Nu
Dégrafe tes bijoux et pose
Ta main sur ton sexe de rose
Libérée de toute parure
Tu déroules ta chevelure
Entends-tu Baudelaire gémir
Son fantôme aime les caresses
Allongée comme une hétaïre
Ta jouissance est une promesse
Nu
Dégrafe tes bijoux et pose
Ta main sur ton sexe de rose
Libérée de toute parure
Tu déroules ta chevelure
Entends-tu Baudelaire gémir
Son fantôme aime les caresses
Allongée comme une hétaïre
Ta jouissance est une promesse
La leçon de peinture
Immobile et figé comme une image sainte
Le paysage est là posé comme une empreinte
Pas un bruit pas un pas
Ne trouble cet instant
Le peintre à sa palette choisit des touches d’or
Pour signifier le ciel l’en-haut le firmament
Il prend un peu d’argent
Pour le rendre aux étoiles
Puis du blanc pour la nuit
Car la nuit est laiteuse
L’air moite et Bételgeuse
Fixe d’un œil moqueur
Cet homoncule artiste
Ce faiseur ce copieur de nature encadrée
Qu’il ira vendre un jour
Aux amateurs glacés
Sur un simple tableau
Une petite toile
Un morceau de pays géométristemort
Ira fleurir musées salons faire décor
Le peintre achève alors
Son obscure besogne
Assis debout râlant il pille sans vergogne…
Et la nature s’endort souillée sous son étreinte
Demain au petit jour elle ira porter plainte
Les bœufs
A Guillaume Apollinaire
Oh les bœufs malheureux
Comme ils sont ridicules
Oh les bœufs malheureux
Comme ils vont deux par deux
Oh les bœufs malheureux
Privés de testicules
Qu’un paysan cagneux
Coupa au crépuscule.
Les mots
Les mots me rongent et me démangent
Les mots me mangent dans mes songes.
Les bons démons qui me dérangent
Rongent mes os rongent mes mots.
Je suis aux anges quand il pleut
Et dans la fange quand je veux
Roulé roulant dans la gadoue
Dépliant mon tapis de boue
La joie inondant mon abri
Petit paradis pour la nuit
Barques
Barques demi-barriques
Sur un fleuve de vin
Coquilles traversées
De rames en colère
De drames en galères
Où sont donc vos richesses
Petits bouchons mouillés
Barques transfigurées ?
Coquilles ballottées,
Est-ce une quête est-ce
Une odyssée d’ici
Un pas vers l’au-delà
Sur la mer sans merci ?
La barque balbutiante se verse et se reverse
Une pinte de bon vent d’ivresse renversante
La barque interloquée
Se renverse et se verse
Une pinte de bon vin d’ivresse renversée
Barque demi-barrique
Sur un fleuve de vin
Ô barque enchanteresse
Transporte ton prochain
Courbure marine
Ta bouche est un navire
De laine qui m’habille
Chaque baiser de toi
Un vêtement de chair
Et dans ta chevelure
J’ai trouvé une mer
Où plonger à loisir
Mes doigts pris de vertige
Sur ton corps et ta chair
J’ai abordé enfin
Caressé ta peau mate
Vibrante de frissons
J’ai longtemps navigué
Sur ta courbure marine
Longtemps pour embrasser
Ta courbure marine
À peine défunt qu’enterré
Le poète est bien entouré
De nouveaux vers l’attendent encore
Jamais de repos même mort
Vous vers de terre assermentés
Clercs de nos terres fertilisez
L’espace géomaîtrisez
Sans pied sans pouce et sans regret
Dans l’ombre vous recomposez
Les poètes démantelés
La terre est toute retournée
Elle a ses vers qui la travaillent
Dessus dessous fertilisée
Après les moissons les semailles
Elle est prise de tous côtés
Foulée au pied par le bétail
Et picorée par la volaille
Elle partirait bien en congés
Mais où voulez-vous qu’elle s’en aille
Malgré cette idée qui l’assaille
La terre est toute retournée
À force de livrer bataille
La terre est toute retournée
Par ce congé
Qui la tenaille
Voyager contre
Tout contre toi
Pour la rencontre
Toi avec moi
Privés de toit
Que nous importe
L’horizon est une autre porte
Soleil, transporte notre barque
Sur la mer
De rayons en arcs.
1953
L’année où il naquit moururent Dylan Thomas
Galczinski, les poètes, et Staline la brute
A chacun son Histoire, à l’alter à l’ego
Le trois mai de l’année cinquante-trois il fut là
Ocytocyne aussitôt fait il bondit hors de l’utérus
Et arrosa d’un jet impur
Sœur Angèle ou Sœur engelure
Entré en force dans la vie
Il cria qu’il était bien là
Et pour longtemps c’est pour cela
Qu’il gueula fort qu’il gueula rouge
Puis s’endormit pour un instant
Paupière en berne sur le monde
Prima Dona sa mère sourit ultima necat est très loin
Il lui reste à vivre des ans
Des nomanslandeux de néant
Pariétales ou rupestres
Ses veines se gonflaient
De vie bleue rouge et chaude
Doux crâne ténébreux
Fontanili ses sources
Coque calcairoïde
Au bregma palpitant
Il dormait poings serrés
Dans un grand tourbillon
Après des études bâclées
À rabâcher Mea Culpa
Méat maximus bats ta coulpe
Et fluctuat nec vergitur
Le sexe débordant d’amour
Alla frapper chez sa voisine
Une fourmi de dix-huit mètres
Sur gages sommier et mesure
Il emprunta le doux chemin
Qui mène à l’extase finale
Le taureau honteux et confus s’en retourna dans ses pénates
Prit son style haut
Et pour toujours épousa la littératoure
A vingt ans indocile flamme
Il échoua lamentablement
Prenant Jenner pour un All’mand
Il fallut redoubler d’efforts
Et gagner sa vie prestement
« Hardi ! dit-il soyons sportif reconnaissons le bien fondé
Du grand air et du vent du nord
Courons souvent courons encore ! »
Il courut par Mons et par Vaux le vicomte ne le vit plus
On le croyait mort pour deux bonds.
Sans donner aucune nouvelle
Il publia une kyrielle
De chevauchées de radadas
De poèmes pour maternelle
Juste bons à garder pour soi.
Il épousa dans la tourmente
Une femme au hasard des lois
Tomba en panne d’écriture
Puis enseigna comme il se doit
Fornicateur assermenté
Buveur à ses heures d’allégresse
Il prit du ventre et de la fesse
L’amour est un bien dur métier.
Puis reprit du poil d’écriture
De la bête littérature
Dévora romans et poèmes
Délira pleura à ses heures
Qui n’étaient plus celles des autres
Accaparé par ses enfants
Il vécut de tendres moments
Raconta l’Histoire à ses filles
Tourna la crème à la vanille
Vous savez ce que vous savez
Voilà sa vie en quelque sorte
Chacun peut le voir à sa porte
Il a le sourire
Et la clé
Schibboleth et boustrophédon
Bab el Oued et Armageddon
Clairement nous articulons
Et forgeons notre alphabéton
Schibboleth et boustrophédon
Bab el Oued et Armageddon
Clairement nous articulons
Et forgeons notre alphabéton
Schibboleth et boustrophédon
Bab el Oued et Armageddon
Clairement nous articulons
Et forgeons notre alphabéton
Silence
Silence veiné de marbre
Aux arguties trompeuses
Ton ombre est indice
Au cimetière laissé
Ta gorge amère saigne
Aux quatre vents aux quatre veines
Et l’écho vide de ton nom
S’égrène
Coquille écrasée sous mes pas
Fragments de vie débris de rêve
Mensonges enfouis qui bourdonnent