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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 15:08

HYMNE AU VER DE TERRE in « mémoires d’encre… »

 

 

 

 

Le successeur de l’abeille à longues antennes est connu depuis hier. Le Lumbricus terristris a été élu «Animal de l’année 2011» par Pro Natura. Cette espèce de vers de terre, la plus commune de Suisse, se voit récompensée pour le rôle capital qu’elle joue sur la vitalité des terres. Les lombrics qui se résument à un tube digestif, produisent jusqu’à 100 tonnes d’humus par hectare et par année. Une masse d’engrais cruciale pour les sols.

 

Sous l’eau, c’est la truite de lac qui est sacrée «Poisson de l’année 2011», par la Fédération Suisse de pêche (FSP). Ce salmonidé, qui par ailleurs doit être friand de lombrics, remonte les rivières pour frayer. Mais les obstacles infranchissables qu’il rencontre le long des cours d’eaux mettent en péril l'espèce. «Nous avons choisi cette truite, car elle illustre parfaitement la problématique de la renaturalisation des rivières», précise Roland Seiler de la FSP.

 

Chez les oiseaux, le lauréat ne sera pas connu avant la fin du mois. «Mais il s’agira d’une espèce forestière, en raison de l’année internationale de la forêt», promet l’Aspo/Birdlife Suisse.

 

L’ONU couve, elle, un autre volatile en décrétant 2011 «Année de la chauve-souris». Elle veut ainsi attirer l’attention sur les 1100 espèces de chiroptères, dont la moitié sont menacées. Ces petits mammifères volants aident au maintien de l'équilibre des forêts de la planète.

 

 

Description : Description : http://lh6.googleusercontent.com/_yyDnJlW7HeI/TKp0ykLx83I/AAAAAAAAFDw/PlQJVe4n8q0/photo.jpg

 

 

 

 

 

 

Ce livre est dédié à Armand Robin

 

 

Né à Plouguernevel en 1912 dans une famille de cultivateurs bretons, enfant surdoué, Armand Robin fut poète, critique et traducteur en vingt-deux langues. Attiré par le communisme, mais déçu aussitôt, il dénonce le stalinisme et adhère à la Fédération anarchiste. Arrêté pour désordres sur la voir publique, Armand Robin, esprit libre, réfractaire, connut une mort suspecte en 1961 dans les mains de la police française.

 

 

 

 

 

 

L’intelligence a été donnée à l’homme pour lui permettre de dresser le constat de "l’éternelle imposture" sur laquelle repose la marche du monde ; une fois cette prise de conscience effectuée, la vie se révèle belle et joyeuse. Il s’agira alors de ne viser que son accomplissement, dégagé le plus possible des contraintes exercées par le Léviathan social.

 

 

"Je ne peux pas supporter l’idée qu’un homme puisse en dominer un autre, surtout pour une question d’argent." ; "Les nouilles ne nourissent pas aussi bien qu’on le prétend chez les mangeurs de canard." ; "Si vous essayez depersuader un chat ou un chien que Dieu existe, il ne vous écoute pas..." ; "Je suis un ennemi de l’autorité." Des centaines d’aphorismes et de citations de celui que René Fallet définissait comme "un poète qui descend dans la rue comme une émeute."

 

Dans les discours du catastrophisme scientifique, on perçoit distinctement une même délectation à nous détailler les contraintes implacables qui pèsent désormais sur notre survie. Les techniciens de l’administration des choses se bousculent pour annoncer triomphalement la mauvaise nouvelle, celle qui rend enfin oiseuse toute dispute sur le gouvernement des hommes. Le catastrophisme d’État n’est très ouvertement qu’une inlassable propagande pour la survie planifiée - c’est à dire pour une version plus autoritairement administrée de ce qui existe. Ses experts n’ont au fond, après tant de bilan chiffrés et de calculs d’échéance, qu’une seule chose à dire : c’est que l’immensité des enjeux (des "défis") et l’urgence des mesures à prendre frappent d’inanité l’idée qu’on pourrait ne serait-ce qu’alléger le poids des contraintes sociales, devenues si naturelles".

 

Confrontant la réflexion politique et écologique à des valeurs, et redonnant à la sensibilité et à l’humour une place qu’ils n’auraient pas dû perdre, ce livre ne propose pas de théorie toute faite pour assurer la survie de l’espèce. Mais, à travers ses chapitres brefs et pénétrants, qui sont autant d’analyses de la réalité concrète dans laquelle nous vivons, il nous invite à reprendre à notre compte et à poursuivre l’interrogation. Et nous suggère que, pour remettre sur ses pieds un monde qui marche sur la tête, c’est en chacun de nous que doit s’opérer le rétablissement.

La décroissance n’est pas la croissance négative. Il convient de parler d’« a-croissance », comme on parle d’athéisme. C’est l’abandon d’une foi ou d’une religion, celle de l’économie, progrès et développement. S’il est admis que la poursuite indéfinie de la croissance est incompatible avec une planète finie, les conséquences (consommer moins) sont loin d’être acceptées. Il est encore temps de changer de trajectoire et d’imaginer un système reposant sur une autre logique : une société de décroissance.

 

 

Après l’extermination de la mégafaune par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, la socialisation de la nature se caractérise, avec l’apparition de l’agriculture et d’une société de classes, par la concurrence pour le surplus de production. Une logique à l’œuvre notamment dans les grandes civilisations englouties : Sumer, Rome, Mayas, etc. Mais les sociétés industrielles modernes se distinguent par leur compétence sans précédent à dominer la nature, avec une capacité unique dans l’histoire : détruire les écosystèmes à l’échelle planétaire. Pourtant, l’idéologie dominante, fondée sur le culte de la croissance, persiste à nier que notre organisation sociale engendre ces comportements mortifères. Un renversement des valeurs et une modification de la relation des humains entre eux sont aujourd’hui indispensables à la survie des espèces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préface

 

 LIEUX MYTHIQUES ET  CRÉATION LITTÉRAIRE

Il est des lieux qui gagnent leur dimension mythique lorsque la  littérature s’en saisit pour explorer leur mémoire, leur donner une personnalité et produire des discours qui les rendent éternellement présents, nous parlent toujours.

Des terres anciennes, des sites archéologiques, le désert de sable ou ses massifs sculptés, les rivages, les terroirs, ont nourri bien des récits de diverses factures, fictionnelle, historique, philosophique, autobiographique…Pour ne citer qu’un exemple parmi une multitude, on ne peut ignorer à quel point les déserts ont investi les imaginaires des romanciers ? Le désert, comme référent et métaphore, prétexte à la réflexion mystique de la quête du Sens. Autre territoire, les chants camusiens pour Tipasa célèbrent les « noces du soleil et de la mer », celles de l’homme et de la nature.

 

Description : C:\Documents and Settings\Administrateur\Bureau\ruines.JPG

Cette poésie du bonheur se vit plus intensément encore lorsque l’on creuse, fouille, enquête sur ce formidable patrimoine terrestre qui affleure, sur cette Terra incognita qui nous porte tous, nous frêles humains, soumis à tous les vents.

Quelle relation s’établit alors entre un lieu géographique avec ce qui l’anime et la création littéraire ? Comment cette dernière, à travers des contextes socio-historiques et esthétiques et à partir d’une posture particulière, celle d’un écrivain avec sa propre mythologie, métamorphose la perception des lieux, leur donne du sens ou le renouvelle, l’inscrit dans un patrimoine culturel, personnel ou collectif, voire universel ?

Quelle cartographie vivante des lieux mythiques peut nous offrir la littérature d’ici et d’ailleurs?

Ce roman tente de répondre à toutes ces questions, et de les illustrer par un récit à la fois historique et esthétique. Par cet éternel attelage - tiré par les chevaux de l’écriture - du poétique et du politique, labourons la mémoire des temps & des lieux.

Ce livre se veut le berceau qui vous accueille, vous lectrice ou lecteur, pour vous faire grandir, tout en vous questionnant.

Puisse cette œuvre modeste être à la bonne hauteur : humaine, tout simplement !

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 15:06

Toute honte bue

 

 

I

 

 

Il vient de prendre l’air à la fenêtre. La refermant, il ne le rendra plus.

 

Malade, tendu, presque asphyxié. Recroquevillé tel un escargot apathique dans sa coquille. Jonas a le blues. En termes plus prosaïques, la GDB. Une solide, lourde, énorme et pesante gueule de bois, comme un fer à repasser au fond de l’estomac. Qui lui joue des tours. Pas celles de Manhattan, non. Un tour de vache, vache qui rumine avec douleur, inexorablement. Un tour à effet de serre, de haut en bas. De bas en haut. Eructations, rots chargés de gaz. Fuites intempestives, par les deux bouts.

 

L’explosion avait eu lieu en pleine nuit, alors qu’il dormait profondément.

La déflagration, subite, incontrôlable, avait laissé s’épandre dans les draps blancs une large coulée verte. Fuyante. Digne d’une toile de maître en colère. Fusion et confusion confondues. Dans un même élan.

 

Bref, la cata. Jonas en avait sursauté. De douleur bien sûr, mais aussi de surprise. Puis ce fut la remontée acide. Lente. Grimaces de douleur, yeux pincés, paupières étrécies. Des larmes brouillaient sa vision cauchemardesque. Tandis que la fuite par le bas réchauffait ses maigres cuisses poissées de merde, Jonas se mit à dégueuler : tripe et vinasse. D’abord en un seul jet, violent, continu. Puis, après l’effet de surprise, un deuxième rot, suivi d’une régurgitation en bonne et due forme : page deux. Etalée sur plusieurs colonnes, draps souillés et menton baignant dans la soupe. Horreur ! Quoique toute relative, quand il s’agit d’un homme aussi expressif. Presque une forme d’art, une création expresse. Expressément réussie !

 

Jonas, englué des deux bouts, a juste le temps de bondir du lit. Le mauvais choix. Son pyjama trempé du bas, le torse recouvert de chyle et de glaire, l’homme affolé court à sa perte. L’étrange liquide visqueux est descendu le long de ses chevilles, devenues glissantes. Puis, c’est au tour de ses pieds. A peine posés au sol, gluants de chiasse, ils dérapent sur la descente de lit en synthétique mauve. Glissade assurée. Chute conséquente. Envol réussi.

Jonas s’affale, tout son poids concentré sur son unique coccyx. Qui éclate. Comme une coque de noix. Esquilles d’os plantées dans le cul. Fesses lacérées. Bouillie de merde mêlée. Rupture.

 

L’homme à terre hurle. Oublie son nom, sa patrie, sa maman. Jonas va crever. Dans un ultime effort, il se jette contre la fenêtre, arcbouté. Un ressort n’aurait pas fait mieux. Les deux mains sur la poignée de métal, Jonas ouvre la croisée, puis se penche, au-dessus du vide. Cherche son souffle. Le dernier, croit-il. Mais il n’en est pas au bout de ses peines. Une femme en bas le regarde. Elle vient de lever la tête, surprise. Un homme est là, penché, cachant le soleil naissant de son buste.

 

Elle se déchausse le cou pour mieux voir. On dirait qu’il va tomber. Non. Dans un bruit de cataracte, Jonas dégueule encore. Jets sonores, spasmes électriques. D’un bond, la passante esquive. Réflexes affûtés. Elle est à jeun, elle. Une flaque aux reliefs indéterminés souille à peine les pieds de la dame. Dégoûtée, elle s’éloigne, épaules contrariées, dans un silence de cathédrale. Puis elle croit entendre, mais elle est déjà loin, une fenêtre qui se referme.

 

Jonas souffre mille morts. N’en peut plus et ne peut s’asseoir. Ses jambes flageolent. Il va crever là. Non pas comme une merde qu’il est déjà, mais comment dire… Tel un déchet, un encombrant. Pas mal, pour « un insignifiant, une loque », comme il se plaît à le dire. Dans son entourage. Pour se faire plaindre.

 

Doucement, la sueur descend sur ses tempes. Crâne luisant, rides accentuées, corps vibrant, Jonas se rencogne près du placard en Formica. Gluant, humide, trempé de merde et suffocant, il désespère. « T’avais cas pas boire autant… », qu’elle lui répétait, la mère. Morte depuis un an, rayée des listes. D’ailleurs, ça lui a servi à quoi, de l’engueuler comme ça, le Jonas ? L’y est pour rien, le fils, si son père lui a transmis le flambeau. Passé la torche ! Une sacrée torchée, oui ! Le patrimoine, ça se respecte : la preuve. Tel père, tel fils. « On va pas faire mentir les proverbes, tout de même. Foi de Jonas ! »

 

En parlant de foie, c’est une sacrée réussite. Il a tout bon le Jonas. Reçu dix sur dix à ses examens : ulcère gastrique, ulcère duodénal, hernie hiatale, gastrite, hyperacidité, surcharge pondérale mises à part ses cuisses fluettes, péritoine en folie, proche de la perforation. Les médecins se sont penchés sur son cas. Un mystère pour la science. A côté des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, une paille.

 

-         Le symptôme cardinal de l’ulcère d’estomac recouvre des douleurs de type brûlures ou crampes. Vous avez mal quelque part, jeune homme ?

-         Non, pourquoi vous me demandez ça ?

-         Et bien, d’après votre radio du colon, du foie et de l’estomac, on distingue une triple conjonction d’Uranus dans le carré de la…

-         Vous êtes toubib ou astrologue ? Qu’il lui répond le Jonas, du tac au tac. J’vous en foutrai moi, des radios ! J’ai jamais été malade, et c’est pas à 22 ans, que je vais commencer à passer des examens ! J’ai assez de mon diplôme de CAP.

-         …. ?!

-         Et c’est pas en faisant peur au populo, qu’on va croire et voter pour vous, en plus ! répondit le patient impatient, atrabilaire et énervé qu’est Jonas.

 

Comme deux ronds de flan, qu’il est resté le toubib des armées ! Scié ! Laminé ! Rétamé !

« Non, mais c’est pas vrai ! J’bois mes douze Ricard par jour, trois litres de vin blanc, et ça vient vous faire la morale ? Non, mais je rêve ! J’men vas écrire à Hippocrate, moi ! J’vous en fais le serment ! »

 

 

 

 

Deux semaines plus tard, Jonas reposait au cimetière de Larengeville, petite commune de province.

Sa lettre resta sans réponse.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         II

 

L’air était doux, sec et joyeux. Un vol de coccinelles tournoyait par bonds saccadés autour d’un bouquet de jonquilles. Les fleurs, sur la tombe de granit poli, moucheté d’éclats roses et noirs tel un pâté de tête, lançaient vers le soleil des éclats jaunes. Tendus vers le ciel bleu, les calices s’ouvraient. Seul le silence semblait habiter les lieux. Mais bien en dessous, sous la pierre et la terre, fourmillaient des armées d’insectes et de corps en décomposition. Miracle de la vie, couches sédimentaires, le visible et l’invisible s’y côtoyaient.

 

 

 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 14:49

GAZA

(Lumière pour les oubliés )

Ernest Pépin/Amadou Lamine Sall/Yann Venner

 

I

Souvent dans mon enfance

Et encore aujourd'hui j'ai entendu dire

 Que les poèmes ne servent à rien

Que les fusils sont plus forts que les mots

Mais c'est la guerre qu'il faut tuer

Les mots de la paix sont innocents et faibles

Ils ne portent pas des blessés dans les bras

Ils n'enterrent pas des cadavres

Ils ne vocifèrent pas aux frontières

Ils vont graines lentes aimées de l'étincelle

Tortues lourdes de la carapace du ciel

Oiseaux indispensables à l'amour

Chaque jour cheminant chaque nuit travaillant

Pour que meure la guerre des hommes contre les hommes

La terre n'est qu'un prétexte où s'enflamment leurs yeux

Les religions allument des bûchers

Et les mains qui s'éteignent de rencontrer la mort

N'ont jamais dit bonjour à l'ennemi des bonjours

Les mots de la paix semblent des mots de lâches

On les rencontre souvent dans les yeux des cadavres

Sous les toits effondrés par tout le poids du sang

Dans les drapeaux où s'enroulent les cercueils

Ils répètent c'est la guerre qu'il faut tuer

La guerre toute la guerre

La guerre de celui qui brandit ses raisons

La guerre de celui qui a honte de ses torts

La guerre qui brûle les poèmes sans défense

La guerre qui tord les mots

Qui écrase les fleurs

Qui coupe le cou du soleil

Et qui fait du jour une fumée sans nom

Les mots de la paix ont crié au secours

Ils suivent les fantômes des peuples massacrés

Ils dénoncent ils protestent

Ils signent des pétitions qui sont des boulets d'encre

Ils demandent pardon à la mère à la sœur

A l'épouse qui se noie dans ses cheveux de veuve

Au vieillard prostré dans un jardin d'horreurs

A l'enfant dont l'enfance joue avec des assassins

II

 

Je demande pitié pour les femmes ! Pour ces corps fracassés, brûlés, assassinés que l'on retrouve un soir ou un matin au carrefour de la haine.

Je demande pitié pour ces amours violentes qui attentent à la vie comme s'il s'agissait d'une truie qu'on abat.

Je demande pitié à ces hommes égarés qui confondent la femme et la propriété.

Je demande pitié pour tous ces désamours qui déchirent l'amour comme une feuille de papier.

Je demande pitié pour les femmes qui veulent leur liberté et que l'on emprisonne dans la mort.

Je demande pitié pour ces mères qui n'enfantent que la mort pour cause de désaccord.

Je demande pitié pour la vie, pour le droit à la vie, pour le respect de la vie.

Je demande pitié pour celles qui ont trébuché, qui ont menti ou qui tout simplement veulent changer de destin.

Je demande pitié pour ces sœurs auxquelles on ôte

la chance de vivre en sœur des hommes.

Je demande pitié pour les femmes qui ne sont pas des saintes

et qu'on jette au bûcher comme des sorcières infâmes.

Je demande pitié pour les femmes qui veulent dire adieu ou simplement au revoir et dont on tranche les liens à coups de couteau, de pierre ou de fusil.

Je demande pitié pour que les hommes dominent en eux l'instinct bestial

de la colère, l'instinct tueur, le réflexe meurtrier, la pulsion assassine.

Je demande pitié pour que les hommes et les femmes retrouvent dans ce pays l'honneur et le respect de se donner la main par-delà les douleurs,

les malentendus, les jalousies et les divorces.

Je demande pitié car en tuant une femme, coupable réelle ou imaginaire,

c'est la dignité de l'homme qu'on assassine.

Je demande pitié car une société se mesure à la façon dont elle traite les femmes.

Je demande pitié pour que cesse le désastre des orphelins,

des familles endeuillées, des parents éplorés, des cimetières

honteux d'accueillir des martyrs.

La pire des défaites pour une société c'est de se saborder en crimes passionnels, crapuleux, fous et désespérés.

Je demande pitié pour les femmes car je me souviens que toute femme

est la mère de la vie.

 

III

Ils disent et prédisent des avalanches d'épées sur la ville

ils disent et prédisent des charrettes de feu sur la ville

mais ce pays n'habite ni le ventre des volcans

ni la revanche des fous amputés à vif

pourtant à force de nudités à force de cris la grâce meurt un soir…

alors pour que l'orage ne révèle pas nos iguanes

avant que des termitières ne naissent des reptiles aux yeux de sang gelé

avant que la mer ne se refuse à la mer

que le jour ne s'illumine de bougies

avant que la nuit n'ait besoin de nageoires pour regagner l'aube

pour que toute houle soit effeuillée de toute marée opulente

que tout cyclone sommeille à hauteur des pagaies

et que les oiseaux restent dressés dans la liberté des vents

avant que les routes du ciel ne soient ensevelies

pour que la mosquée repose le poids de nos épaules

et que l'église soit le havre de l'offrande

je voudrais vous dire à vous ma jeunesse de soleil et de bras abondants

à vous autres que l'âge a servi dont les années ont mûri l'âme

à vous qui avez bu toute la mémoire des lanternes

et éclairé tous les boulevards de nos doutes

à vous dont la montagne a nourri les pas

et la montagne voit plus loin que le guide

à vous à qui l'arbre a prêté son ombre et l'ombre le tronc de l'arbre

vous à qui nous souhaitons les routes du jour clair

je voudrais vous dire hors des routes du mauvais sang

des nids dorés du pouvoir  aux marées de passions

je voudrais vous dire au nom de mon pays tant aimé et de ses lettres d'or

au nom des archives pourpres et glorieuses

au nom des mémoires en fleurs de miel

vous dire au nom de notre commune espérance têtue

vous dire à vous qui avez foré tant d'horizons

permis tant de jours de mil tant de jours de riz

( mais les corbeaux arrivent dans la cuisson inachevée des étoiles

les maîtres du temple ont fêlé des rêves retardé des aurores

éteint le scintillement des roses raréfié le pain et le sel

déchiffré seuls d'intouchables signes

car c'est ainsi souvent la marche des gardiens quand Dieu dort

et qu'ils jouent à prendre Sa place)

vous dire à tous vous dire avant l'ultime sirène

que de l'est les lions s'apprêtent à gravir la montagne

que l'innombrable horde dans la vallée a dénombré chaque pierre

qui fait la montagne et que toute la horde rugit face à la montagne

vous dire avant que les crinières ne se hérissent que les colères ne fermentent

à vous tous qui avez fait le choix du cercle de feu

vous dire : surprenez-nous donc

surprenez-nous à rebours des cris de tant d'oiseaux affamés

à rebours de tant de radios qui ouvrent tant de coffres scellés

de tant de journaux qui vendent crachats et roses

de tant de juges sur les routes cabossées des insomnies

de tant de faux saints dans l'impureté de leur lumière

et tout le reste qui ne porte pas un seul linge blanc…

Rien n'est pourtant fini si on sait parler à la paille avant le feu…

Vous dire que l'histoire n'a pas séché son encre

reste seulement à savoir quelle page ajouter aux livres des vivants quelle page retrancher de l'oreiller des morts

quelle page espérer demain des chants des poètes

quand sur bien des tombes auront fleuri champs de piments

et que nos fils nous auront devancés dans la bouche des juges…

 

Mes respects et mes vœux à vous tous

ceux qui ont prié et ceux qui sont las de prier

ceux qui ont mangé et ceux qui rusent d'avoir mangé

pour ne pas déshabiller leur dignité

ceux qui lisent les écriteaux des banques

et qui remplissent leurs poches de billets imaginaires

ceux qui croient que la terre est ronde que leur chance arrive

ceux qui ont juré de ne plus voter ni pour des hyènes ni pour des gazelles

ceux qui ne peuvent plus dormir avec leur corps la nuit

avec leur conscience le jour

ceux qui se réveillent dans leur pays et qui se demandent

comment s'appelait-il donc ce pays

ceux qui prennent la vie comme elle vient

tel l'arbre qui attend sa saison pour fleurir

car le poète a dit que l'arbre donne ses fruits

ceux dont la bouche aiguise des couteaux

dont les yeux fouillent le satin des coffres

ceux qui rient et qui n'ont même plus de dents

ceux qui dansent et chantent même quand le temps est pourri

ceux qui ont choisi d'attendre tout de la vie

ceux qui ont choisi d'attendre tout de la mort

ceux qui n'attendent rien ni de l'un ni de l'autre

ceux qui sont pauvres mais dignes ceux qui sont riches mais provisoires

à vous tous femmes et hommes de ma prophétie

enfants de mon arc-en-ciel

puissions-nous tous ensemble porter ample le mot Poésie

main à main cœur à cœur pardon contre pardon

et le servir de la terre au ciel le front haut  dans la lumière

 humble lumière pour les oubliés

.

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 19:00

 

CHAPITRE CINQ

 

Le grand débat

 

Certains parlèrent d’une invasion comparable à celle des Huns autrefois. On annonçait tout à la fois dans un délire des plus comiques : le retour des Barbares, des grandes migrations ; on évoquait Attila ainsi que les cavaliers de l’Islam juchés sur leurs petits chevaux arabes. Le péril jaune tant annoncé était enfin là… Seule la jeunesse respira. On n’allait plus parler du péril jeune, du moins pendant quelque temps.

La Chine débarquait dans un vol cataclysmique avec ses armées de coléoptères. Difficile à reconnaître pour un non initié la coocinelle asiatique, surnommée aussi« multicolored asian ladybird », présentait de nombreuses variétés. La coccinelle locale à deux points, à quatre points, à dix points, l’Adalia bi-punctata, l’harmonia 4-punctata, l’Adalia 10-punctata et la coccinelle à sept points craignirent pour leur vie. Soit elles se faisaient dévorer par la coccinelle asiatique, plus grande par la taille, plus invasive et plus vorace, soit elles mouraient écrasées entre les mains des humains, voire brûlées vives ou congelées. Des coccinelles, dont c’était une des spécialités de faire le mort pour échapper à leur prédateurs, n’osèrent plus remuer une antenne.

 

Un observateur averti aurait pris le temps de vérifier la couleur des six pattes, plutôt brunes et rarement noires chez la coccinelle asiatique. Un autre aurait mesuré les corps bombés : moins de cinq millimètres, elles étaient bien européennes, sauvées ! Et dire que ces belles étrangères travaillaient mieux que les nôtres, étaient plus efficaces et moins coûteuses… Imaginez que notre coccinelle à deux points est vendue plus chère dans les jardineries, qu’elle est moins féconde, mange moins de pucerons… Le choix est vite fait ! On choisit l’asiatique, gourmande, courageuse, prolifique, guerrière et ravageuse. Pourquoi s’encombrer de mauvaises employées plus fragiles, qui se laissent dévorer par leurs partenaires devenues leurs ennemies ?

 

Extrêmement vorace et polyphage, la coccinelle asiatique adulte se permet de passer l’hiver dans nos maisons puis, au printemps, à l’instar des bêtes à bon dieu européennes, l’accouplement a lieu. La femelle dépose une trentaine d’œufs par petits groupes sur des feuilles déjà envahies de pucerons. Une semaine écoulée et voilà les œufs qui deviennent larves molles, déjà affamées. Puis après plusieurs jours passés à dévorer tendres pucerons et cochenilles, c’est la nymphose. La nymphe reste quasi immobile et fixée au feuillage. Encore quelques levers de soleil, le nouvel adulte émerge, et le cycle recommence. Deux générations peuvent ainsi se côtoyer dans une même année.

 

On discuta donc de la notion d’espèce utile ou nuisible. Un débat télévisé entre deux sommités eut lieu. L’entomologiste bien connu Jacques Fabre ( à ne pas confondre avec Vabre, celui aux grains de café bombés comme des coccinelles ) et le juriste éco-responsable, délégué auprès du Ministère de la Santé. Ce dernier mit la charrue avant les bœufs, conclut derechef, voulant de suite capter l’auditoire, sans prendre le soin d’argumenter.

 

  • La coccinelle asiatique est absolument nuisible ! Il faut que nos téléspectateurs le sachent !

 

Son interlocuteur, calme, élégant, croisa les mains devant son visage et avec douceur, répondit.

 

  • Aujourd’hui, cette notion « d’utile et de nuisible » est devenue obsolète cher confrère ! Toute espèce, même la « multicolored asian ladybird » a sa place et joue un rôle qui participe à l’équilibre subtil de nos écosystèmes. Moi, je parlerai de ravageurs pour les espèces qui sont susceptibles de provoquer une perte économique pour l’homme, et d’auxiliaires pour les espèces utilisées par l’homme pour lutter contre les ravageurs. Vous me suivez, n’est-ce pas ?

 

Vexé d’être pris pour un pseudo-scientifique has been, le délégué écarlate et rouge coccinelle s’énerva. Il aurait bien traité son collègue de « ravagé » mais préféra le dire autrement.

 

  • Vos ravageurs sont une catastrophe considérable ! Et quant à vos auxiliaires, je n’ai pas de leçon de conjugaison à recevoir de vous ! Ni de grammaire d’ailleurs !

 

Ignorant l’ignorant, le brillant entomologiste poursuivit.

 

  • La coccinelle asiatique entre non seulement en compétition pour la nourriture et l’espace avec les coccinelles prédatrices indigènes mais, en plus, elle est capable de se nourrir directement de leurs larves, se comportant ainsi en prédateur intraguilde. Vous n’êtes pas sans savoir cher confrère qu’une guilde est un ensemble d’espèces utilisant les mêmes ressources telle notre Harmonia axyridis. Les membres d’une même guilde sont donc en compétition pour la ressource pucerons. L’acte de prédation sur un membre de sa propre guilde présente un avantage direct : gain énergétique sous forme de nourriture et un avantage indirect : élimination d’un compétiteur. Le fait que la coccinelle asiatique soit un prédateur intraguilde très efficace rend donc cette espèce invasive particulièrement dangereuse pour les populations de coccinelles indigènes.

 

Le délégué à la Santé, remis de ses émotions et pour faire bonne figure, se reprit, après avoir choisi de faire le mort - phénomène appelé thanatose chez la coccinelle quand elle veut échapper à un dangereux prédateur.

 

  • Il faut sauver nos coccinelles indigènes, cela ne fait aucun doute ! Mettons en place un système législatif qui permette d’exercer un contrôle et d’évaluer l’impact des agents utilisés en lutte biologique.

  • Nous sommes d’accord sur ce point cher ami. N’oubliez pas que l’affaire est grave. J’attends que votre Ministre de tutelle prenne les mesures qui s’imposent…

 

Suivit un documentaire insipide sur la vie des coccinelles loin d’exciter par leurs phéromones le moindre spectateur qui préféra zapper, sautant ainsi qu’une sauterelle ou une puce du coq à l’âne – se croyant libre de ses chaînes…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 20:37

 

CHAPITRE TROIS

 

« Miracle d'aimer ce qui meurt. »

 

 

Le vin blanc que je produisais était délicieux et n’avait heureusement pas le goût bizarre apporté par l’apport de coccinelles mélangées aux raisins dans les pressoirs. Ces bestioles sévissaient dans pas mal de vignobles alentours depuis quelque temps. Imaginez en plus les grains de raisins envahis par les déjections de ces bêtes du Diable !

«  Encore un coup des écologistes, pensai-je. Ils ont introduit cet insecte sans réfléchir aux conséquences ! En imposant leurs propres méthodes, ils viennent contrarier une viticulture raisonnée, que beaucoup de vignerons appliquent. »

 

Mon nouveau vignoble d’une douzaine d’ouvrées - à peine plus d’un demi-hectare, était planté pour moitié de chardonnay et pour l’autre d’aligoté. Je l’avais acheté récemment puisqu’il était à vendre et surtout contigu au Château de La Clairgerie, le grand domaine viticole de mes ancêtres. L'attirance pour le bon vin, pour tout ce qui concernait les travaux de la vigne avait fini par l'emporter à la fin de mon adolescence et depuis vingt cinq ans j’avais repris le domaine familial.

Viticulteur ne s’improvisait pas, mais j’avais vu Ambroise Durelier, mon si mal nommé « beau-père », à l’œuvre. Enfant et adolescent, j’avais essayé de l’aider chaque année aux travaux de la vigne, mais il me repoussait toujours, jaloux de mes nobles origines. Paix à son âme.

J’aidais donc chez les autres et sur mon propre domaine. Je suivis des cours au lycée viticole de Beaune, m'attelais aux travaux de la terre et retrouvais peu à peu les gestes de mes pères. En quelques années, je repris tout le domaine en main et aidé de mon fidèle maître de chais, Louis Franck, nous hissâmes les vins du Château de La Clairgerie au sommet de leur gloire. Ma tante Jacinthe, « maman Jacinthe » comme je l'appelais étant gamin - qui m’avait élevé à la mort de mes parents - m’avait donné, outre une culture littéraire, le goût du cinéma. Je devins – outre producteur de vins de Bourgogne, à force de volonté et grâce aussi à une certaine aisance matérielle, producteur de films. Je rencontrais alors la femme de ma vie. La grande actrice Isabella Elgé. Nous vécûmes un amour inouï, sa mort nous sépara

 

 

Aujourd’hui, sa dépouille reposait en terre bretonne… Isabella avait été assassinée et depuis plusieurs mois, je n’étais plus qu’une ombre.

 

La bouteille d’aligoté était à moitié vide. Une autre coccinelle grimpa le long de mon bras et je la laissai faire. Plus le courage de lutter, plus envie de me battre contre des moulins. J’entrai alors dans la maison aux volets clos et allai m’allonger sur mon lit défait. D'autres insectes étaient entrés dans la chambre par la fenêtre entrouverte. Ils voletaient en désordre se cognant aux murs dans un vol hémisphérique. Autant de bêtes en un même lieu était plus qu’intriguant. Ma curiosité l’emporta sur ma lourde tristesse. Me revint alors en mémoire une partie de mes cours de sciences à propos des prédateurs et de leurs victimes.

 

La chaîne alimentaire est le processus qui fait qu'un animal est la nourriture d'un autre, et que cet autre animal sert à son tour de nourriture pour d'autres espèces et ainsi de suite. Par exemple, le puceron est mangé par la coccinelle qui est attrapée par l'araignée qui est la nourriture d'un oiseau qui devient la proie d'un renard... C'est la loi du plus fort qui mange le plus faible.

 

Ainsi donc, ces coccinelles asiatiques, voraces et déboussolées allaient devenir un fléau pour nombre de vignerons. Et pour d’autres professions vivant de l’agriculture… Elles avaient pris le pouvoir en déséquilibrant peu à peu la chaîne alimentaire. On connaissait les invasions de criquets sur toute la planète depuis des siècles, des pluies de crapauds, des armées de doryphores dévorant les pommes de terre… La nature perdait les pédales et mettait bien du temps à effacer ces calamités qui pouvaient affamer l’homme en lui ôtant une grande partie de sa nourriture. D’autant plus que les oiseaux si friands de coccinelles ne pouvaient à eux seuls en dévorer des millions. Le rapport des forces en présence était trop déséquilibré. Les victimes virtuelles n’avaient plus assez de prédateurs et l’homme devait à son tour intervenir, trouver des solutions à court terme tout en pensant à l’avenir.

Le désordre s’était installé. Qui allait avoir l’intelligence et l’audace de le juguler ?

 

Puis le sommeil me prit et assommé par mes trois verres de vin blanc, je m’endormis ; façon peu glorieuse de ne pas affronter la réalité en face. J’entendis du fond de sa tombe, à travers la voix d'une poétesse inconnue, Isabella m’appeler, me tendre ses bras. Magie du rêve, miracle d’aimer ce qui meurt.


« Tu me caresses. Et je deviens terre inconnue à moi-même dont tu découvres minutieusement le relief ; terre étrangère à la physionomie insoupçonnée, courbes dont nul n’a su les détours que j’apprends avec toi. Nuque, épaule, sein, taille, hanche, cuisse, tu me déroules, tu déroules ce paysage sinueux, cette harmonie de versants, de collines, de bassins, de sillons – et ces plages offerts à ma paresse comme un loisir indéfini, épaule, sein, cuisse…Tu déploies mon corps en un lumineux labyrinthe, tu ouvres en lui de moelleuses perspectives dont je perçois, comme à distance, l’insolite. Face ignorée, tu me dévoiles.

Ou peut-être m’inventes-tu ? Je suis un vœu que tu prononces, que formulent tes doigts.

Future sous ta main, j’attends de devoir naître. J’attends que tu me donnes forme entre toutes les formes créées, forme de femme unique entre toutes les femmes.»

Voilà ce qu'entendait Antoine dans les paroles récitées d'Isabella. Il se jura de recopier ces vers et d'en trouver l'auteur.

CHAPITRE QUATRE

 

Etat d'alerte.

 

La pharmacienne du village voisin reçut la visite de plusieurs clients qui vinrent se plaindre de morsures d’insectes, « des coccinelles à ce qu’il paraît ! »

Rien de bien méchant, mais elle décida d’alerter les services vétérinaires du département. Et de rédiger – par déontologie - une note d’observation, comme c’est l’usage. D’autant plus qu’en se renseignant auprès de quelques collègues pharmaciens des environs, on en arrivait à la même conclusion. Le petit insecte réputé jusqu’alors pour son côté esthétique, utile comme prédateur des pucerons et charmeur par sa façon d’attirer les enfants, était devenu en quelques jours un ennemi. Sa prolifération devenait un problème qu’il fallait solutionner au plus vite.

Les maires, les services sanitaires et sociaux décidèrent avec l’appui du préfet de coordonner un plan d’éradication de ce prédateur asiatique qui avait largement prouvé en quelques mois sa nuisance. On réunit les services vétérinaires, les responsables des maladies à risque afin de trouver une solution commune, efficace et bien ciblée. Enrayer le mal par des méthodes douces si possibles sans avoir recours à une violence aveugle.

Défenseurs et ennemis de la coccinelle s’affrontèrent en de houleux et douloureux débats. Ce qui prouvait que l’action concertée avait des chances de déboucher sur un projet commun et raisonné, but normal d’un débat démocratique et qui avait lieu d’être.

La réunion publique avait été décidée par le maire et chacun avait pu apporter sa modeste contribution. D’autant plus que les Nations Unies avaient proclamé en 2010 une année internationale de la biodiversité afin d’alerter l’opinion publique sur la disparition des espèces.

C’est alors que les ennuis commencèrent à gangréner la région.

 

On ressortit les vieilles rancœurs, chacun avait à régler qui un problème de voisinage, qui un règlement privé au sein de familles séparées par de sombres histoires. L’occasion était trop belle de se réuni derrière le drapeau de la lutte contre les coccinelles et de les renvoyer ailleurs, dans leurs pays d’origine. En attendant, on en massacra des colonies entières, mettant même les enfants à contribution. On les tuait aussi en les laissant quelques heures au congélateur. C’était devenu un effort de guerre contre un ennemi acharné à piller les ressources naturelles du pays.

 

 

Antoine sentait que s’il luttait au côté de ses frères vignerons pour des valeurs concernant la région, le pays et la planète, la douleur d’avoir perdu Isabella s’en trouverait diminuée. Agir, « Age quod agis » agis comme tu dois le faire, telle la parole latine de son ancien professeur, noble parole qui allait empêcher Antoine de tomber dans une noire dépression.

Bien sûr, s’attacher à une personne, l’aimer et puis la perdre, n’était pas qu’un artefact et une vue de l’esprit. Mais ô combien une action collective au service des autres pouvait enrayer la douleur, la sombre douleur qui gît au cœur de chacun.

Douleur qui nous met tous à égalité, douleur qui nous dicte sa loi – telle une calamité nécessaire et injuste afin de nous mettre à l’épreuve. La douleur ! Un poids tel dont il faut inverser la nuisance pour s’en servir comme levier. Pour peser sur le monde et sur les choses. Lutter contre ce mal absurde.

Antoine n’avait rien d’un disciple de Bouddha, prônant que vivre bien était l’absence de dépendance à l’autre. Une force instinctive lui montrait peu à peu le chemin. La lutte, la lutte pour lui-même et pour les autres, au service de l’avenir, là était l’issue ; et non cette douleur qui rendait solitaire, cette mélancolie qui broyait les êtres – jusqu’à l’aporie, la mort absurde. L’idée faisait son chemin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 20:21

 

 

 

 

 

MORT SUR LE GRILL

 

 

 

 

Sinus, cosinus & Coccinelles

 

 

Eco-Polar

 

 

Yann Venner

 

 

 

 

2011

 

 

 







Je dédie ce roman à mes parents.









Paul Eluard

Extraits du « Dit de la force de l’amour », écrit en 1947 pour l’ouverture d’une émission de radio.

« Hommes, femmes (…) qui, perpétuellement, naissez à l’amour, avouez à haute voix ce que vous ressentez, criez « je t’aime » par-dessus toutes les souffrances qui vous sont infligées, contre toute pudeur, contre toute contrainte, contre toute malédiction, contre le dédain des brutes, contre le blâme des moralistes.

Criez-le même contre un cœur qui ne s’ouvre pas, contre un regard qui s’égare, contre un sein qui se refuse. Vous ne le regretterez pas, car vous n’avez d’autre occasion d’être sincère (…) Votre cri vous fera grand et il grandira les autres. Il vient de loin, il ira loin, il ne connaît pas de limites.


Parlez, les mots d’amour sont des caresses fécondantes. Les autres mots ne sont là que pour la commodité de la vie. Aimer, c’est l’unique raison de vivre. Et la raison de la raison, la raison du bonheur. Vous obtiendrez toujours grand enchantement d’aimer, et même de la souffrance d’amour.

Les plus grands des poètes ont affronté diversement, avec courage et avec faiblesse, les difficultés de la vie, mais leurs chants d’amour relèvent l’homme de son bourbier. »



 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

LE DEUIL

 

 

CHAPITRE UN

 

 

La rencontre.

 

Elle se posa sur une des vitres de la véranda. La plus basse ; celle qui était légèrement fêlée et que Jacinthe m’avait demandé à plusieurs reprises de remplacer.

Confortablement installé dans mon rocking-chair, un verre d’aligoté à la main, je détaillai la bête qui se déplaçait maintenant avec précaution, explorant son nouveau territoire. D’une taille plus imposante que nos coccinelles indigènes, jaune avec ses points noirs, elle semblait interroger avec lenteur la plaque de verre du bout de ses six pattes. Le coléoptère avançait vers la zone d’ombre afin sans doute d’échapper à la chaleur qui sévissait depuis ce matin. Un vent léger venait de se lever dans les vignes et je pouvais entendre le doux bruit de sa chanson qui caressait les tendres feuilles.

 

La coccinelle s’immobilisa enfin dans l’angle supérieur gauche, semblant y avoir trouvé un peu de fraîcheur.

 

Un deuxième coléoptère se posa sur mon verre, élytres déployées. Lui aussi était jaune et tacheté de noir. Je tendis un doigt vers l'insecte comme font les enfants pour les attirer au bout de leur index en fredonnant plusieurs fois la célèbre comptine : « Petite coccinelle, envole toi, il fera beau demain… ». Jusqu’à ce que l’insecte s’envole de nouveau.

Mais je n’étais plus un enfant, et d’une pichenette, j’envoyai valdinguer la bestiole. Le beau temps commençait sérieusement à m’agacer. Nous étions à la mi-mai, il faisait plus de trente degrés depuis trois jours ! Une chaleur sèche et persistante s’était installée depuis le début du printemps et pas une goutte d’eau n’était tombée en quarante cinq jours ! Les voisins les plus proches du domaine ne semblaient pas dérangés par cette météo intempestive. J’entendais leurs cris idiots et le bruit des flaques d’eau qu’ils s’envoyaient à la figure. Elles claquaient ensuite sur les dalles carrelées de leur piscine, comme pour mieux me narguer.

 

Ce bien précieux, cette eau si nécessaire, cette manne céleste…

Et ces naïfs qui ne songeaient pas une seconde qu’elle viendrait un jour à leur manquer.

 

  • Au moins eux, ils vivent l’instant... Cesse de vivre dans le passé Antoine.

 

Phrase que Jacinthe me serinait souvent. Elle m’avait quitté le matin même, rejoindre sa sœur en Bretagne, me reprochant chaque jour un peu plus ma mélancolie.

J’étais seul, veuf, inconsolable.

 

Et le vent se mit à chanter dans les vignes, un peu plus fort. Une chanson d’amour défunt, d’amour détruit. Je vidai mon verre et me resservis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE DEUX

 

 

Entomologique.

 

 

 

 

Traditionnellement, notre amie coccinelle jouit d'une bonne réputation : elle ne pique pas, ne vole pas de manière agaçante et surtout, mange les pucerons, les cochenilles, ce qui en fait un précieux allié du jardinier. Cependant, l'arrivée de la coccinelle asiatique a changé cette perception et transformé l’image de la bête à bon dieu en petite peste dont on souhaite se débarrasser.

Cette coccinelle asiatique présente une grande variabilité de couleurs, sa robe allant du noir au jaune, en passant par le rouge et l’orange. La variabilité de couleurs et de motifs la rend assez difficile à reconnaître. Certaines variantes sont identifiables grâce à une tache noire en forme de M ou de patte de chat sur le pronotum, mot savant qui désigne une partie de la tête  de la coccinelle. Ce coléoptère mesure de cinq à huit millimètres de long.
Très féconde et vorace, la coccinelle asiatique menace les espèces indigènes, non seulement en entrant en compétition avec ces dernières pour la nourriture et l'espace, mais aussi en se nourrissant des larves des coccinelles locales. Elle provoque certaines nuisances pour l'homme.
En automne, elles se regroupent pour chercher un abri pour l'hiver et peuvent envahir par milliers les maisons en utilisant toutes les ouvertures possibles. L'insecte entre alors en hibernation et ne cause pas de dégâts. Cependant, lorsqu'il se sent menacé, il émet un liquide nauséabond jaune orange qui tache. Et sa présence peut devenir agaçante, comme le témoigne une femme.

 

  • Une coccinelle dans mon verre de vin, trois ou quatre sur l'écran de télé, quelques dizaines qui se baladent dans les fenêtres, c'est comme ça tous les jours, du mois d'octobre à la fin d'avril, début mai. Imaginez, je passe l'aspirateur manuel trois fois par jour, je les compte une à une. À quelques reprises, j'en ai capturé autour de mille dans une seule journée. Maintenant, je ne parle plus que de coccinelles. Elles ont envahi mon existence.

 

 

Des cas d'allergies ont été signalés et une étude d'impact montre que près d’un quart de ces insectes adultes mordent, pouvant aussi causer des dommages aux fruits. Certains viticulteurs rencontrent également des problèmes : les insectes présents sur les grappes et pressés avec le raisin donnent un goût acre au vin et peuvent le rendre invendable.

Harmonia axyridis est une espèce de coccinelle asiatique qui a été importée aux USA dans les années soixante afin de lutter contre les pucerons dont elle est très friande, mais ce n'est qu'en 1988 que l'acclimatation a été notée. L'Europe l'a également introduite plus récemment dans les cultures sous serres puis à destination des particuliers en mettant à disposition des larves à déposer sur les plantes dans les jardineries. L'intention était louable dans la mesure où il s'agissait de lutter contre le développement des pucerons dans les cultures à la place des pesticides.

« Pourquoi donc n'avoir pas privilégié nos espèces locales ? » me disais-je.

Cette coccinelle originaire de Chine, de Corée et du Japon s'est tellement bien adaptée qu'elle envahit désormais des régions entières en progressant du nord vers le sud. En vente en Belgique depuis la fin des années quatre-vingt-dix, elle a envahi la Flandre en quatre ans ! L'invasion de la France est avérée. Aujourd'hui elle est présente sur une grande partie du territoire. Elle a récemment été découverte en Loire-Atlantique et les observations se multiplient dans le Pays-de-la-Loire, en Bourgogne, en Franche-Comté et en Rhône-Alpes.

Inoffensive pour l'homme, elle prolifère néanmoins au détriment des espèces endémiques comme notre coccinelle à sept points. La larve de cette coccinelle peut s'attaquer aux larves des coccinelles locales lorsque sa nourriture vient à manquer ou que l'occasion se présente. Les coccinelles asiatiques se regroupent à l'automne grâce à une substance qu'elles émettent et se déplacent en groupes pour trouver un refuge pour passer l'hiver. L'intérieur d'une maison sera souvent privilégié.

Une nouvelle fois, pensai-je, l'homme en essayant d'intervenir sur la nature en introduisant cette espèce a contribué à un profond déséquilibre. Il faudra désormais compter sur cette nouvelle espèce invasive avant qu'un nouvel équilibre se fasse.

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 12:21

Yann Venner : Lumière pour les oubliés
Sombre enquête en Bretagne. Le commissaire Cesare Le Tellier enquête sur la disparition de sans-papiers en Bretagne. Dans ce roman, on y croise un écrivain haïtien, une famille tchétchène, mais aussi des citoyens engagés se mobilisant pour les défendre ou les protéger (parfois au péril de leur propre vie). A travers ce polar, l’auteur aborde le thème des migrants et du droit d’asile. Il dénonce une Europe aux frontières renforcées engendrant des situations humaines dramatiques.
Enseignant, poète et romancier, Yann Venner réside en Côtes d’Armor. Lumières pour les oubliés est le dernier volet d’une tétralogie policière débutée avec Black Trélouzic (2005), puis Aller simple
pour Trélouzic
(2006) et La disparue de Guingamp (2007).
Ed. Le Cormoran, mars 2009. Dist. Coop-Breizh, 15 €. coop-breizh.fr
www.venneryann.com
Catherine - septembre 2009

 

Ce roman sera distribué par DE BOREE à partir d’avril 2010

 

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 21:23

La ronde du printemps

 

Chaleur incandescente

O fluides amoureux

J’attends que tu descendes

Au creux de mes pensées

 

Je me retournerai

Voir si ton cœur me suit

Dans la vapeur brumeuse

Des jours nus et des nuits

 

Nuits de froide vigueur

Où règne solitaire

La glace de mon cœur

Pris en délit de toi

 

Et si je t’imagine

Fondante de désir

Alors j’aurais trouvé

Ma perle ton plaisir

 

Etrange botanique

Herbier vivant bocage

Ton souffle est un mystère

Habillé de lumière

 

Baroque est ma pensée

Mes actes des douceurs

Qui embrasent ton nom

Ophélie muse amère

 

Dans les plis du printemps

J’ai dénoué les fils

D’un hiver qui s’achève

Au creux du souvenir

 

Et plongeant dans l’eau claire

D’une source alanguie

Tu me rejoins vivante

Loin de toute insomnie

 

 

Je décline ton nom

Chaque lettre féconde

Un chant joyeux et doux

Irradie comme une onde

 

Tous nos bonheurs

Passés, le futur enchanteur

Les courbes de ta voix

Pleuvent de rire pleuvent

 

Vision blême vision

Unis dans une étreinte

Nos corps à l’unisson

Tournons valse tournons

 

 

 

Ainsi s’en est allé

L’hiver au cœur de poudre

Laissant place au printemps

De foudre verte

Et d’éclairs transparents

 

Courir à deux dans les rameaux nouveaux

Tendre est la pluie vernale et fraîche

Nous nous désaltérons

Bouches sèches présentes

 

Adieu cruelles eaux

Réchauffe-moi beauté

Fais que la terre enfante

La vie chaque fois neuve

 

Chaleur incandescente

O fluides amoureux

Au creux de nos pensées

J’attends que tu descendes

 

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 12:10

Nostos algos (nostalgie, retour de la douleur)

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Nostos algos (nostalgie, retour de la douleur)

Message  yann Venner Aujourd'hui à 10:30

« Un tesson de silence habite ma mémoire

Et déchire le voile d'un souvenir ancien.

Sourde blessure d'où coule l'encre de l'Histoire

J'entends le vent de mer mystérieux musicien.

Morne lune cachée

J’habite dans la boue des cieux ;

Le soleil effacé

Ne réchauffe plus

Le cœur des
aïeux... »

_________________
La poésie n'est pas du vent, c'est le vent qui est poésie. YV.
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C'est une création...

Message  yann Venner Aujourd'hui à 10:31

Donc, pas de tristesse, simplement une respiration en l'honneur
d'un passé & à l'avenir, toujours présent au coeur du poète : on écrit
pour demain...

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Re: Nostos algos (nostalgie, retour de la douleur)

Nouveau message  sarah Aujourd'hui à 10:44

yann Venner a écrit:« Un tesson de silence habite ma mémoire

Et déchire le voile d'un souvenir ancien.

Sourde blessure d'où coule l'encre de l'Histoire

J'entends le vent de mer mystérieux musicien.

Morne lune cachée

J’habite dans la boue des cieux ;

Le soleil effacé

Ne réchauffe plus

Le cœur des
aïeux... »

j'entends ton coeur
se battre contre la douleur
je l'entends chanter
son désir de hanter
une prairie de sourire

je te souhaite bonne journée, Venner

sarah
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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 08:37

mer
mer
par yarniche

 

 

Si tu cherches une étoile, Boucle d’Or,

Inutile de scruter le firmament.
Rentre en toi-même, simplement.


D'étoiles, ton âme est constellée.
Du flamboiement de tes aspirations les plus élevées
au simple scintillement d'un sourire partagé,
Ton propre espace sacré, ce glorieux paradis,
brille d'un éclat plus radieux
que la plus pure des nuits.


C'est pourquoi,
Au lieu de lever ton regard vers les cieux
Ferme les yeux
et regarde en toi ma beauté.

Y.V

___________________________________________________

Un poème de Louise Labé (1526-1566)

Baise m'encor, rebaise moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement, 
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.

______________________________________________

 Paul Eluard, avec des extraits du « Dit de la force de l’amour », écrit en 1947 pour l’ouverture d’une émission de radio.

« Hommes, femmes (…) qui, perpétuellement, naissez à l’amour, avouez à haute voix ce que vous ressentez, criez « je t’aime » par-dessus toutes les souffrances qui vous sont infligées, contre toute pudeur, contre toute contrainte, contre toute malédiction, contre le dédain des brutes, contre le blâme des moralistes. Crie-le même contre un cœur qui ne s’ouvre pas, contre un regard qui s’égare, contre un sein qui se refuse. Vous ne le regretterez pas, car vous n’avez d’autre occasion d’être sincère (…) Votre cri vous fera grand et il grandira les autres. Il vient de loin, il ira loin, il ne connaît pas de limites.
Parlez, les mots d’amour sont des caresses fécondantes. Les autres mots ne sont là que pour la commodité de la vie. Aimer, c’est l’unique raison de vivre. Et la raison de la raison, la raison du bonheur. Vous obtiendrez toujours grand enchantement d’aimer, et même de la souffrance d’amour. Les plus grands des poètes ont affronté diversement, avec courage et avec faiblesse, les difficultés de la vie, mais leurs chants d’amour relèvent l’homme de son bourbier. »

 

__________________________________________________________

Et puis Mireille Sorgue (1944.-1967) et sa magnifique « Lettre à l’Amant », (pour en savoir plus, http://www.mireille-sorgue.fr )

« Tu me caresses.
Et je deviens terre inconnue à moi-même dont tu découvres minutieusement le relief ; terre étrangère à la physionomie insoupçonnée, courbes dont nul n’a su les détours que j’apprends avec toi. Nuque, épaule, sein, taille, hanche, cuisse, tu me déroules, tu déroules ce paysage sinueux, cette harmonie de versants, de collines, de bassins, de sillons – et ces plages offerts à ma paresse comme un loisir indéfini, épaule, sein, cuisse…Tu déploies mon corps en un lumineux labyrinthe, tu ouvres en lui de moelleuses perspectives dont je perçois, comme à distance, l’insolite. Face ignorée, tu me dévoiles.

Ou peut-être m’inventes-tu ?

 Je suis un vœu que tu prononces, que formulent tes doigts.

 Future sous ta main, j’attends de devoir naître. J’attends que tu me donnes forme entre toutes les formes créées, forme de femme unique entre toutes les femmes.»

 

_______________________________________________

 

 

"Verse le vin
Partage un fruit
Fais que l'autre t'atteigne"

 


(Proverbes, Claude Albarède, 1ère strophe)

 

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