PROLOGUE
« Bill était un gars plutôt sympa. Le genre de mec qui voulait sauver la planète ! Après tout, pourquoi pas. Mais Bill était le type exact de l’âme en peine, capable de réparer le monde avec un bout de Scotch !
Et quand il rencontra Marlene, du même genre astral perdant que lui, tout le rouleau y passa.
Un an plus tard, ayant à eux deux épuisé la fragile bande collante & s’étant épuisé eux-mêmes à sauver le monde dans des manifs, happenings, & autres fredaines fort utiles, ils se retrouvèrent face à leur propre destinée : chacun dans son coin, rabâchant leur goût pour la survie du monde à qui aurait bien voulu l’entendre.
Quand je rencontrai Bill, le 22 septembre, dans la Quatrième Rue, il était affalé contre un mur, rasé avec une biscotte moisie, le nez éclaté de rouges vibrisses, l’œil en vessie de porc, hagard, sébile tendue : une casquette râpée de l’armée US, qui en avait vu d’autres…
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Une petite pièce, mon frère ! Juste une petite pièce pour passer une journée que je vous…souhaite…heureuse, lâcha-t-il entre eux éternuements qui réveillèrent ses larmes enfouies depuis toujours.
Devant cette misère humaine qui m’horripilait, moi dans mon costume sombre de trader, je faillis lui balancer la répartie du siècle du genre « T’as qu’à bosser, sale con ! », mais je ne sais pas ce qui me retint ce jour-là. Etait-ce parce que ma femme s’était tirée la veille au prétexte que je bossais quinze heures par jour chez « Sorry & Pool ».
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Chez ma sœur, m’avait-elle dit en claquant la porte, c’est là que tu me trouveras peut-être, mais pas avant une semaine, Tommy !
Est-ce parce que j’étais déjà en retard de cinq petites minutes avant d’entrer dans le saint des saints ? En tout cas, je sortis de ma poche une pièce de cinquante cents. Et le sourire que je reçus en pleine face allait changer le cours de mon existence. »
fin provisoire
autre commentaire :
« Le Paradis – Un peu plus loin » de Mario Vargas Llosa, paru chez Gallimard, ISBN 2070769135, 25 €
et disponible en Folio (n° 4161), ISBN 9782070429295, 9,90 €
Le Prix Nobel de littérature 2010, Mario Vargas Llosa, a écrit un roman passionnant : Le Paradis – Un peu plus loin, qui est la double histoire de Flora Tristan, la militante féministe et ouvriériste du début XIX° siècle, et de son petit-fils, Paul Gauguin, un siècle plus tard. Les trames des deux vies que tout paraît séparer d’abord vont peu à peu se ressembler, dans un même défi à la société bourgeoise et bien-pensante, un défi révolutionnaire politique pour Flora et un défi artistique, révolutionnaire aussi, pour Gauguin. Le premier chapitre s’intitule « Flora à Auxerre ». On s’amuse à voir avec les yeux de Flora (et de Vargas Llosa) le climat d’une petite ville de province ! Et ce sera Dijon, Lyon, Roanne… dans une véritable descente aux enfers. Pareillement pour Gauguin, quêtant son paradis, à l’autre bout du monde, à l’opposé des convenances et des académismes. Les lendemains chantent rarement, en politique, en création artistique. Mais ça vaut la peine qu’on se batte, quitte à mourir au nom d’un idéal !
« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ! »
Poème à Béatrice
Je cherche dans les heures lentes
la mutité de ton visage
cil battant bouche non parlante
muet discours que j'envisage.
Entre toi & moi
l'entretoise
cet autre toit qui tel un antre
nous abrite quand on y entre.
Regard pénétré pénétrant
sortie du cadre nœud au ventre
je longe un doux
& long méandre.
Tel un serpent qui te protège
collier lisse autour de ton cou
fidèle arpège où je m'agrège.
Nos bras nus qui se disent tout.