main

Attendez-vous à un enfer

Car qui n’a jamais bu de vin

Trouvera la vie bien amère.

 

Je vous le dis buvez sans cesse

Dégustez prenez du plaisir

Et vivez donc dans l’allégresse

Du vin dont il faut se réjouir !

 

Sans un verre de vin à la main

Qui peut dire que la vie est belle ?

Avoir vécu sans Chambertin ?

Plus grave que mourir pucelle !

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:54

PROLOGUE

« Bill était un gars plutôt sympa. Le genre de mec qui voulait sauver la planète ! Après tout, pourquoi pas. Mais Bill était le type exact de l’âme en peine, capable de réparer le monde avec un bout de Scotch !

Et quand il rencontra Marlene, du même genre astral perdant que lui, tout le rouleau y passa.

Un an plus tard, ayant à eux deux épuisé la fragile bande collante & s’étant épuisé eux-mêmes à sauver le monde dans des manifs, happenings, & autres fredaines fort utiles, ils se retrouvèrent face à leur propre destinée : chacun dans son coin, rabâchant leur goût pour la survie du monde à qui aurait bien voulu l’entendre.

Quand je rencontrai Bill, le 22 septembre, dans la Quatrième Rue, il était affalé contre un mur, rasé avec une biscotte moisie, le nez éclaté de rouges vibrisses, l’œil en vessie de porc, hagard, sébile tendue : une casquette râpée de l’armée US, qui en avait vu d’autres…

  • Une petite pièce, mon frère ! Juste une petite pièce pour passer une journée que je vous…souhaite…heureuse, lâcha-t-il entre eux éternuements qui réveillèrent ses larmes enfouies depuis toujours.

Devant cette misère humaine qui m’horripilait, moi dans mon costume sombre de trader, je faillis lui balancer la répartie du siècle du genre « T’as qu’à bosser, sale con ! », mais je ne sais pas ce qui me retint ce jour-là. Etait-ce parce que ma femme s’était tirée la veille au prétexte que je bossais quinze heures par jour chez « Sorry & Pool ».

  • Chez ma sœur, m’avait-elle dit en claquant la porte, c’est là que tu me trouveras peut-être, mais pas avant une semaine, Tommy !

Est-ce parce que j’étais déjà en retard de cinq petites minutes avant d’entrer dans le saint des saints ? En tout cas, je sortis de ma poche une pièce de cinquante cents. Et le sourire que je reçus en pleine face allait changer le cours de mon existence. »

 fin provisoire

 

 

autre commentaire :

« Le Paradis – Un peu plus loin » de Mario Vargas Llosa, paru chez Gallimard, ISBN 2070769135, 25 €

et disponible en Folio (n° 4161), ISBN 9782070429295, 9,90 €

 

 

Le Prix Nobel de littérature 2010, Mario Vargas Llosa, a écrit un roman passionnant : Le Paradis – Un peu plus loin, qui est la double histoire de Flora Tristan, la militante féministe et ouvriériste du début XIX° siècle, et de son petit-fils, Paul Gauguin, un siècle plus tard. Les trames des deux vies que tout paraît séparer d’abord vont peu à peu se ressembler, dans un même défi à la société bourgeoise et bien-pensante, un défi révolutionnaire politique pour Flora et un défi artistique, révolutionnaire aussi, pour Gauguin. Le premier chapitre s’intitule « Flora à Auxerre ». On s’amuse à voir avec les yeux de Flora (et de Vargas Llosa) le climat d’une petite ville de province ! Et ce sera Dijon, Lyon, Roanne… dans une véritable descente aux enfers. Pareillement pour Gauguin, quêtant son paradis, à l’autre bout du monde, à l’opposé des convenances et des académismes. Les lendemains chantent rarement, en politique, en création artistique. Mais ça vaut la peine qu’on se batte, quitte à mourir au nom d’un idéal !

« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ! »

 

 

 

 

 

 

Poème à Béatrice

Je cherche dans les heures lentes

la mutité de ton visage

cil battant bouche non parlante

muet discours que j'envisage.

 

Entre toi & moi

l'entretoise

cet autre toit qui tel un antre

nous abrite quand on y entre.

 

Regard pénétré pénétrant

sortie du cadre nœud au ventre

je longe un doux

& long méandre.

 

Tel un serpent qui te protège

collier lisse autour de ton cou

fidèle arpège où je m'agrège.

Nos bras nus qui se disent tout.

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:51

UNE ÉTOILE EST MORTE

Second volet de la trilogie Black Trélouzic, ce court roman met en scène l’Algérie et la Bretagne. Entre crimes et guerre, actualité et mémoire des années 1954-1962, l’auteur s’attelle à une écriture oscillant entre poétique et politique.

Le cadavre d’une jeune algérienne dans le port de Trélouzic va déclencher une course poursuite où l’Histoire sera rattrapée par la mémoire. Résurgence de l’OAS, hommage aux soldats bretons et aux combattants algériens, « Une étoile est morte » évite deux écueils : une Histoire qui tue la mémoire et une Mémoire qui oublie l’Histoire.

 

YANN VENNER, né à Saint-Brieuc en 1953, a publié de nombreux recueils de poésies, ainsi que des romans se rapprochant du polar. Ancien instituteur, amateur de jongleries verbales et de bons vins, l’énergumène connaît bien les Côtes d’Armor et particulièrement la région du Trégor.porte-5.jpg

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 19:11

En dormance ?

 

Casser les cris

Rompre des lances

Et loin très loin

Dans la dormance

Oublieuse du temps des lieux

La communauté du silence

Chevauche vers de nouveaux cieux

 

 

Et c’est l’enfance nouvelle née

La communauté de l’enfance

Nouvelle armée menant la danse

Nouvelle graine révélée

 

Si proche de nous si lointaine

Tout à la fois sacralisée

Bannie déchue vilipendée

L’enfance nue qui revigore

 

Le vieillard blessé et perclus

De trop de mémoire  en dormance

Et qui se réveille en suçant

Le pouce des  traumas maudits :

 

Guerre, violence, le froid la nuit

Les cavaliers au noir visage

Massacrant le peuple endormi

 

Explosion des mémoires qui suintent

Plaie à vif torture contrainte

Tout un chemin semé d’épines

Où la misère a pris racine

 

Retour à l’enfance bénie

Tant attendue mais illusoire

Les fantômes du souvenir

N’évoquent que l’ombre fanée

Le verre vidé son fond rougi

Où s’est desséchée toute envie

 

Retour à la case départ

Un train qui crie sans crier gare

Terminus de toute folie

Les mots noyés de désespoir

se sont enfuis se sont enfouis.

 

Tu as beau creuser dans le noir

Casser l’écrit rompre ses lances

Tu as vécu avec l’espoir

Perdu à jamais connaissance

 

Retour en humaine dormance

Communauté qui recommence

Sans illusion sans apparence

Mourir demain quelle importance ?mer

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 08:01

liffré3GOLORI

J’aime les phrases au passé louche

Mots-fraises  que je porte à ma bouche

J’aime les mots les phrases exquises

Les jolis mots  les exquis mots

 

J’aime les phrases écrasées

Les phrases osées qui vous écrasent

Les fraises que j’écrase aussi

Dans la crème des mots Chantilly

 

Je les aime avec des virgules

Ces phrases souvent ridicules

Qui vous font rire fraises farcies

Par-ci par-là tout est permis

 

Mélanger les fruits &les phrases

Et faire du bruit à demi-mots

Manger des fraises sur le dos

Ou mélanger le cri des fraises

 

En des expressions mal à l’aise

Si on les mange avec emphase

Ou bien en salade de phrases

Avec  Athanase ou Thérèse

 

Tout est permis dans la grammaire

On peut même aimer les préfixes

Dire aux syllabes que « ça suffixe ! »

Tout est question de savoir-faire :

 

Mettre les points sur tous les I

Mettre les poings sur les zizis

Point d’exclamation qui vous tue

Ou de suspension qui s’est tu

 

Tout est offert dans la grammaire

Tout est permis je vous le dis

Le lexique est à son affaire

Quand on lui fait prendre un peu l’air

 

Et l’air de rien il vous invite

A transformer les mots en frites

Les mots en vrac les phrases en kit

Les anagrammes et les litotes

 

Anacoluthes métaphores

Figures de styles qui pleurent encore

Synecdoques et figures en stock

Paraphrase antique et en toc !

 

Et si le professeur rouspète

Et si ma sœur ou bien mon phrère

Trouv’nt que j’abuse avec les mots

Qu’ils aillent se faire voir chez Homère

 

Ou chez un vieil anachorète

Perclus de maux perclus de maux

Qui vous conseillera en fait

D’arrêter avec tous ces mots

 

Ou de les écrire sur un mur

Pour en faire des dazibaos

Ou bien d’en faire des confitures

De phrases ou de fraises en pots

 

De phraises ou de frases en trop

A ranger dans son congélo

Ou dans la porte du frigo

 

La poésie c’est rigolo

La poéso c’est golori !

J’vous l’avais dit : tout est permis !

J'vous l'avais dit, tout est permis.

 

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 07:55

merAvis de vent et d’aventure

La vie devant au souffle brut

La vie pourtant qui vous percute

Aux vitrines et aux devantures

 

Avis d’aventures et de vents

A vous mettent la tête à l’envers

La vie l’averse à tout moment

La vie qui vous joue ses grand airs

 

Musique de joie de misère

La vie qui s’en va et vous laisse

Abandonné parmi la terre

La vie passée adieu promesse

 

La vie l’averse renversée

Sur la chaussée sur le trottoir

Pluie de bonheur ou pluie de blé

Caniveaux pour seul reposoir

 

Avis de vent et d’aventure

La douleur qui vous persécute

Et vous étrangle à la ceinture

Boxeur sonné par l’uppercut

 

La vie vous prend et vous caresse

Elle vous saisit par le collier

Sans vous ménager la bougresse

Vous veut soumis pieds et poings liés

 

Avis de vent et puis d’orage

Les parapluies sont débordés

La misère veut quitter sa cage

Mais tout dehors est saccagé

 

Alors bondir loin des rasoirs

Qui vous saignent sans artifice

Plonger vers un ciel plein d’espoir

Combattre tous les sacrifices

 

Etrangler la misère de vivre

Les rats qui vous rongent la tête

Conquérir la joie toujours ivre

 De rêves de vins et de fêtes

 

Avis de vent et d’aventure

La liberté comme un drapeau

Brandie tel un poing une armure

Elle est votre nouvelle peau

 

Avis de vent et d’aventure

Signe de printemps d’ouverture

Jamais de jour de fermeture

Plaisirs de vivre et confitures

Plaisirs de vivre et confitures

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:32

                                          "COCKTAIL CRUEL"

 

 

 

Entre Côtes d'Armor et Côtes de Beaune, le monde de la mer et celui du vin vont se rencontrer. Sous la forme d'une talentueuse actrice de cinéma, née en Bretagne. Elle va tomber sous le charme d'un propriétaire négociant en vins de Bourgogne. Il est de plus producteur de films.

Isabella et Antoine vont vivre un très bel amour,  jusqu'au jour où le destin s'en mêle.

L'infernal ballet cinématographique, sous le signe de la science et du vin, va être animé par une double enquête entre Bretagne et Bourgogne. Deux commissaires de police auront alors à décrypter un film plutôt noir. Un roman qui rend hommage au monde de la nature, du vin et du cinéma.

 

 

 

Yann VENNER, né à Saint-Brieuc en 1953, vit entre Bretagne et Bourgogne. Ses recherches l'ont amené à extraire la quintessence de la vie : « Tourné vers les autres, j'aime toutes les formes d'écritures, et les bons vins. »

Quatre romans déjà parus, des recueils de poèmes et des articles sur les littératures francophones, jalonnent son parcours. Après une tétralogie romanesque - drolatique et noire - sur la Bretagne, il nous livre ici un nouveau roman dans lequelsuspense, humour, science et écologie se croisent.

 

Un éco-polar à déguster sans modération !

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:31

PREMIERE PARTIE

 

 

 

I

 

 

Tu ne crois pas qu’on pourrait ajouter un peu de pourpier et d’arroche hastée à notre recette ? Je la trouve un peu fade…

Peut-être Jacinthe, mais notre récolte s’épuise ! Nous n’avons pas cueilli assez de plantes l’autre fois. On va bientôt manquer de salicorne et de criste marine. Tu me feras penser à ramasser aussi du sedum âcre…

Décidément Philippine, notre petite entreprise ne connaît pas la crise !

Oh ! Très drôle ! On va encore nous traiter de « vignoleuses » ! Comme dans l’article du Télégramme l’autre jour… Tout ça parce que ces fouineurs ont su que ton mari était vigneron…

Lui et ses vignes… Bref ! Je préfère ça que « sorcières de la mer » ! Ils ne savent plus quoi inventer ces journalistes !

Tu te rends compte Jacinthe ! Ils ont même proposé à Isabella de tourner une publicité pour mettre en valeur nos recettes aux algues… Tu parles si elle a refusé… Et tu sais ce qu’elle leur a répondu ?

Non, mais je connais ma nièce. Elle n’est pas du genre à apprécier ce genre de plaisanterie…

« Vous me prenez pour une sirène ou quoi » ? Voilà ce qu’elle leur a dit à ces requins !

Bravo ! S’ils croient qu’on va se laisser faire ! Elle n’est pas bretonne pour rien, notre Isabella !

 

 

Sur la côte nord de la Bretagne, dans leur laboratoire de l’Île-Grande, les deux sœurs mettaient au point leur dernière création, une purée d’algues à la betterave maritime. Le succès ne leur était pas monté à la tête après qu’elles se soient fait connaître pour avoir révolutionné la diététique et mis en valeur les algues et les plantes maritimes du littoral breton. Natives de Beaune en Bourgogne, Jacinthe et Philippine avaient grandi au pays des vignes, sur un domaine viticole dont leurs parents furent les gardiens.

Jacinthe l’aînée, botaniste dans l’âme, épousa sans trop réfléchir un vigneron beaunois. La cadette, toute aussi passionnée par les plantes depuis l’enfance, après des études de pharmacie à Dijon, rencontra au cours de ses vacances en Bretagne un beau tailleur de pierres. Celui-ci exploitait une carrière de granit à ciel ouvert, proche de la mer. Très amoureuse de Pierrick Le Gonidec et sous le charme de cette magnifique côte de granit rose, elle décida de s’installer comme pharmacienne dans la région de Trégastel. Inséparables, les deux sœurs faisaient tout pour se retrouver, comme autrefois dans le grand domaine de vignes et de bois du château de La Clairgerie, près de Beaune.

Philippine eut trois enfants, deux garçons et une fille nommée Isabella. Jacinthe n’en eut pas, s’ennuya peu à peu sur les terres de son mari Ambroise, qui ne pensait qu’à ses vignes.

Tout en cuisinant avec sa soeur, elle renoua avec son passé - mélancolique et rêveuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:22

 

LINTELLIGENCE DU VENT

 

 

 

Madame la marquise effleure le monde de son éventail multicolore. C’est un objet qu’elle a rapporté des Antilles, à la fois précieux par l’utilité qu’elle en peut en tirer, et superficiel par sa banalité. Quoique de bois rare et de vélin huilé, parcouru de fines ciselures nacrées et rehaussé de paillettes d’or, quand la marquise déploie d’un geste saccadé son éventail, l’objet semble ennuyé, mal à l’aise dans ce monde d’oisiveté et de latences contenues.

 

Elle le caresse alors du bout de ses mignonnes phalangettes et l’éventail soupire, repliant ses ailes entre cousues de fils de soie de Chine. L’objet se met à rêver, faisant l’inventaire de ses avatars, entre deux souffles d’air, entre deux battements amoureux et transis…

 

Il était une fois, perdu au milieu des montagnes, un merveilleux nuage, né de parents inconnus, comme sont les nuages, auto engendrés par d’humides chagrins célestes. Sa forme - indescriptible - lui donnait tour à tour la forme d’une tourterelle, d’un nez de chien et autres animaux en liberté non surveillée.

Il était changeant, dans un décor turbulent, mais, assuré d’une vie éternelle - du moins le croyait-il. Nourri d’azur et d’oxygène, il observait, de sa vue plongeante, le lent mouvement de la nature qui s’ébrouait radieusement au soleil, ou secouait sa crinière luisante de pluies éparses et d’ouragans fantastiques. Quand le tonnerre faisait résonner les vertèbres de la montagne couleur d’acier, le petit nuage, déguisé en courant d’air, soupirait avec envie au milieu du firmament. Lui aussi aurait voulu parcourir le monde à la recherche d’une amie, quelle que puisse être la forme de celle-ci, son allure. Il la voulait cependant assez mûre pour ne pas l’importuner par de niaises paroles du genre : « Rentrons vite à l’abri, il va encore pleuvoir ! » Ou bien : « Cesse de courir dehors par tous les temps, je n’arrive pas à te suivre ! »

 

Ce nuage rêvait d’utopies. Or, un jour, alors que le ciel dans sa splendeur nimbée d’étoiles agonisantes, ouvrait doucement la cicatrice de l’aube, il crut entrevoir, perchée sur un fil ténu - un improbable rayon de soleil levant - celle qu’il attendait depuis sa naissance : c’était une hirondelle, ou du moins, cette sorte d’oiseau venu d’Afrique et égaré dans les strates éthérés de cette aube montagneuse.

 

- Bonjour, lui dit le nuage. Je t’attendais.

 

L’oiseau, à moins que ce ne fût un papillon marron et plutôt gros, ne comprenait pas qui pouvait lui parler à travers l’éternité de cet azur quasi figé. L’animal ailé eut beau tendre l’oreille, il ne distinguait rien, rien que de blanches nuées teintées de bleu. Lui parvinrent tout de même des bribes ressemblant à : « …jour, …dais » ce qui risquait de compliquer l’ébauche d’une improbable histoire d’amour. La forme animale essaya de répondre :

 

- Je m’appelle Azria, fille de Jelfen et j’arrive d’Afrique du Nord. J’ai franchi des montagnes, des villages où chante le raisin, des plages aux vagues muettes, et survolé des têtes d’enfants rieurs, de vieillards tristes et de parents hébétés. J’ai vu l’Histoire se mordre les paumes, le Temps se déplumer comme un vieux coq aveugle. J’ai entendu le vent du Nord heurter la bouche des humains, poursuivre comme un tyran les bergers kabyles, les bûcherons des Aurès et les petites filles décharnées, renversées au bord des fontaines. J’ai senti l’odeur de la menthe et des oliviers aux frissons d’argent. Mais toi, qui m’as sans doute parlé, je ne te distingue pas. Tu es peut-être un savant égaré, une conscience paisible dans ta montagne isolée. Mais as-tu voyagé, as-tu respiré l’odeur de la poudre et entendu couler le sang opaque des blessures ?

 

Un silence alors se fit. Le petit nuage qui avait sans doute existé le temps d’un laps, pour construire un décor, ou pour en faire partie, avait disparu dans l’aube triste, chassé- il paraît - par un vent contraire.

Alors Azria n’entendant pas de réponse, reprit son vol en direction du grand Nord, là où les hirondelles ne meurent qu’après avoir prononcé le vœu de ne plus rencontrer les nuages.

 

Madame la marquise a refermé son éventail, car un vilain frisson issu de sa rêverie l’invite dans un souffle à regagner sa chambre. L’éventail est rangé dans son étui d’ébène. Le ciel se charge de noirceur.

 

 - Il va encore pleuvoir, dit la marquise à son cher éventail, désormais à l’abri au fond de la commode.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 02:17

VOYAGINAIRES

 

 

Ou « Je ne veux plus mourir ... »

 

En hommageà L.F Céline,D. Chraïbi, M.K Eddine, et...à la femmeaimée.

 

 

Notre vie est un voyage dans une histoire qui pourrait débuter de la sorte, dès la sortie, la sortie des classes par exemple. Lui, il n’avait jamais rien dit, déçu et fatigué. Et puis voilà, un beau jour il s’est réveillé.

Envie de faire des phrases. Sortir de la mouscaille, d’une nuit noire comme un tableau. Mais comment faire avec seulement les mots ? « Au travail ! » se disait-il. Mais ça ne venait pas. A bout de nerfs, à bout de mots, le squelette de l’écriture lui riait déjà au nez. Le cadavre de l’alphabet traînait ses guêtres, usées. Pauvre pantin cravaté.

 

Sur la mauvaise pente, l’enfant glisse. Il emporte avec lui, sur ce toboggan de misère, la vérité et son cortège de silences assourdissants. De quoi perdre plusieurs fois les pédales. Jeux où l’on échoue d’avance, mais du moins, on le sait. La jeunesse de l’enfant, semeur en herbe, lui laisse des auréoles de lumière sous les paupières.

Il s’en fiche lui, de mentir pour de vrai. Alors, il s’invente une histoire, s’y invite. Pour dire que l’école est finie.

Mais comment sortir de ce théâtre ? Il n’est pas comédien. Juste un figurant muet. Mais maintenant il sait qu’il faut crier, qu’il faut hurler.

 

Balancer de la farce à la figure du monde. Revendiquer le rien pour être plein de tout. Sauter dans les flaques. Rire au zénith. Allumer des soleils dans la tête des vieilles dames lunatiques aux renards mités. Battre le pavé comme du bon pain. Dire ce qui lui plaît. Bouche décousue. Rivière de dents blanches. Arbres velus, pavés lubriques.

Lancer la mode du rien du tout, du tourbillon vide et chantant. Musiques sans paroles et paroles sans notes. Au bout du compte, le quai de la nuit.

Et l’océan mugit.

 

Blanco, le cheval échappé de la mer, s’empare du tout jeune homme. Le prend sous son aile. En route, pour trouer le cadran de l’horloge.

 

De l’autre côté de la vie, la vue est plus belle. De l’autre côté de la vue, la vie est si belle !

 

C’est Blanco qui martèle de ses sabots luisants cet inlassable chant, comme une ritournelle.

 

 

« Plus de mystère de ce côté, plus de misère en vérité.

Seul’ ma crinière est une fée,

un songe habillé en sorcière…

Mensonges.

Songe à cela, n’échappe pas

à l’essentiel tout ici-bas :

douceurs de miel,

douleurs, combats.

Une Andalousie, une arène

une parousie qui nous mène

toi contre moi, et moi pour toi. »

 

 

 

La traversée entraîne les deux compagnons - sans identité fixe - loin d’un paradis perdu qui n’a jamais existé, puisqu’il est à construire.

 

Le cheval et l’homme jeune avancent sur des grèves, évitent l’appel des coquillages, dont la chanson saoule et lancinante n’est que séduction de sirène. Eux vont - dans leurs voyaginaires - chercher ce qu’ils ne savent pas. Pour oublier l’Histoire, ils n’en édifient pas. Cavalier et monture se contentent d’un déplacement. Ils laissent, derrière et devant eux, les sables des instants nourris de vent, mourir.

Les pèlerins fourbus ferment, à chaque page tournée par la brise, les yeux des livres.

 

Enfin, ils abordent. La Délivrance est là, leur bateau de fortune. Le cheval et l’enfant de jadis s’embarquent au Levant, au levain du jour neuf. Un croûton de soleil perce avec peine la mie des nuages.

La voile vierge traverse une mer plutôt plate. Et derrière le bateau, un sillage qui voudrait s’inscrire, joue cependant à s’effacer.

 

- La route n’existe pas, dit alors le jeune homme.

 

 

- Le mouvement seul la crée, lui répond le cheval.

 

Et toutes les mouettes du ciel se mettent à crier et à braire, tels des ânes au printemps.

 

Maintenant, ils savaient. Les deux amis allaient la chercher ; celle qui leur « apparaissait commeune déesse bienveillante, car elle composaitavec les éléments,elle était les éléments et tout ce qui les embellissait aux yeux des hommes ; mais cétait au printemps, lorsqueles torrents frangésdécume bruneet duvetés de tamaris vertsroulaient un tam-tamde galets assourdis,quelle sépanouissait et devenait aussiaérienne quune antilope. Elle se confondaitavec la renaissancede la nature ».

 

Ils allaient chercher la femme, grâce ailée en liberté. Blanco avait vieilli, l’homme était jeune et fort.

 

De toute sa science, et de sa patience, la femme les attendait.

 

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