Voyager contre
Tout contre toi
Pour la rencontre
Toi avec moi
Privés de toit
Que nous importe
L’horizon est une autre porte
Soleil, transporte notre barque
Sur la mer
Tel un rayon souple !
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Palpitent les petits bonheurs
Au creux du nid
Puis s’envolent vers un ailleurs
Un paradis
Au fil de nos scènes secrètes
Un doux silence
Deux colombes aux ailes discrètes
Un bruit d’enfance
Effaçons-nous comme une haleine
Sur le carreau de nos vingt ans
Le torrent refuse nos peines
Aveugles sont les sentiments
Héraclite a plongé dans l’eau
Sa tête chauve
L’Histoire s’est noyée dans les mots
Et tu t’ensauves
L’amont dévoré par l’aval
O pauvre amant
Vieil arlequin de carnaval
Jeune printemps
TERR&AU
Solitaire
Je parcours les eaux
L’élémentaire
Est mon ruisseau
Soliterre
Je parcours les flots
L’élément Terre
Pour échapper à son destin
Il n’est pas de mots ni de rêves
L’écriture est un doux festin
De nourritures qui vous crèvent.
Prisonnier d’un sanglot
Inscrit dans une larme
Tu désarmes les mots
Qui s’alarment, t’alarment.
***
BLUES SPIRITE
Un burlot farfadeur s’en allait à la ville
Un jour de marchadé pour y vendre sa claine.
Il espérait bien fort en tirer quelques mille
Pour s’offrir par la suite une vaste putaine.
Chemein faisant, la pauvre claine larmichait :
La bolcherie cruelle l’attendait au tournage.
Imbibé de spirites aux rades alentours
Notre burlot slipeux crapardait de traverse.
Notre claine inspirée chiqua la blessamore
Pour inciter son maître à différer la vente.
« Krébonguiou ma clainette, qu’as-tu donc à blairer ? »
Burlotait notre andouille écumant et crachant.
« Je m’en vas t’aligner une valse aux adieux ! »
Si donc fit le bougrin et la triqua si fort
Qu’elle en crevit la beite comme une pauvre claine.
Adieu les gros billets et la vaste putaine.
Le burlot tout confit n’avait plus que sa haine
Pour pleurer sur son sort et sa déconfitaine.
« Même pas vrai ! »
Un enfant a trouvé « Respect » et « Tolérance »
Dans tous les dictionnaires du beau pays de France.
Il s’est dit : « C’est super, j’ai des droits, vive l’enfance ! »
Il a aussi cherché ces mots-là dans la rue,
Mais ne les a ni vus, ni lus, ni entendus.
C’était écrit partout sur les murs de la ville
Des injures, des gros mots, des choses horribles à dire :
« Retourn’ dans ton pays ! Mort aux Juifs ! Sal’ raton !
Bougnoul’ ou Nique ta mère, ou Ton frère est un con ! »
Alors l’enfant trahi, déchiré par la honte,
A pris son dictionnaire pour un livre de contes.
En attendant SCHOELCHER…
(Victor Schoelcher, député français qui fit voter l'abolition
de l'esclavage en 1848. En Guadeloupe et en Martinique, beaucoup de monuments portent son nom.)
"C’est dans la cale
Qu’on met les rats"
Les esclaves et les scélérats
Ceux qui n’ont plus d’identité
Les captifs et les enchaînés
A fond de cale
Et dans la nuit
On les prive de tout espoir
A fond de cale au fond du puits
La couleur de l’homme est le noir
Dans le ventre du bateau lourd
Le sang de l’Afrique à coups sourds
Palpite
Et bat comme la peau
D’un tambour ivre de sanglots
Dans les entrailles du navire
Circule le sang des martyrs
Qui éclabousse les drapeaux
Des gouvernements déloyaux
Le bois d’ébène sans destin
Met la honte
Au front des humains
Qui font de l’amour du prochain
Une cendre
Sans lendemain.
Courbure marine
Ta bouche est un navire de laine qui m’habille,
Chaque baiser de toi un vêtement de chair ;
Et dans ta chevelure, j’ai trouvé une mer
Où plonger à loisir mes doigts pris de vertige.
Sur ton corps et ta chair j’ai abordé enfin,
Caressé ta peau mate vibrante de frissons ;
J’ai longtemps navigué sur ta courbure marine -
Tel un naufragé ivre,
ô toi, mon doux rivage.
DERNIERE PLUIE
Soleil, flambée d’écume au large de minuit,
Le poème n’est plus qu’un babil qui m’ennuie
Le phare d’Alexandrie fouille dans son grenier
Cherchant du neuf encore
Au milieu d’un guêpier.
Ulysse ? Alice, hélas ! Ô miroirs éclatés !
Qui nous récitera en douces mélopées
La molle éternité aux yeux de ritournelle
Où les cris du présent infesté de crécelles ?
Plus jamais le soleil, ni trouble ni repos
La vie est ainsi fête aux marges du sanglot
Paradoxe ineffable au goût d’absence beige
Je me fonds dans le globe d’une goutte de neige
Dilué disparu enfui dans la lumière
J’ensemence l’espace d’atomes ingénus
Et si je vous écris et si je vous salue
Donnez-moi le bon jour
Car je suis né d’hier.
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A vouloir aiguiser les mots
On n’épuise que son ego.
A vouloir épuiser les mots
N’aiguise-t-on pas son ego ?
Naissance
Les paroles fossiles engluées sous la glèbe
Emergent peu à peu sous les pas du marcheur
De la plante de ses pieds au bout de ses labiales
Monte une langue en friche vieille de mille temps
Vieux mots ressemelés entremêlés de chants d’oiseaux
D’invecticides, et de cacophonies
La parole est à l’homme
La parole étalon hennit dans les brancards
Et remue la litière et remue le limon
A peine ensemencé
De graines de plain-chant
S’accordant à mes pas.
Monument
Ivre du vin des morts et de la nostalgie
Je retourne la terre et retourne à l’endroit
Où j’ai cueilli l’amour aux lèvres de la vie.
Sur la feuille écarlate et le papier jauni
S’étale le sang lourd et pesant des vaincus.
Leur chant pourpre s’étiole en automnes multiples
Ils dansent sans un cri bouche fermée bourdonnent
Et traversent ma plume et la fait vaciller.
Heurté de mille morts pressé par les échos
Le calame bondit entre les pierres tombales.
Et si le bruit têtu de l’encre qui avance
Fait reculer la peur
Le vacarme des mots
Survivra-t-il au mot Malheur ?