PRIÈRE
Ma camarade,
A la peau désormais sèche,
A la chevelure
Pareille à un velours de givre
Qui recouvre par plaques
Un crâne pelé de femme
Stérile dans son cercueil de pétales
Morts dorés
Ma camarade qui gémit
Écartée du soleil
Sous l’ombrage de tes souffrances
Tu n’as plus le cœur à converser
Avec l’eau au pied du saule
Et des larmes de gel sur tes joues
Perlent solitaires
Dans le creux de tes rides amères
(Cicatrice fossile de tes premiers jeux)
Un cloporte égaré s’arrête muet
Il comprend sans maudire
Que l’humanité perforée
Etale ses blessures
Décousue, déflorée
Tu n’es plus
Sœur
NATURE MORTE
Inerte
Après les ébats du plaisir
Après les cris et les soupirs
Elle repose.
Dans la pâleur verte
De son oreiller de mousse tiède
Elle a le sourire
De celle qui s’est laissée
Surprendre dans son rêve
Par la mort.
Inerte dans la pâleur verte
Des grands ravages
Bucoliques.
Les petits pas de l’aube
Glissaient
D’un pas tranquille
Sur les toits de mon rêve
Pour ne pas me réveiller
Ils avaient revêtu de soie
Leurs ballerines
Rosies de brume ;
Faisaient des entrechats
Tout au bord des gouttières ;
Guettant
Dans le plaisir de leur vertige
L’apparition soudaine
De mon réveil
Ensoleillé.
Soleil musclé
Boule de biceps rouges
Aux rayons deltoïdes
Etreins les nuages étonnés
Dans ton gros rire matinal
Roule dans la dentelle humide
Des cumulus éparpillés
Et perce au pas de gymnastique
Ce firmament jauni d’étoiles anémiques.
Regarde bien ce matin neuf
De coq stupide et arrogant
De grenouille baillant
Aux paupières fripées
Et de crapaud poussif
A la lippe baveuse.
Dans la campagne ankylosée
Soleil
Jette ta poudre d’or
Aux yeux du matin blême.
TRISTE JARDIN
Les plate bandes s’insurgent
Contre le jardinier malfaisant
Qui les arrose tous les jours
A contre-courant.
Mais le pire,
C’est qu’il ne s’aperçoit pas
Que l’eau claire de son arrosoir
A transfloré les fleurs
En acier trempé
Et les pistils en fer plombé
N’ont du fer que faire.
L’étamine s’est noyée
Dans cette physique déplorable
Des prothèses en aluminium
En claquant des dents
Sous les soubresauts du pot de fer.
L’arrosoir, triste à pleurer, retient ses larmes
Pour ne pas accroître le ravage.
« A quand donc, pense-t-il
La liberté de la flore et ses rosiers ?
Tout est couleur de rouille ici…
Et c’est l’été ! »
Une paire d’yeux perdus
Qui miroite
Dans le triste écho
Du soir grinçant
Dans le triste reflet
Du crépuscule lunaire
Qui broie,
Au moulin de la colère,
Son café d’étoiles
SOLSTICE
Main d’or, aux doigts de flamme,
Main magique, aux doigts d’artificier,
Main jaune ouverte sur le monde
Ou aux doigts repliés
Boule brillante, rayons musclés
En coups de poing brûlant.
Main riche aux doigts irremplaçables
Main nourricière avec tes doigts d’artiste
Ranime, à la forge qui s’allume,
La Terre mouillée de rêves,
Toute empêtrée de nuit
Dans ses draps fatigués.
Soleil, main d’or musclée
Œil tout puissant du ciel c’est l’est,
Œil oriental aux cils ardents
Anneau lumière et cils géants
Œil nu à la pupille en flamme
Œil immobile et suspendu
Bardé de flèches irisées
Œil lumière regarde fixement
La Terre qui fait feu des deux faces
Et qui te tourne autour saison après saison
Soleil, œil nu du ciel en marche
A chaque fois de la même façon
Achève son travail :
Se lave dans la mer,
Rentre dans son écrin :
Tous les doigts dans la main magique,
L’œil dans la paupière du ciel.
Ainsi jusqu’à demain,
Main d’or aux doigts de flamme,
Jusqu’à l’aube nouvelle
Œil oriental aux cils ardents
Soleil, main d’or musclée,
Œil nu du ciel en marche.
LE JARDIN DES MIRACLES
Dans mon beau jardin poussent :
Des tracosphères charismatiques,
De miraclifiques crapaudontes bouillaveux,
Des carembones aquatiques,
Des gromellus tétarinés,
Des asclépiades nains exotiques,
Des lactitudes rougeoyantes,
Et des nepharnia grenouillantes.
Si vous voulez le visiter,
Venez m’en demander la clef
LA LEÇON DE PEINTURE
Immobile et figé telle une image sainte
Le paysage est là posé comme une empreinte.
Pas un bruit, pas un pas ne trouble cet instant.
Le peintre à sa palette choisit des touches d’or
Pour signifier le ciel, l’en-haut, le firmament ;
Il prend un peu d’argent pour le rendre aux étoiles
Puis du blanc pour la nuit
Car la nuit est laiteuse
L’air moite et Bételgeuse
Fixe d’un œil moqueur cet homoncule artiste,
Ce faiseur, ce copieur de nature encadrée
Qu’il ira vendre un jour aux amateurs glacés.
Sur un simple tableau, une petite toile
Un morceau de pays, géométristemeort
Ira fleurir musées, salons, faire décor.
Le peintre achève alors son obscure besogne,
Assis, debout, râlant, il pille sans vergogne…
Et la nature s’endort, souillée sous son étreinte ;
Demain, au petit jour, elle ira porter plainte.
ARCIMBOLDO
(Peintre qui représentait souvent le visage humain ou des corps,
avec des fruits, des livres, des objets…)
*
J’ai la nature en moi
accrochée à mes trousses
qui sans cesse repousse
mon squelette de bois
Mes nerfs sont des racines
sculptés parmi la mousse
de ma chair que ravinent
des torrents d’herbe rousse
Mes veines des ruisseaux
en fuite dans la plaine
de mon alter ego
qui court à perdre haleine
Essoufflé je m’éteins
comme un vieux ver luisant
fossoyeur du chagrin
à la lampe d’argent.
DERNIÈRE PLUIE
Soleil, flambée d’écume au large de minuit,
Le poème n’est plus qu’un babil qui m’ennuie
Le phare d’Alexandrie fouille dans son grenier
Cherchant du neuf encore au milieu d’un guêpier
Ulysse, Alice, hélas !
Ô miroirs éclatés !
Qui nous récitera en douces mélopées
La molle éternité aux yeux de ritournelle
Ou les cris du présent
Infesté de crécelles ?
Plus jamais le soleil, ni trouble ni repos
La vie est ainsi fête
Aux marges du sanglot
Paradoxe ineffable au goût d’absence beige
Je me fonds dans le globe d’une goutte de neige
Dilué disparu enfui dans la lumière
J’ensemence l’espace d’atomes ingénus
Et si je vous écris et si je vous salue
Donnez-moi le bon jour
Car je suis né d’hier
GOURMANDISE
L’abeille baille sous le soleil
Qui voudrait tremper ses rayons
Au cœur de la ruche en émoi.
Chut ! L’abeille s’est endormie.
Laissons l’astre boire à la paille
Le doux nectar au goût exquis.
SOLSTICE
Main d’or, aux doigts de flamme,
Main magique, aux doigts d’artificier,
Main jaune ouverte sur le monde
Ou aux doigts repliés
Boule brillante, rayons musclés
En coups de poing brûlant.
Main riche aux doigts irremplaçables
Main nourricière avec tes doigts d’artiste
Ranime, à la forge qui s’allume,
La Terre mouillée de rêves,
Toute empêtrée de nuit
Dans ses draps fatigués.
Soleil, main d’or musclée
Œil tout puissant du ciel c’est l’est,
Œil oriental aux cils ardents
Anneau lumière et cils géants
Œil nu à la pupille en flamme
Œil immobile et suspendu
Bardé de flèches irisées
Œil lumière regarde fixement
La Terre qui fait feu des deux faces
Et qui te tourne autour saison après saison
Soleil, œil nu du ciel en marche
A chaque fois de la même façon
Achève son travail :
Se lave dans la mer,
Rentre dans son écrin :
Tous les doigts dans la main magique,
L’œil dans la paupière du ciel.
Ainsi jusqu’à demain,
Main d’or aux doigts de flamme,
Jusqu’à l’aube nouvelle
Œil oriental aux cils ardents
Soleil, main d’or musclée,
Œil nu du ciel en marche.
