1
La leçon de peinture
Immobile et figé, telle une image sainte
le paysage est là, posé comme une empreinte.
Pas un bruit, pas un pas ne trouble cet instant.
Le peintre à sa palette choisit des touches d’or
pour signifier le ciel, l’en-haut, le firmament ;
il prend un peu d’argent pour le rendre aux étoiles
puis du blanc pour la nuit
car la nuit est laiteuse
l’air moite et Bételgeuse
fixe d’un œil moqueur cet homoncule artiste,
ce faiseur, ce copieur de nature encadrée
qu’il ira vendre un jour aux amateurs glacés.
Sur un simple tableau, une petite toile
un morceau de pays, géométristemort
ira fleurir musées, salon, faire décor.
Le peintre achève alors son obscure besogne,
assis, debout, râlant, il pille sans vergogne…
Et la nature s’endort, souillée sous son étreinte ;
demain, au petit jour, elle ira porter plainte.
2
GRAPPE
Les grains bavardent clairs
au cœur de la nuit brune :
« Je mûrirai, dit l’un,
et désaltérerai le gosier d’un puissant,
la gorge d’un enfant,
le palais d’une reine.
- J’abreuverai, dit l’autre,
et je caresserai les papilles des hommes
quand je serai plus grand.
- Moi, dit encore un autre,
je ne mûrirai pas, je suis déjà mourant
car je vis dans la peur
de me voir englouti.
- Tu ne vivras jamais le plaisir du partage,
l’offrande de ton jus, la connaissance offerte,
la grume délivrée.
Dessèche-toi bien vite pour laisser de l’espace
aux autres grains pressés de devenir bouteille.
A cheval sur le vin ! Riez frères humains
La divine boisson sera notre chanson,
et nous galoperons en joyeux échansons
pour verser dans vos verres
les crus de l’univers.
3
Une boîte à musique
s'est arrêtée
amours paralytiques
cœurs défoncés
Poupée démantelée
robot cynique
tu pleures tes pensées
anachroniques
Une boîte à musique
sur le pavé
amours paralysés
Cœurs nostalgiques
Un triste amant chronique
qui admirait
l'amour et la musique
te veille en paix
une boîte à musique
démantelée
amours écartelés
cœurs héroïques.
4 JEUX de la langue française
1. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ». On peut donc le dire dans les deux sens.
2. « Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette »
3. « Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e », c'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ».
4. L'anagramme de « guérison » est « soigneur ».
5. « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul !
6. Le mot « simple » ne rime avec aucun autre mot. Tout comme « triomphe », « quatorze », « quinze », « pauvre », « meurtre » , « monstre », « belge », « goinfre » ou « larve ».
7. « Endolori » est l'anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal
8. « Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d'être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle.
9. « Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x].
« Oiseau » est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles.
5 Célérité
Le temps d’écrire un doux message
à l’Infini,
l’oiseau que j’avais mis en cage
est reparti.
Soliloques du désespoir
il s’est enfui ;
course folle à broyer du noir
le soleil luit.
La parole a quitté le livre
au crépuscule ;
la page est blanche de sons ivres
qui basculent.
6 ARCIMBOLDO
( peintre qui représentait souvent le visage humain ou des corps, avec des fruits, des livres, des objets...)
J'ai la nature en moi
accrochée à mes trousses
qui sans cesse repousse
mon squelette de bois
Mes nerfs sont des racines
sculptés parmi la mousse
de ma chair que ravinent
des torrents d'herbe rousse
Mes veines des ruisseaux
en fuite dans la plaine
de mon alter ego
qui court à perdre haleine
Essoufflé je m'éteins
comme un vieux ver luisant
fossoyeur du chagrin
à la lampe d'argent.
7 Rêve métis
(ma région de Bretagne s'appelle Le Trégor, bordé par La Manche. Les champs de lin, aux fleurs bleues, recouvraient la région...)
Ô Trégor bleu de lin drap séchant sur le pré
tu fais chanter tes sources et pleurer tes fontaines
le vent souffle et s'essouffle à enrouler les blés
autour de ton drap-peau la mer est capitaine.
Elle sème des bateaux ivres dans le jusant
des graines de héros marins ou paysans
et la terre rugueuse palpite comme un cœur
entraîné par le flot crépitant des danseurs
Des chapelles s'égarent en chemin et fredonnent
le chant de nos ancêtres aux pieds foulant la boue
sur le granit austère la moisson s'abandonne
aux mains de ces seigneurs fiers de vivre debout
Ô Trégor bleu de lin et rebelle à la brume
tisse ton avenir aux couleurs de l'écume
éclabousse nos nuits pour que l'aurore se lève
les chevaux de la mer sont sortis de nos rêves
8 Sens-tu le parfum de la lune ?
Il est pour toi descendu ce soir
Telle une écharpe bleue
puis déroulée
en volute apaisée.
Le parfum de la lune enlace
ta nuque fine.
Lui seul te réchauffe.
Tu veux le caresser ce souvenir de sable
qui vient de s'envoler,
Mais fidèle il revient chaque soir
sur ta peau se poser
comme un papillon bleu
pour saluer ta beauté.
9 ...Et un cheval
pour marquer la cadence !
Un étalon surgi du labyrinthe
Un cavalier
arrivé de Corinthe
aux éperons forgés
de toute urgence
Deux messagers
dans une écume blanche
pour annoncer de belles espérances
le goût des mots du sel
Du sucre de l'enfance
Enfourcher l'alphabet
être désarçonné
Tomber de sa monture
apprendre l'écriture
Et de l'alpharandole
à l'omegalipette
construire son école
suivre sa propre quête
Et un cheval