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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:56
Sur ma table de chevet : Cocktail cruel de Yann Venner, paru chez « Le Cormoran », une petite maison d'édition locale. Eco-polar dont l'histoire se déroule entre la Bourgogne et la Bretagne. L'auteur y distille une intrigue mêlant écologie, science viticole et enquête policière.
 
page de couverture © Le Cormoran
Étonnant mélange des genres, ce roman nous en apprend énormément sur la fabrication du (bon) vin et le désastre des algues vertes en baie de Saint Brieuc. Du côté de l'intrigue policière, l'enquête menée par Luc Létourneau, commissaire de Beaune, semble parfois laissée de côté au profit de longues tirades sur les deux précédents thèmes. La vie des personnages y est tout de même admirablement décrite, permettant de nous imprégner entièrement de leur personnalité. Trop peut-être, car entre le résumé et la présentation des protagonistes, on devine rapidement l'identité du meurtrier laissant pour unique suspense l'espoir de s'être trompé.
Une ode à Bacchus
Néanmoins, quelques digressions écologiques nous instruisent sur le déroulement de plusieurs phénomènes biologiques et chimiques. Et surtout sur leur articulation planétaire. Nous apprenons de façon ludique, que l'écologie bien que devant être « locale » à l'échelle des travaux humains doit aussi être pensée « générale » à l'échelle de la planète et qu'un geste malheureux ici peut avoir de graves conséquences là-bas. Sans dévoiler les exemples de l'ouvrage, l'explication est claire et concise, nous permettant de recadrer nos réflexions écologiques selon une méthode précise et infaillible : la systémique.
Plus éco que polar, Cocktail cruel est aussi une ode au divin breuvage viticole.
En effet, des racines au tonneau, Yann Venner nous donne quelques astuces indispensables à la fabrication d'un bon cru avec légèreté et force de vocabulaire. Novice en la matière, j'ai bien apprécié ces descriptions. Elles appellent à un approfondissement personnel. Enfin, allier différents thèmes dans une même œuvre étant toujours un exercice difficile, ce livre trouvera plutôt ses lecteurs chez les écologistes et les amateurs de bons vins. A déguster tout de même...
Critique du site & de la revue
Bretagne Durable
Par neogimo le 19/01/201
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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:17

 

Portrait de Driss Chraïbi
par Yann Venner
 

L'inspecteur ALI au miroir de l'Autre
Du "connais-toi toi-même" à l'intersubjectivité
Du JE(U) au NOUS
Le roman policier alter-natif
De l'écriture de la révolte à l'écriture jubilatoire


 
 
Tous ces titres pour annoncer une enquête, entre-eaux-les-lignes, troubl(é)es par le rire, le réel et l'imaginaire.
Nous allons étudier comment Driss Chraïbi se sert d'un narrateur, héros perspicace et facétieux, pour mieux dénouer nos certitudes, mettre à terre le crime et dénoncer les travers individuels ou collectifs de nos sociétés respectives, occidentales ou dites orientales. Nous verrons aussi comment la double culture, la bilangue et les discours hétéroglosses perturbent, servent ou relancent la diégèse, dans un joyeux carnaval où le sérieux fréquente le grotesque, où le rire déjoue les faux semblants, et où les jeux de miroir entraînent le lecteur dans une spirale théâtralisée, grotesque et joyeuse.
Plusieurs titres nous serviront d'étais
- L'inspecteur Ali Denoël 1991
- Une place au soleil Denoël 1993
- L'inspecteur Ali à Trinity College Denoël 1996
- L'inspecteur Ali et la C.I.A. Denoël 1997



L'intrigue policière proposée par Chraïbi est à la fois une enquête sur l'autre et une rencontre de soi-même. Cousin de Columbo, mal fagoté, d'allure "plouc" ou bêtasse, cousin ou frère de Renart, le héros libertaire et cruel du roman de Renart au XII siècle, l'inspecteur Ali est un grand échalas, maigre comme un matou oublié dans un grenier. Sorte de marginal, bien qu'inspecteur de la Police Royale Marocaine, Ali navigue entre les langues et entre les cultures, à l'aise comme un poisson qui aurait des ailes et un flair instinctif. C'est une sorte de Poulpe, ou de Charlot aussi, qui sait être tendre, romantique et surtout amoureux des fleurs, des femmes et de la vie. Le rire populaire d'Ali, raconteur d'histoires drôles, Ali prénom du gendre du Prophète, fils d'un gardien de four public, est à la fois rabelaisien, san-antonionesque, et surtout fédérateur, appelant à la paix des coeurs et à l'abolition des nations, de leurs civilisations dévoyées et rongées par l'Histoire et ses Dieux, ces maux absolus.

Chraïbi utilise le terme de polar marrant, voire déconnant, pour rompre - à une certaine époque - avec l'image d'une littérature maghrébine en train de s'essouffler dans une quête de revendication identitaire, soit trop tournée vers elle-même, le solipsisme natif, soit adossée à l'Histoire ou au tragique permanent, ce qui peut finir par lasser. Il ne souhaite pas bien sûr, la mort de ses collègues d'écriture, mais se veut le pourfendeur des vieilles idées qui sont le chancre de l'humanité.
"
Chraïbi est un rebelle qui rame à contre-courant et qui ne tient compte ni des honneurs surfaits, ni de l'establishment. Lui aussi bien sûr a parlé haut et fort à travers plusieurs romans, en dénonçant le patriarcat, les excès d'une religion dévoyée, la misère des femmes et les abus de pouvoir, la terreur exercée au nom du Dieu argent. Lui aussi a su utiliser cette "violence du texte", cette stratégie d'écriture qui fait voler en éclats les dogmes et l'hypocrisie, le racisme et l'intolérance, mais ce changement de cap - cap d'espérance et non plus de désespérance pour la littérature dite maghrébine - apporte un vent de fraîcheur et de quasi naïveté. Un peu comme la naissance d'un nouvel enfant, un peu comme "une naissance à l'aube", titre d'un de ses romans.
Il appartient aussi à l'écrivain né à El DJADIDA, La Neuve, de renouveler le genre romanesque, qu'il soit policier ou non. Dans l'esprit musulman, il me semble aussi de bon ton de réactiver le passé au miroir du présent, de n'être pas soumis à Dieu comme un prisonnier du mektoub figé et stérile, mais de relire le texte sacré comme une renaissance, une découverte à chaque lecture.
La ruse va donc jouer une grande place dans les enquêtes menées par l'inspecteur Ali. Moteur de l'action et du suspens, miroir tendu à l'autre, mais miroir déformant, la ruse est le grain de sable qui agace, elle est la figure du doute permanent qui voile et dévoile, la ruse va user et abuser le coupable et quelquefois même le lecteur.
Le jeu de miroir, les effets dialectiques du langage, vont créer un doute, mais un doute fécond.

" Un miroir était accroché au-dessus de l'évier. Sourcils froncés, mostache taillée en brosse à dents, bouche ouverte, qui était ce type qui le fixait comme un suspect dans un commissariat ? Tous deux éclatèrent de rire."

Qui suis-je ? qui est l'autre ?
Le polar, la littérature policière offre un contact faste avec la réalité d'autres cultures. Le polar est l'un des rares et précieux moyens pour le sujet de sortir de son solipsisme natif, de pénétrer dans ce qui est par définition impénétrable : la conscience d'autrui telle qu'elle reconstruite imaginativement dans les textes littéraires. Ce désir d'entrer dans la conscience de l'autre, que la vie quotidienne nous refuse, la littérature nous le donne. J'ai accès à l'altérité et cet accès me permet de revenir sur moi-même dans de meilleures conditions.
Il faut aussi remarquer que par le passé, dans la littérature dite maghrébine, la place du JE, de la première personne n'était quasiment jamais autorisée, comme s'il fallait toujours parler au nom de la collectivité ou de la tribu. L'écriture ne permettait pas au sujet d'advenir, ni de se mettre en scène.
Lire P.138 Une place au soleil.
Le thème du doute, de la suspicion, le fait d'être suspect à soi-même, mettent le narrateur dans une position très inconfortable. Ici, pas de narrateur omniscient et sûr de lui, pas de vérité toute faite. Chacun semble coupable de quelque chose, chaque personnage est plus ou moins douteux.
L'inspecteur Ali porte un regard lucide sur lui-même et cette lucidité s'appelle le soupçon. Il est en face de l'autre comme en un miroir, à la fois étranger à lui-même, de par sa double culture peut-être, et solitaire parmi la foule. Orphelin, déterritorialisé, désoccidentalisé, désorientalisé, le fils du gardien d'un four public ne peut s'en sortir que par la farce et le rire. Sorte de héros prométhéen, Ali semble initié, de par sa bilangue et sa double culture, de par sa force métissée.
Il a volé le feu aux dieux, il fait éclater les tabous et réveille les consciences endormies. Mais à l'inverse de Prométhée, sa démesure, son hubris, n'est pas tristement prométhéenne, car sa démesure est joyeuse, iconoclaste, faite pour le rire plus que les larmes.
L'enquête policière oscille et bascule toujours entre hilarité et drame. Des histoires drôles, dignes des fois de l'almanach Vermot viennent illustrer un propos , apportent une bouffée d'air frais dans le récit, non pas pour détendre l'atmosphère de façon inopinée, mais simplement pour caviarder un récit trop savant ou abscons, comme si Chraïbi n'avait pas peur de se moquer de lui-même. Ce clin d'oeil au lecteur pour dire" je suis en train d'écrire, mais je n'ai pas la grosse tête, mon héros est populaire et doit le rester, pas de roman à thèse ici, pas de roman à clefs" comme il est dit dans le paratexte de l'Inspecteur Ali.
Chraïbi sait où il va quand il écrit car il commence toujours par la fin, il connaît la fin de l'histoire avant nous, et son intrigue progresse inéluctablement vers cette fin, même si pour y arriver il utilise tous les outils d'une écriture moderne ou postmoderne : digressions, ruptures de style (du savant au grotesque), ellipses narratives, dialogues à l'emporte-pièce, connivence avec le lecteur, micro-récits dans le récit, extraits de presse, collages, définitions de mots croisés;;;etc...
Tout cet attirail littéraire, ces stratégies d'écriture pour parler bien, lui permettent de bricoler dans l'incurable, incurable synonyme du verbe vivre comme disait Cioran... mais il est mort d'ailleurs, ajouterait le narrateur. Vivre donc, mais avec jubilation, sans assommer le lecteur avec " la souffrance d'écrire, de l'enjeu politique des nations," sans asséner haut et fort que le Moi souffre, que c'est bientôt la fin de tout.
Chraïbi écrit donc ses histoires en remontant le temps, en prenant le temps à rebrousse-poil, et par la même occasion la grande Histoire, celle avec sa grande hache, comme disait Georges Pérec. "Il est mort lui aussi d'ailleurs";
Aucune théorie littéraire, aucun dogme semble nous dire l'inspecteur Ali. "Prenez du bon temps, celui de me lire et si chacun est condamné à écouter, à lire une histoire, une enquête, pitié, rions ensemble"!
Ali! faites nous rire et faites les taire, ces acteurs médiocres, ces barbus de pacotille, ces intégristes de toutes les religions, ces sorbonnards qui ne valent pas mieux qu'un âne.
Ali est comme l'âne, un portefaix de nos douleurs, un montreur d'ombre et de lumière, mais c'est un âne heureux, qui croit en l'Homme, et non un homme savant et malheureux qui croit connaître l'âne parce qu'il est sur son dos et qu'il croit braire mieux que lui!
Tous ces propos ont besoin d'être étayés par des citations, des marocanismes, des exemples de diglossie, d'alternances codiques, et la place me manque...
A vous de lire et bonnes enquêtes !
Mardi soir, 29/11/2003
 Driss Chraïbi, l'un des plus grands écrivains maghrébins de langue française, a conversé avec une vingtaine de personnes dans l'intimité d'une salle du bar Les Valseuses à Brélévenez. Invité par l'association Al Manar, cet auteur rebelle de 77 ans a publié une vingtaine de romans et travaillé à France Culture pendant trente ans avec notamment Yann Paranthoen qu'il a retrouvé mardi soir.

Personnage hors normes, attachant, engagé et surtout rebelle, Driss Chraïbi, patriarche de la littérature maghrébine d'expression française, a entamé mardi soir au bar les Valseuses à Brélévenez une rencontre avec son lectorat qui se poursuivra samedi à la librairie Gwalarn.
Né en 1926 au Maroc, ce fils d'une famille aisée débarque à Paris en 1945 à la Libération pour suivre des études de chimie. C'est en 1954 que sort son premier roman intitulé Le passé simple. Depuis, Driss Chraïbi a publié une vingtaine de romans dans des éditions françaises, traduits dans vingt-deux langues. Il y raconte notamment les origines de l'islamisation du Maghreb, la conquête de l'Andalousie par les Berbères et les Arabes. Fervent défenseur de « l'ouverture de la culture à tous les peuples », cet intellectuel, aux oeuvres incisives, critique le déclin des civilisations et cultive le mythe de la Terre nourricière : « Les civilisations avaient des idées belles à la naissance mais elles sont trahies par Dieu et la politique. Nous sommes dirigés par des marionnettes. »
Ses deux dernières parutions sont autobiographiques. Il s'agit de Vu, lu, entendu et Le monde d'à côté. Son prochain ouvrage ­ L'homme qui venait du passé ­ sortira au printemps prochain aux éditions Gallimard. Driss Chraïbi y explore « le côté intérieur de Ben Laden ».
Mardi, l'auteur, qui vit actuellement dans la Drôme, est longuement revenu sur ses trente années passées à France Culture pour laquelle il écrivait des dramatiques d'environ 75 minutes. Il a retrouvé Yann Paranthoen, ingénieur du son mondialement connu, avec qui il a travaillé à la radio où il régnait « une ambiance familiale et conviviale. » Des souvenirs que les deux hommes ont longuement partagés.
Driss Chraïbi a également rendu un émouvant hommage à Mohamed Choukri, écrivain marocain, décédé la semaine dernière à l'âge de 60 ans : « Frère d'esprit sinon de sang, Mohamed Choukri était le véritable roi des pauvres ». Cet écrivain universellement connu a notamment publié Le pain nu.
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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:01
QUAT’ de couverture
 
  • LES COCCINELLES DU DIABLE
  • ECO-POLAR
 
2010 : année internationale de la biodiversité, exposition universelle de Shanghai.
Cette fiction policière est une enquête au pays de la vigne et du vin. Le petit village de Jobigny La Ronce, ainsi que le Domaine de La Clairgerie, ne se trouvent sur aucune carte. Disons qu’ils sont proches de Beaune, en Bourgogne. Tout au long d’une intrigue dans laquelle se côtoient science, écologie, drame et fantaisie, l’auteur nous invite « à cheval sur le vin », à découvrir des paysages étranges, sur lesquels de drôles d’insectes font la loi.
Les « Coccinelles du Diable » -  métaphore de la peur de l’Autre, du « péril jaune » - mais véritable fléau - déchaînent les passions. Planète folle, crimes odieux, climats agités, le vin se troublerait-il… ? Logiquement, oui ! Mais la logique n’est-elle pas le dernier refuge des gens sans imagination… ? La Nature, mal gérée par l’homme, est bien plus dangereuse qu’une arme à feu – devenue ringarde dans un polar en 2011. Et si le repas gastronomique des Français se retrouve inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité, n’oublions pas que le vin en représente l’esprit.
Yann Venner, dans ce  sixième roman, parcourt les climats de Bourgogne, la Bretagne et l’Asie, avec science, conscience et  jubilation.
 ISBN                                                       15 euros
 
 
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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:53

Le cageot

 

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.

A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.

(F. Ponge, Le Parti pris des choses, 1942)

 

Le Vin

( extrait de La Correspondance du vin essais éditions Guitardes 1981 cadeau d’anniversaire)  

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:46

giovedì 02 settembre 2010 18:00 90 Visualizzazioni

YANN VENNER

L'Alliance Française di Trieste

organizza un incontro con lo scrittore bretone

 

YANN VENNER: le nuove vie del poliziesco

 

Venerdì 3 settembre 2010  ore 18.30

Bagno Ausonia - Riva Traiana, 1

Yann Venner è scrittore di polars intriganti e raffinato poeta. Nato a Saint-Brieuc nel 1953, vive tra Bretagna e Borgogna. Ha pubblicato cinque romanzi polizieschi: dopo una tetralogia ambientata in Bretagna, in cui mescola humour e noir, ha pubblicato Cocktail cruel, un “eco-polar” in cui la suspense e l’humour abituali si accompagnano al motivo ecologico. Tutta l’opera di Venner è caratterizzata da un utilizzo sapiente della lingua francese, con ricorso a modi di dire, calembours ed ogni tipo di gioco linguistico.
L’intervento triestino sarà dedicato al rapporto tra ironia e polar e alla nuova funzione che il genere poliziesco ha acquisito negli ultimi anni: quella di descrivere il territorio locale mettendolo in rapporto con le grandi questioni socio-economiche del mondo globalizzato, costituendo così un momento di analisi e critica più che una semplice fuga nell’immaginario.
Lo scrittore converserà con Anna Zoppellari, docente di Letteratura francese presso l'Università di Trieste e vice-presidente dell'Alliance française di Trieste.
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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:15

Interview Yann Venner, août 2010.

  1. 1.      Comment définirez-vous vos polars ?
  2. 2.      Dans vos romans, le crime n’est jamais le résultat de laborieuses manœuvres, mais il est vengeance ou folie, et il est le plus souvent répété. Quel rôle donnez-vous aux sentiments noirs dans la vie ?
  3. 3.      Vos premiers quatre romans se passent en Bretagne, le dernier entre Bretagne et Bourgogne, mais parlent de problèmes qui ont touché l’esprit des français ou des européens au cours du XX siècle (la guerre d’Algérie, le terrorisme, les sans papiers et la politique d’immigration, l’écologie). Quel rapport établissez-vous entre le local et le global ? Vous vous considérez un écrivain régional ? Sur quelle tradition vous vous appuyez pour prendre en compte l’environnement dans lequel les histoires se déroulent avec ses problèmes sociaux, politiques et économiques ?
  4. 4.      Vous avez créez des personnages qui se répètent dans les différents romans. A quoi répond ce gout de la répétition et de la création de personnages d’un roman à l’autre ?
  5. 5.      Pourquoi, par contre, dans Cocktail cruel, le dernier éco-polar, vous les avez presque abandonnés ?
  6. 6.      Quelle place donnez-vous au comique et à l’ironie dans vos romans ?
  7. 7.      L’une des caractéristiques fondamentales de vos romans est le travail linguistique qui permet de rendre la richesse du français. Pour quelle raison vous donnez une si grande place à la « pluralité de la langue » française ?
  8. 8.      Vous êtes  un écrivain de polars et un poète. En quoi ces deux types d’écritures se contrastent, si elles se contrastent, et se complètent ? Différemment dit : vous avez pratiqué et publié de la poésie pour longtemps et, depuis 2006, vous vous adonnez au roman policier. Qu’est-ce que vous a porté à ce changement ?
  9. 9.      Vous connaissez quelques écrivains de polar italiens ?

 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 15:43

« CLIMAT » FUNEBRE, EN ROUGE MAJEUR

I

Un océan vert, composé  de  milliards de feuilles de vignes, entourait la jolie ville de Beaune. L’on pouvait entendre frémir, sous le vent tiède, toutes ces vagues végétales, qui semblaient venir s’échouer, en vertes volutes, aux portes de la cité. Et sous les feuilles de cette mer de vignes, les ceps, chargés de lourdes grappes de raisins de chardonnay ou de pinot noir, annonçaient une vendange précoce, voire prometteuse – si le beau temps se maintenait jusqu’aux vendanges.

Dès le début du mois d’août, on vit aussi fleurir sur plusieurs vitrines de la ville de blanches affichettes sur lesquelles on pouvait lire : « Recherche personnel pour les vendanges. Nourri, logé. S’adresser à…. Téléphone…. »

C’est ainsi que débarquèrent dès le jeudi vingt-cinq août, en gare de Beaune, nombre de travailleurs saisonniers, venus de toute la France, et de l’Union Européenne. Depuis quelques jours, devant la gare de Beaune, attendaient les véhicules des vignerons, venus chercher leur petit contingent de travailleurs saisonniers. Puis, en voiture ou camionnette, l’on quittait alors la ville, pour rejoindre les petits villages alentours. Dès le lendemain, certaines des personnes recrutées  seraient chargés de couper le raisin, d’autres de travailler à la table de tri, d’autres encore de porter hottes, caisses et caissettes remplies de grappes.

Dès le vendredi, parmi les coteaux qui déclinaient toutes leurs nuances de vert, certains habitants de la ville pouvaient apercevoir dans le lointain de minuscules taches colorées. Elles avançaient en rangs serrés, telle une armée de combattants joyeux, pour récolter les fruits de la nature.

Dans les rues des villages, l’on entendait rouler les tonneaux, grincer les portes des caves et des cuveries, circuler les tracteurs. Sans cesse, la région semblait bruire telle une ruche, après une trop longue saison de silence. Bientôt, coulerait un nouveau miel, une manne sacrée : le jus de la vigne, rouge ou blanc, odorant et sucré, qui emplirait de son flot généreux les cuves en inox, en bois ou en ciment.

II

Vers dix-huit heures, la première journée de vendanges s’acheva. Sur la parcelle de vignes classée en premier cru et dénommée les Renardières, plus une seule grappe de pinot noir ne subsistait. L’armée de vendangeurs n’avait laissé derrière elle aucun survivant. Tout le personnel était rentré. Certains pour se reposer ou prendre une douche réparatrice, quand d’autres s’activaient encore à la cuverie, la journée de travail étant loin d’être achevée.

Au Domaine Ravignot, à vingt heures, quand la troupe des vendangeurs se mit à table, une chaise resta vide. Une jeune fille manquait à l’appel. Elle s’appelait Clara. Au début du repas, ses voisins de table, qui étaient les mêmes qu’au déjeuner, constatèrent son absence, sans s’inquiéter outre mesure. Mais une demi-heure plus tard, Corinne, une étudiante de Besançon, décida d’en avoir le cœur net.

-          Je vais aller voir au dortoir si elle ne s’est pas endormie, lança-t-elle à la cantonade.

-         Oh ! Attends, je vais y aller moi ! Clara est peut-être sous la douche ! ajouta Frédéric, un jeune homme blond à l’œil égrillard, déjà excité par deux verres d’aligoté.

Mais Corinne, plus rapide, s’élança à grands pas, après avoir foudroyé du regard le rustaud. Dans la chambrée des filles, personne. Dans les toilettes, elle appela à plusieurs reprises ; personne. Clara avait disparu. Pourtant, Corinne l’avait vue une heure plus tôt, riant de grand cœur avec d’autres amies.

Mais quand la jeune étudiante pénétra dans les douches, elle entendit de l’eau couler. Approchant à pas prudents, car le sol glissant et détrempé présentait un danger, elle crut soudain voir parmi la vapeur d’eau, un filet d’eau rouge clair se détachant sur le carrelage couleur crème. Elle fit deux pas de plus, frappa à la porte de la cabine. Puis essaya de l’ouvrir. Impossible !

-          Tu es là, Clara ? Dis, tu es là ?

Dans cette atmosphère étouffante, dévorée par la crainte, Corinne sentit alors à ses pieds, se glisser un serpent visqueux. Les yeux baissés, elle n’eut que le temps de crier.

-         Horreur !

Tout en voyant une rigole de sang rouge couler entre deux baskets blanches.

 

III

Elle courut à toutes jambes, après avoir failli tomber sur le carrelage glissant, prévenir le patron. Aussitôt alerté, Lucien Ravignot, le vigneron du domaine, courut vers les douches. Lui aussi constata le sang qui sortait de la cabine. Ne pouvant ouvrir la porte, il se suspendit des deux mains, après avoir sauté, sur le haut de celle-ci. Ce qu’il aperçut alors lui glaça les os. Clara gisait nue sur le sol, la gorge tranchée. Sa chevelure rousse, poissée de sang et d’eau recouvrait une partie du visage. Le vigneron se précipita sur le téléphone. Pendant ce temps, Corinne et l’ensemble des deux tablées de vendangeurs parlait à voix basse. Et dans cette lourde atmosphère, tendue à l’extrême, le patron du domaine retourna à sa place. Il refusa de prononcer le moindre mot, alors que tous les regards se tournaient vers lui.

Quand le Commissaire Létourneau arriva, un silence de plomb se fit dans la salle. Une partie de la sombre cuverie, transformée le temps des vendanges en salle à manger, accueillait une vingtaine de personnes, la plupart tête baissée, le nez dans leur assiette. Quelqu’un alluma les néons, qui dévoilèrent des visages hagards, aux yeux surpris par la forte lumière

Lucien Ravignot accueillit le policier de Beaune. Ce dernier s’était déplacé avec l’adjudant de service, suivi du médecin légiste de Dijon, après que le commissariat les eut appelés tour à tour à leur domicile. Létourneau habitait  non loin du lieu du drame. Il venait de recevoir un appel transmis par ses services. Un villageois se plaignait de s’être fait voler par un singe une paire de lunettes, qu’il venait de déposer sur sa terrasse. Ce même villageois se plaignant d’un petit cirque forain de passage, établi non loin de chez lui, et qui avait fait étape dans l’après-midi.

On attendait, d’un instant à l’autre, le procureur.

-         Bonsoir, Lucien. Bonsoir Mesdames et Messieurs. Désolé d’arriver en de si tragiques circonstances.

Le regard du Commissaire fit alors le tour de la salle, inspectant avec précision chaque visage. Certains n’osaient affronter l’œil exercé du Commissaire ; d’autres, un peu ivres, le fixaient d’un regard trouble. Corinne, retournée à sa place près de la chaise vide, sanglotait, tandis qu’une amie la tenait dans ses bras.

-         D’après les premières constatations, il s’agit bien d’un meurtre, soyez en certain ! Mais pour le bon déroulement de l’enquête, je ne vous en dirai pas plus !  Personne dans cette pièce ne doit quitter les lieux. Vous m’entendez bien ?

Toute l’assistance était pendue aux lèvres du Commissaire. La dernière phrase avait été lancée comme une menace.

-         Monsieur Ravignot ? Pouvez-vous affirmer que personne, à part Corinne, n’a quitté la salle à manger ?

Le ton péremptoire annonçait de bien noirs augures.

-          Certain, Monsieur Létourneau, certain…

Mais, troublé par la violence de la situation, et harassé par une dure journée, les idées du vigneron n’étaient plus très claires. Pourtant il n’avait pas bu. Un patron responsable se devait de montrer l’exemple autour de lui.

-         … A part ma femme Louise, qui va et vient à la cuisine, et ma fille Christelle qui l’assiste, personne, non, personne !

Et d’un geste de la main, le vigneron enjoignit au commissaire de le suivre vers ladite cuisine un peu plus loin en contrebas, quand soudain…

-         Pardon, Lucien ! Si je peux me permettre… Monsieur le Commissaire.

Une voix s’était élevée. Sourde et lente. Celle d’un homme plus très jeune, qui s’exprimait avec difficulté. C’était Armand, le beau-frère du vigneron, venant chaque année, en fidèle compagnon, offrir son aide pour les vendanges. En échange de quelques bonnes bouteilles.

-         Oui, je vous écoute… !

Létourneau se tourna vers l’homme sur qui tous les regards étaient fixés.

-          Tu te trompes, Lucien ! Pardon de te le dire comme ça, mais j’ai vu au cours du dîner ce jeune homme, là-bas, avec sa casquette rouge, qui avait quitté l’assemblée…

Et de son index décharné, encore souillé par les tanins du raisin, l’homme désigna Benoît Malingeon, un jeune étudiant venu de Dijon. Surpris par la violence de l’accusation, il fallait voir comme Benoît avait sursauté quand le doigt accusateur s’était pointé sur lui ! Il se défendit avec conviction et finit par conclure.

-          … De toute façon, il ne peut pas me sacquer, le garde-chiourme ! L’a pas arrêté de me houspiller dans les vignes, prétexte que je plaisantais trop avec Clara et que je retardais l’équipe… C’est pas une compétition, tout de même !

-          Et vous affirmez, jeune homme, prononça le Commissaire, que vous vous êtes rendu aux toilettes puis fumer dehors, avant le plat principal ?

-          Oui, c’est bien cela.

Létourneau  se déplaça,  jusqu’à saisir la main gauche de Benoît. Puis la renifla. Les doigts sentaient encore la nicotine.

-         Laissez-moi tranquille, cria alors Benoît, tout en se dégageant de l’emprise du Commissaire.

-         Tout doux, jeune homme, tout doux ! Et ôtez votre casquette, je vous prie !

Benoît obtempéra.

-         Et cette trace, là ? En haut de votre front ! Vous vous êtes fait griffer ?

-         Non, non ! Je me suis cogné à un piquet, dans la vigne… On plaisantait, avec Clara…

Apparut alors le légiste, tel un fantôme, dans sa tenue blanche, les mains recouvertes de gants translucides. Un bonnet de coton posé de travers lui donnait l’air d’un clown triste. L’homme avançait, tout menu dans sa blouse trop grande. On n’entendait pas une mouche voler. Le vent avait tourné plein sud et le ciel noir, chargé d’humidité, n’allait pas tarder à déverser sa colère.

-          Qui possède un rasoir style coupe chou ? Vous savez, le rasoir de nos grands-pères ?

Le médecin légiste avait parlé. Silence dans la salle. Puis, gêné, Benoît Malingeon déclara.

-         Moi j’en ai un. Pourquoi donc posez-vous cette question ?

-         Jeune homme, êtes-vous gaucher ?

-         Oui, pourquoi ?

-         Votre compte est bon ! Commissaire Létourneau, emparez-vous de ce criminel, je vous prie !

IV

Létourneau n’avait guère l’habitude de se faire ainsi commander. Mais, par feinte ou dissimulation, il obtempéra après un court moment d’hésitation. Le Commissaire prononça donc avec solennité les formules d’usage, tandis que l’adjudant passait les menottes à Benoît Malingeon.

Une ambulance arriva quelques instants après. Le prévenu fut amené par l’adjudant devant la voiture du juge d’instruction, qui était enfin là. Ce dernier venait d’obtenir un résumé des faits, relaté par le Commissaire

-         Benoît Malingeon, reconnaissez-vous ce rasoir ?

La voix du juge était menaçante. L’adjudant tenait devant lui, protégée dans un sac plastique transparent et numéroté au feutre noir, la pièce à conviction.

-         Mais c’est pas moi, j’vous jure ! Oui, c’est bien mon rasoir, mais c’est pas moi, j’vous…

-         Suffit, espèce d’égorgeur ! Vous vouliez abuser d’elle, avouez !

-         Mais bien sûr que non ! On a juste fumé un pétard ensemble, c’est pas un crime. Et puis, Clara est partie prendre sa douche ! Moi, j’suis resté tout seul à fumer tranquille…

-         Et vous avez regagné la table, sans croiser personne ?

-         Bien sûr ! J’ai regagné ma place, avec les autres !

Létourneau suivait les débats sans rien dire. Si je jeune vendangeur mentait, c’était un formidable comédien. Le Commissaire eut pitié de le voir ainsi s’enfoncer. Et de tomber à pieds joints dans les pièges tendus par le procureur.

-         Moi, je voudrais bien vous croire, Benoît ! Mais pourquoi avoir laissé traîner ce rasoir ? Cette pièce à conviction vous condamne d’office. Vos empreintes sont même dessus, d’après les relevés de l’adjudant. Vos empreintes, vous saisissez ?

-         Je…Je… C’est pas moi ! Laisser traîner l’arme du crime, il faut être vraiment bête !

-         Vous avez paniqué, avouez ! Et après lui avoir tranché la gorge, vous avez oublié le rasoir, c’est simple ! conclut le procureur.

Le jeune homme continuait de nier, sous un flot de paroles.

-         Ne vous enfoncez pas davantage, Monsieur Malingeon ! Commissaire, conduisez-moi ce jeune criminel en prison ! Ma conviction est faite.

Il était plus de vingt-trois heures. Le procureur semblait pressé de regagner son lit.

-          Et prenez par écrit toute sa déposition, Monsieur Létourneau. Je la veux signée demain matin, en deux exemplaires, sur mon bureau. Bonne nuit, Commissaire…

 

V

Malgré ses dénégations, tandis que les vendanges continuaient sous le soleil, Benoît Malingeon resta croupir à l’ombre. Jusqu’au moment où l’homme qui s’était fait voler ses lunettes rappela.

-         Alors mes lunettes ? Et ce singe, vous l’avez retrouvé ?

S’engagea alors une longue discussion. Et cela fit « tilt » dans la tête du Commissaire, qui appela le légiste à propos d’éventuels poils de chimpanzé. Dans la chevelure de Clara, on finit, après de patientes recherches, par en trouver deux.

***

Le jeune singe s’était échappé de sa cage. La bête, grisée par les grands espaces, qu’elle n’avait jamais connus, était arrivée le premier soir des vendanges sur le domaine Ravignot, après avoir erré autour de quelques maisons ainsi que dans les bois. Elle avait même goûté quelques raisins, sur « le climat » des Renardières.

Se cachant près des douches, après avoir bu au lavabo de la salle des garçons, le chimpanzé n’avait pu résister à la vue d’un coupe-chou brillant qui dépassait d’une trousse de toilette. Le manche en argent brillait dans le soleil du soir. Puis, le jeune primate sentit de la fumée. L’odeur et la vue d’une cigarette encore fumante l’attirèrent. Curieux comme sont tous les singes, tout en gardant son rasoir à la main, il aspira quelques bouffées. Puis toussa, cracha, rejetant le mégot à terre. Il se mit à divaguer, complétement « stone. »

Soudainement excitée par la drogue, la bête entra alors dans la partie douches réservée aux filles, où Clara se rinçait rapidement. La jeune femme était en retard. Mais quand elle vit bondir l’animal au-dessus de sa tête, Clara hurla si fort que le chimpanzé, pris de panique, heurta violemment  le plafond avec son crâne. Le singe tomba, puis s’agrippa  sur une chevelure rousse. Le rasoir s’ouvrit, on ne sut comment. Complétement affolée devant les hurlements de la jeune fille, la bête alors frappa. Sa main gauche armée trancha avec violence la gorge de sa victime. La vue du sang effraya le chimpanzé. Le rasoir tomba dans la douche.

Le hurlement avait cessé.

Un peu plus tard, de nouveau dans les bois, le jeune animal, inexpérimenté à la vie sauvage, s’endormit  sur le sol, au pied d’un vieux châtaignier. En pleine nuit, dans son sommeil, le chimpanzé se fit attaquer par deux renards affamés et sans pitié... Ils le dévorèrent.

Le singe n’avait pas vu la mort venir. Clara, la jeune vendangeuse, si !

 

***

Le Commissaire ne connut pas tous ces détails. Il réussit cependant à prouver qu’un chimpanzé évadé de sa cage avait commis l’irréparable.

Le principal surtout, c’est que Benoît fût innocenté.

 

FIN 

 

Le 26 août 2011

YV

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 18:33

début

CHAPITRE I

 

 

Un lièvre déboula dans la clairière. Bientôt suivi de deux autres qui semblaient fuir un invisible ennemi. Au plus haut des arbres, parmi l’enchevêtrement des branches, le chant des premiers oiseaux s’éteignit.

Au milieu du pont métallique  qui surplombait la rivière, une vingtaine de crapauds s’étaient rassemblés en cercle, comme tassés sur eux-mêmes. L’eau de la rivière s’assombrit d’un seul coup. Des yeux des batraciens aux paupières mi-closes, filtrait une étrange lumière. Et de leurs corps rassemblés en bataillon, semblait pulser un unique cœur. Dans la clairière environnante, plus un bruit.

Ce calme inhabituel réveilla d’un seul coup Bouloche et Fripoune, un couple de marginaux qui habitait l’unique cabane de rondins. Dans le ciel matinal d’octobre, un maigre filet de fumée grise s’échappait du conduit de la cheminée.

-          Oh, Fripoune, tu dors ? T’entends … ? On n’entend plus rien…

-         Comment veux-tu que j’entende, si on n’entend rien ! ronchonna la femme en farfouillant dans sa tignasse.

-         Chut ! … Ecoute ! C’est bizarre… On dirait du silence…

-         C’est toi qu’es bizarre… Va donc donner à manger au poêle ! J’ai froid aux pieds !

Bouloche se leva, épiant la moindre trace de vie à l’extérieur. Seules ses jointures craquèrent. Avec application, il rechargea l’appareil de chauffage dont le fond ne contenait plus que quelques braises. Un journal froissé en boule, une poignée de brindilles sèches, suivi du souffle de l’homme suffirent à ranimer le foyer. Après qu’il eût glissé deux petites bûches de chêne et par-dessus une plus grosse, on entendit le crépitement du feu qui lançait à présent sa joyeuse lumière.

Fripoune se leva, enfila sa vieille robe de chambre en pilou et mit l’eau à chauffer. Bouloche était sorti, intrigué. Quand il rentra, il avait son visage des mauvais jours. Fripoune le regarda de biais.

-          Tu vas pas à la vigne ce matin ?

-         Non ! Le patron nous a donné not’ matinée. J’vais en profiter pour réparer le toit avant que les gelées arrivent. Bizarre, ce silence dehors…

-         Ben moi, j’vais aller aux champignons après mon café. A Beaune, j’ai trouvé un nouveau client. Un restaurant qui veut bien  m’acheter les derniers cèpes de la saison.

Le couple prenait son petit déjeuner quand la première explosion les surprit. Fripoune bondit sur son tabouret, renversa son bol. Bouloche sauta en l’air comme frappé par la foudre… Un épouvantable fracas, suivi d’une lumière aveuglante, leur transperça les tympans. Une deuxième explosion suivit, encore plus violente. Sous leurs pieds, la terre trembla. La cabane vibra ainsi que la table sur laquelle s’entrechoquèrent les couverts. Puis ce fut de nouveau le silence. L’homme regarda sa femme, atterré. Fripoune voulut parler, mais aucun son ne sortit. Sa bouche ouverte, à demi édentée, semblait celle d’un poisson à l’agonie. Et à travers les carreaux crasseux de la fenêtre, un soleil pâle filtra.

-          J’te disais bien qu’un silence pareil, c’était pas  du normal… !

-         Si c’est ça que t’appelles du silence, moi j’veux bien être changé en chèvre… !

-         Tais-toi Fripoune ! Tu vas nous attirer la poisse !

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 23:40

Corentin Baliveau, juché sur son tracteur-enjambeur, était au travail depuis huit heures du matin. Il avait pour tâche de traiter une dizaine de rangs de vignes contre le mildiou, un champignon microscopique qui empêchait le développement du raisin. La pluie tant attendue était enfin tombée, pendant une semaine entière, drue et tiède. En l'absence de vent,  une humidité poisseuse recouvrait désormais les ceps de pinot noir, collait à la terre marneuse et s'était fixée sur les jeunes grappes.

 

Dès les premiers signes de la maladie, le feuillage avait rapidement jauni et flétri, des taches brunes étaient apparues. La pluie s'était arrêtée hier au soir. On annonçait un temps doux et couvert pour toute la semaine, mais sans ondées. L'opération de sulfatage à la bouillie bordelaise avait donc été décidée et une jolie couleur bleue commençait à recouvrir  le feuillage.

 

La pente s'accentua. Un brouillard chaud recouvrait la campagne. Des gouttes de sueur inondaient le front de l'ouvrier et  commençaient à lui tomber dans les yeux. Il souleva sa casquette pour s'éponger le front. Ses mains lâchèrent un instant le volant du tracteur quand un éternuement violent le surprit. La casquette s’envola.

Au même moment, le pied de Corentin glissa brutalement sur la pédale d'accélérateur. L'engin bondit dans la pente glissante de glaise. L'homme poussa un cri, mains agrippées au volant, corps arc-bouté et pied enfoncé sur le frein. Déséquilibré, le conducteur fut projeté à terre. Sa  tête heurta une murette de pierres en contrebas. Le crâne éclata dans un  affreux craquement tandis que le tracteur continuait sa course folle.

 

On retrouva Corentin Baliveau trois heures plus tard. La murette de pierres blanches était souillée de sang. Autour des lèvres du mort, s'étaient agglutinées plusieurs coccinelles, qui semblaient lui rendre un hommage funèbre.

 

Une partie du meurger avait été défoncée par le tracteur enjambeur, désormais couché sur le flanc. De l’huile visqueuse, mêlée de fuel, gouttait d’une flaque en contrebas. Celle-ci brillait sous un soleil timide et refléta soudain le visage du premier témoin. Un promeneur qui passait par là, attiré par la position incongrue du tracteur. Le touriste avait d’abord distingué une tache rouge fluo, couleur minium, qui se détachait au ras du sol parmi un paysage de vignes. La lumière fortement orangée lui avait sauté aux yeux.

Et, s’étant approché à grands pas, le touriste allemand dut constater  les faits. Un homme, presque en chien de fusil, comme recroquevillé, baignait dans son sang, la tête en bouillie. Parmi le peu de cheveux gris, un morceau de cervelle apparaissait. Les mouches bourdonnaient, des coccinelles voletaient, l’air sentait le fuel. Le fort contraste des couleurs donnait une touche très réaliste à ce cruel tableau. Et cette œuvre, de nature et de culture mêlées, causa un tel choc au voyageur de passage, qu’il prit ses jambes à son cou pour rejoindre l’habitation la plus proche.

 

Midi sonna au clocher du village. Les douze coups s’égrenèrent parmi le vent doux de juin au moment où l’homme frappa à une porte.

 

 Egzcusez-moi, Mat’ame ! Je… trouver un Leiche, … Part’on, un homme mort dans la cam pa gnieux… Moi, courir très vite !

 

La personne qui venait d’ouvrir et de recevoir ces informations en pleine face, eut pour premier réflexe de se rencogner contre le battant de la porte. Dans sa blouse grise à fleurs mauves, elle fixait le visiteur, comme hallucinée, incapable de refermer la bouche qu’elle avait grand ouvert. L’homme continuait de fixer du regard cette petite vieille aux cheveux assortis à la blouse. L’Allemand aussitôt jugea cette femme bien coquette ; « Une vraie petite Vranzaise », pensa-t-il… en allemand.

Célestine Pignol eut alors un haut le cœur, croyant voir à travers l’étranger un ancien soldat Boche. En une seconde, elle se retrouva en mille neuf cent quarante-deux, tandis que l’armée allemande occupait le pays ; non loin de la ligne de démarcation. Célestine, choquée, atteinte de confusion mentale, agrippa la porte de ses deux mains usées et, d’une poussée violente, referma le battant au nez de l’importun.

 

Lui, en short et en sueur, ses maigres cheveux blonds plaqués sur un crâne dégarni, continuait de trembler sur ses grosses jambes poilues. Un lourd sac à dos kaki lui faisait une grosse bosse dans le dos. Des poils dorés sortaient de ses oreilles, lui donnant une bonne tête de nounours abruti.

Hans, puisqu’il se prénommait ainsi, crut bon de s’éloigner à reculons.

Une voiture, lancée à vive allure, le heurta au niveau des genoux. Projeté comme un ballon de baudruche, le touriste refoulé s’envola dans les airs. Crissement de pneus, hurlement de freins !

Un corps lourd retomba sur la chaussée. Quatre-vingt-dix kilos de chair broyée.

Le capot de la voiture était défoncé, le pare-brise en miettes tandis que le conducteur, à peine sorti du véhicule, braillait.

 

 Mais, c’est pas Dieu possib’ ! J’y suis pour rien moi !

 

La vieille Célestine venait de rouvrir sa porte. C’en était trop ! Son cœur lâcha. Trois morts en moins de cinq minutes de lecture.

Décidément, ce roman commençait bien mal….

 

FIN, provisoire…Corentin Baliveau, juché sur son tracteur-enjambeur, était au travail depuis huit heures du matin. Il avait pour tâche de traiter une dizaine de rangs de vignes contre le mildiou, un champignon microscopique qui empêchait le développement du raisin. La pluie tant attendue était enfin tombée, pendant une semaine entière, drue et tiède. En l'absence de vent,  une humidité poisseuse recouvrait désormais les ceps de pinot noir, collait à la terre marneuse et s'était fixée sur les jeunes grappes.

 

Dès les premiers signes de la maladie, le feuillage avait rapidement jauni et flétri, des taches brunes étaient apparues. La pluie s'était arrêtée hier au soir. On annonçait un temps doux et couvert pour toute la semaine, mais sans ondées. L'opération de sulfatage à la bouillie bordelaise avait donc été décidée et une jolie couleur bleue commençait à recouvrir  le feuillage.

 

La pente s'accentua. Un brouillard chaud recouvrait la campagne. Des gouttes de sueur inondaient le front de l'ouvrier et  commençaient à lui tomber dans les yeux. Il souleva sa casquette pour s'éponger le front. Ses mains lâchèrent un instant le volant du tracteur quand un éternuement violent le surprit. La casquette s’envola.

Au même moment, le pied de Corentin glissa brutalement sur la pédale d'accélérateur. L'engin bondit dans la pente glissante de glaise. L'homme poussa un cri, mains agrippées au volant, corps arc-bouté et pied enfoncé sur le frein. Déséquilibré, le conducteur fut projeté à terre. Sa  tête heurta une murette de pierres en contrebas. Le crâne éclata dans un  affreux craquement tandis que le tracteur continuait sa course folle.

 

On retrouva Corentin Baliveau trois heures plus tard. La murette de pierres blanches était souillée de sang. Autour des lèvres du mort, s'étaient agglutinées plusieurs coccinelles, qui semblaient lui rendre un hommage funèbre.

 

Une partie du meurger avait été défoncée par le tracteur enjambeur, désormais couché sur le flanc. De l’huile visqueuse, mêlée de fuel, gouttait d’une flaque en contrebas. Celle-ci brillait sous un soleil timide et refléta soudain le visage du premier témoin. Un promeneur qui passait par là, attiré par la position incongrue du tracteur. Le touriste avait d’abord distingué une tache rouge fluo, couleur minium, qui se détachait au ras du sol parmi un paysage de vignes. La lumière fortement orangée lui avait sauté aux yeux.

Et, s’étant approché à grands pas, le touriste allemand dut constater  les faits. Un homme, presque en chien de fusil, comme recroquevillé, baignait dans son sang, la tête en bouillie. Parmi le peu de cheveux gris, un morceau de cervelle apparaissait. Les mouches bourdonnaient, des coccinelles voletaient, l’air sentait le fuel. Le fort contraste des couleurs donnait une touche très réaliste à ce cruel tableau. Et cette œuvre, de nature et de culture mêlées, causa un tel choc au voyageur de passage, qu’il prit ses jambes à son cou pour rejoindre l’habitation la plus proche.

 

Midi sonna au clocher du village. Les douze coups s’égrenèrent parmi le vent doux de juin au moment où l’homme frappa à une porte.

 

 Egzcusez-moi, Mat’ame ! Je… trouver un Leiche, … Part’on, un homme mort dans la cam pa gnieux… Moi, courir très vite !

 

La personne qui venait d’ouvrir et de recevoir ces informations en pleine face, eut pour premier réflexe de se rencogner contre le battant de la porte. Dans sa blouse grise à fleurs mauves, elle fixait le visiteur, comme hallucinée, incapable de refermer la bouche qu’elle avait grand ouvert. L’homme continuait de fixer du regard cette petite vieille aux cheveux assortis à la blouse. L’Allemand aussitôt jugea cette femme bien coquette ; « Une vraie petite Vranzaise », pensa-t-il… en allemand.

Célestine Pignol eut alors un haut le cœur, croyant voir à travers l’étranger un ancien soldat Boche. En une seconde, elle se retrouva en mille neuf cent quarante-deux, tandis que l’armée allemande occupait le pays ; non loin de la ligne de démarcation. Célestine, choquée, atteinte de confusion mentale, agrippa la porte de ses deux mains usées et, d’une poussée violente, referma le battant au nez de l’importun.

 

Lui, en short et en sueur, ses maigres cheveux blonds plaqués sur un crâne dégarni, continuait de trembler sur ses grosses jambes poilues. Un lourd sac à dos kaki lui faisait une grosse bosse dans le dos. Des poils dorés sortaient de ses oreilles, lui donnant une bonne tête de nounours abruti.

Hans, puisqu’il se prénommait ainsi, crut bon de s’éloigner à reculons.

Une voiture, lancée à vive allure, le heurta au niveau des genoux. Projeté comme un ballon de baudruche, le touriste refoulé s’envola dans les airs. Crissement de pneus, hurlement de freins !

Un corps lourd retomba sur la chaussée. Quatre-vingt-dix kilos de chair broyée.

Le capot de la voiture était défoncé, le pare-brise en miettes tandis que le conducteur, à peine sorti du véhicule, braillait.

 

 Mais, c’est pas Dieu possib’ ! J’y suis pour rien moi !

 

La vieille Célestine venait de rouvrir sa porte. C’en était trop ! Son cœur lâcha. Trois morts en moins de cinq minutes de lecture.

Décidément, ce roman commençait bien mal….

 

FIN, provisoire…

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 23:36
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