Grappe
Les grains bavardent clairs
au cœur de la nuit brune :
« Je mûrirai, dit l’un,
et désaltérerai le gosier d’un puissant,
la gorge d’un enfant,
le palais d’une reine.
- J’abreuverai, dit l’autre,
et je caresserai les papilles des hommes
quand je serai plus grand.
- Moi, dit encore un autre,
je ne mûrirai pas, je suis déjà mourant
car je vis dans la peur
de me voir englouti.
- Tu ne vivras jamais le plaisir du partage,
l’offrande de ton jus, la connaissance offerte,
la grume délivrée.
Dessèche-toi bien vite pour laisser de l’espace
aux autres grains pressés de devenir bouteille.
« A cheval sur le vin ! » Riez, frères humains !
La divine boisson sera notre chanson,
et nous galoperons en joyeux échansons
pour verser dans vos verres
les crus de l’univers.
Y.V.