10 LA BELLE ABSENTE
Je t’imagine là comme un souffle tranquille
Robe et abeille bleue je t’imagine là
Dans la respiration paisible de la ville
Dont les arbres tremblants s’endorment dans le froid.
Je t’imagine seule à l’angle du carreau
Sous les nuages bas tu traces dans la buée
Des lignes délicates pour me dire ta pensée.
Je t’imagine seule au seuil de ton ivresse
Lointaine et disparue dans la nuit sans jeunesse.
Je t’imagine lasse, et poussée par le vent
Courbée sous le fardeau de fumées trop épaisses
Il fait si froid dans la ville ce soir.
Je t’imagine là présence inavouable
Front fleuri de la vie qui s’offre et qui se prend
Je t’imagine là comme inimaginable
Je t’imagine là quand ton souffle est absent
11 SIRENE
Tu plonges
parmi les éponges
et tu t'effaces,
Sirène tu n'es plus
qu'un songe
à la surface.
12 Le ciel…
Le ciel est un tombeau
immense et magnifique
où courent des nuages
bêlant comme un troupeau
de bêtes alanguies
menées à coups de trique
par un vent dictateur
à la main de bourreau.
13
LES PAPILLONS DE LUNE
Les papillons de lune
Ont la mélodie pour mémoire
Leurs ailes se déposent
En caresses joyeuses
Sur notre belle histoire
Les papillons de lune
au palais
De marbre blanc et rose
Nous ont invité
Au son des mandolines
nous avons dansé.
Un orchestre anonyme
Animait le grand bal
noyé de capes et d’ors
Tournoyant carnaval.
Tu étais la princesse
Aux rayons lumineux,
J’étais entre tes bras
Le prince enfin heureux.
Les papillons de lune
Existent, pour nous deux.
14 Mes galops
ne sont pas de trop
Dit le cheval à ses sabots
Entre ma queue et ma crinière
S'agite un champion sans manières
Un étalon dès la naissance
Armé de gloire et de puissance
Un destrier de haut lignage
Doué pour le saut doué pour la nage
J'ai traversé la terre entière
Les mystères de la matière
Echappé à toutes les guerres
Aux cavaliers de feu de fer
Maintenant usé par la vie
Ma litière est ma seule amie
Perspective peu cavalière
Cavaltitude prisonnière
Mes galops ne furent pas de trop
J'attends la mort au petit trot
Mourir mégalo disparaître
Impossible !
Je vais
Renaître !
http://venneryann.over-blog.fr/
http://www.venneryann.blogspot.com
venneryann@orange.fr
TERR&AU
Solitaire
Je parcours les eaux
L’élémentaire
Est mon ruisseau
Soliterre
Je parcours les flots
L’élément Terre
Est mon berceau
En attendant SCHOELCHER…
(Victor Schoelcher, député français qui fit voter l'abolition
de l'esclavage en 1848. En Guadeloupe et en Martinique, beaucoup de monuments portent son nom.)
"C’est dans la cale
Qu’on met les rats"
Les esclaves et les scélérats
Ceux qui n’ont plus d’identité
Les captifs et les enchaînés
A fond de cale
Et dans la nuit
On les prive de tout espoir
A fond de cale au fond du puits
La couleur de l’homme est le noir
Dans le ventre du bateau lourd
Le sang de l’Afrique à coups sourds
Palpite
Et bat comme la peau
D’un tambour ivre de sanglots
Dans les entrailles du navire
Circule le sang des martyrs
Qui éclabousse les drapeaux
Des gouvernements déloyaux
Le bois d’ébène sans destin
Met la honte
Au front des humains
Qui font de l’amour du prochain
Une cendre
Sans lendemain.